Voyager quand on est malade

, par  Vanessa Pageot-Françoise

Passer quelques jours avec ses proches en France, découvrir le patrimoine européen ou faire le tour du monde : chacun rêve d’une parenthèse dans la maladie. Diabétiques, cardiaques, dialysés, insuffisants rénaux ou atteints d’un cancer, ils ont voyagé, découvert, partagé. La clé : bien s’organiser plusieurs mois avant et rester prudent une fois sur place.

« Vo-ya-gez ! La maladie n’est pas un obstacle, s’exclame le docteur Véronique Naneix-Laroche, du centre de vaccination international et de conseils aux voyageurs du CHU de Purpan, à Toulouse. J’ai même rencontré une femme souffrant de polyarthrite qui était partie faire le tour du monde avec son mari en vélo ­tandem. La question n’est pas de savoir si l’on peut voyager, mais comment bien s’y ­préparer. » Certains rêvent de pays tropicaux, d’autres espèrent juste revoir la famille ou des amis en France, comme une parenthèse dans leur ­combat contre la maladie. « Ces vacances, c’était un cadeau, je ne les espérais pas, témoigne Catherine Thoraval, atteinte d’un ­cancer. C’est ­l’Institut Curie, où je suis suivie, qui m’a parlé de la ­possibilité de faire un “break”. J’ai choisi de partir quinze jours en Bretagne avec mon compagnon. J’ai pu vivre des moments de bonheur et oublier pour un temps la maladie. » Depuis mai 2011, l’Institut Curie (Paris) a mis en place des consultations « vacances » pour les patients sous traitement médical, excepté ceux qui sont en attente d’une intervention chirurgicale ou en cours de radiothérapie. « Dans certains cas, nous transférons le dossier, après accord médical, à un centre habilité à soigner les malades atteints d’un cancer, explique le docteur Laure Copel, de l’institut. Pour d’autres situations plus simples, des soins à domicile peuvent être organisés avec des soignants libéraux, à qui les informations médicales sont également transmises. Par ailleurs, nous sommes en train de développer des partenariats avec certaines fondations ou organisations pour permettre aux patients d’accéder à des lieux de vacances dédiés, en toute sécurité et selon leurs ressources, avec possibilité d’aides financières. »
La Bretagne a aussi attiré Régis Volle, insuffisant rénal, dialysé depuis 1967 : « La dialyse, c’est un vrai fil à la patte, mais je voulais continuer à vivre normalement. A l’époque, quasiment personne ne partait. Je me suis acheté une remorque pour embarquer les 300 à 400 kilos de matériel de dialyse et je suis parti en vacances. Là, j’ai découvert la voile et je me suis pris au jeu, en naviguant ensuite en Corse ou en Turquie. » Dans les années 70, il équipe deux caravanes de dialyse, puis, vingt ans après, il monte IDO*, une association qui organise des séjours pour les insuffisants rénaux, dialysés ou greffés. Si les croisières ne représentent encore que 10 % de l’offre, elles sont plébiscitées : les dialysés, suivis par une équipe médicale, peuvent continuer leur traitement à bord en toute sécurité.

Le dossier médical sur une clé USB

« Quand on est malade, il est primordial de bien anticiper son voyage, ne serait-ce que pour avoir le temps de prendre tous les rendez-­vous médicaux préalables », souligne le docteur Naneix-Laroche. Il est conseillé de consulter son médecin généraliste ou spécialiste trois à six mois avant le départ, selon la pathologie. En cas de maladie cardiovasculaire, les examens sont nombreux : bilan complet et évaluation cardiologique, comprenant une ­échographie, un électrocardiogramme, voire une épreuve d’effort. Pour les dialysés, il faut compter quatre mois avant que le dossier médical ne soit complété et transmis au centre de référence du lieu de villégiature ou à l’équipe médicale du bateau de croisière, après accord du médecin référent. Le délai est le même pour une consultation « vacances » de l’Institut Curie.
Côté vaccins, là aussi, mieux vaut être prévoyant. Le vaccin contre la fièvre jaune, obligatoire pour certaines destinations tropicales comme le Sénégal, le Kenya ou le Brésil, est contre-indiqué pour les personnes immunodéficientes ou celles qui sont transplantées, greffées ou séro­positives. « Nous avons rencontré des patients qui ont dû annuler leur voyage parce qu’ils ne pouvaient pas être vaccinés », se souvient Véronique Naneix-Laroche. De façon générale, il faut être à jour de ses vaccinations et de ses rappels. Quant aux traitements antipaludéens, qui ne sont délivrés que sur ordonnance, ils ­présentent un risque iatrogène (inter­action) avec les ­anticoagulants, par exemple : pensez à bien spécifier au médecin tous les médicaments que vous prenez par ­ailleurs. Faites-lui rédiger votre ­ordonnance en dénomination commune internationale (DCI ; lire l’encadré), qui indique le nom de la molécule du médicament, comprise par tous les praticiens du monde. Dans un pays non francophone, une ­version de ­l’ordonnance en anglais sera utile. Contactez votre médecin spécialiste ou hospitalier : il y a en général, dans tous les hôpitaux, un professionnel de santé anglophone qui traduira la prescription. Enfin, enregistrez votre dossier médical sur une clé USB, il pourra ainsi vous accompagner dans tous vos déplacements.

Douanes : gardez la prescription sur vous

Diabétique depuis ses 8 ans, Lucette Bicard n’avait jamais pris l’avion, préférant les voyages en voiture ou en car pour découvrir la France et l’Europe. « C’est mon diabétologue qui m’a ­convaincue, raconte-t-elle. Une fois mon diabète stabilisé, j’ai sauté le pas avec un voyage en Grèce, puis en Croatie. J’ai toujours adoré l’histoire et le patrimoine, alors je me suis régalée. » Côté médicaments, elle emporte tout en double, à la fois dans son bagage à main et dans celui en soute, en comptant « large » : « Je prends toujours mes médicaments pour deux ou trois jours de plus que la durée du voyage, car on ne sait jamais, on peut être bloqué à l’aéroport au retour », explique-t-elle. Depuis 2006, elle est passée sous pompe à insuline. A l’aéroport, lors des contrôles, il faut faire un choix : « Pour éviter de devoir se déshabiller afin de montrer la pompe, on doit soit l’enlever, la mettre dans une petite pochette, la déposer dans la bannette de contrôle, puis la remettre après les contrôles, soit la conserver branchée sur soi et accepter une palpation de sûreté, témoigne Lucette Bicard. Personnellement, j’ai testé les deux et, finalement, je pratique la première ­solution. »
Les porteurs d’un pacemaker, eux, peuvent normalement passer sans danger les portiques de sécurité des aéroports de la plupart des pays. Par mesure de précaution, et ce même en France, les aéroports préfèrent toutefois l’éviter, les ondes électromagnétiques des portiques pouvant dérégler l’appareil. Signalez-le et gardez précieusement votre carte de porteur d’un stimulateur cardiaque. Mais attention : si vous échappez à ce passage, vous ne pourrez pas déroger à la palpation de sécurité.
Pour les médicaments liquides stockés dans votre bagage à main, prenez avec vous la prescription : vous devrez la présenter lors des contrôles à l’aéro­port, à l’aller comme au retour. Idem pour les seringues, les ampoules ou les stylos à injection (diabète). Quant aux voyageurs sous traitement médical à base de certains médicaments stupéfiants ou contenant des substances psychotropes, ils devront se munir d’une autorisation de transport délivrée par l’agence ­régionale de santé (ARS) où est enregistré et exerce le médecin prescripteur (formulaire téléchargeable sur Ars.sante.fr). Ce document sera réclamé lors de toute réquisition des autorités françaises douanières, policières ou de gendarmerie au départ ou au retour, ainsi que par les autorités compétentes du pays visité. Cela ne concerne que les pays de l’­espace Schengen, comme l’Italie, la Grèce ou la République tchèque (voir la carte de l’espace Schengen). Pour les autres destinations, il est impératif de se renseigner auprès de l’ambassade ou du consulat du pays afin de connaître les règles en vigueur et de se rapprocher de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé dix jours minimum avant la date de départ prévue(ANSM ; lire « Liens utiles »).

« Please, get me a doctor »

Passé le contrôle, et une fois rhabillé, vous embarquez. Pour les vols long-courriers, marchez toutes les heures ou dès que possible, afin d’éviter les risques de thrombose veineuse, aussi appelée phlébite (formation d’un caillot dans une veine). Environ un voyageur sur 6 000 en souffre. Selon l’OMS, le risque est multiplié par deux après quatre heures de voyage et plus, les facteurs aggravants étant l’obésité, la taille (plus de 1,90 m ou moins de 1,60 m), les contraceptifs oraux et les troubles sanguins héréditaires.
Juste avant d’arriver à destination, vous mettez votre montre à l’heure locale, mais comment adapter votre traitement au décalage horaire ? Anticipez cette question avec votre médecin spécialiste, qui saura convenir avec vous d’une méthodologie en fonction de votre maladie et de votre destination. Pour les diabétiques, l’adaptation se fait au-delà de trois heures de décalage horaire, à la fois pour la prise de médicaments ou les injections et pour le régime alimentaire.
Ça y est, vous êtes arrivé, dépaysement total ! Le guide touristique à la main, les médicaments dans une pochette isotherme pour les protéger de la chaleur, vous êtes paré. Gardez aussi, partout où vous allez, les coordonnées de la représentation diplomatique française. L’ambassade ou le consulat pourront vous communiquer, en cas de besoin, une liste de médecins parlant français ou spécialisés ou encore vous mettre en relation avec un ­professionnel de santé agréé par leurs services. Pro­fitez aussi de votre voyage pour apprendre quelques mots d’anglais. L’Association des diabétiques de France (lire « Liens utiles ») a mis en ligne un glossaire français-anglais dans lequel tous les internautes peuvent trouver des traductions utiles : « Je ne me sens pas bien », « I don’t feel well » ; « Appelez un docteur », « Get me a doctor » ; pharmacie, drugstore (chemist en Angleterre) ; services des urgences, emergency ward
Enfin, si vous avez prévu des randonnées en montagne, ne surestimez pas vos capacités, la raréfaction de l’oxygène pouvant entraîner des difficultés respiratoires et une augmentation du rythme cardiaque.

Etre remboursé de ses soins à l’étranger

Le voyageur qui reçoit des soins à l’étranger doit régler ses frais médicaux sur place, et peu importe qu’il s’agisse de soins hospitaliers ou non, dans le secteur public ou privé. Pour les voyages dans les pays de l’Union européenne, demandez à votre caisse primaire une carte européenne d’assurance maladie (CEAM). Celle-ci est gratuite, valable un an et ­permet de bénéficier de la prise en charge des soins médicaux aux conditions de l’assurance maladie en vigueur dans le pays de séjour. Elle vous évite d’avancer les frais de traitement sur place (à part une éventuelle franchise ou participation aux coûts, selon les conditions dans le pays). La facture sera ensuite directement adressée à votre caisse, en France.
Si vous avez oublié votre carte européenne ou si vous voyagez ailleurs dans le monde, conservez toutes les factures et tous les justificatifs de paiement dans un établissement de santé ou en médecine de ville, pour demander un remboursement à votre retour. Contactez, si possible rapidement, votre caisse primaire depuis l’étranger pour l’informer des soins d’urgence, particulièrement en cas de maladie chronique, ­d’accident ou d’hospitalisation.
Dans certains pays, les soins, notamment hospitaliers, coûtent très cher. Il est donc prudent d’être couvert par un contrat d’assurance ou d’assistance. Renseignez-vous précisément sur votre assurance actuelle, en vérifiant les garanties, les modalités d’assistance, la prise en charge des maladies dites préexistantes ou encore la couverture des membres de la famille. Exigez de préférence des ­documents écrits. En général, ces assurances sont incomplètes et ne couvrent pas les dépenses d’hospitalisation, de sauvetage et de rapatriement de l’étranger dont les coûts sont très élevés. Il peut donc être utile de souscrire une assurance maladie-­accident complémentaire couvrant l’Europe ou le monde entier ou une assurance de voyage.
Enfin, n’hésitez pas à contacter des associations de malades, qui vous conseilleront à partir de l’expérience d’anciens voyageurs, autant pour la question assurantielle que pour tous les autres points… et profitez de vos vacances !

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