Vitamine D pour les nourrissons : attention au mode d’administration

, par  Isabelle Coston

Après la mort, le 21 décembre, d’un nourrisson âgé d’à peine dix jours à qui ses parents venaient de donner une dose de vitamine D sous forme de solution buvable, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ASNM) a décidé, dès le 4 janvier, de suspendre l’Uvestérol D. Si le produit lui-même n’est pas en cause, la pipette qui sert à l’administrer comporterait, elle, des risques d’étouffement ou de fausse route chez les bébés.

Le laboratoire Crinex, qui commercialise en France l’Uvestérol D depuis vingt-six ans, a vu son médicament suspendu par les autorités sanitaires après le décès, par arrêt cardiorespiratoire, d’un nourrisson à qui ses parents venaient d’en donner. « Les conclusions des investigations disponibles à ce jour mettent en évidence un lien probable entre le décès et l’administration de l’Uvestérol D », déclare l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans son communiqué
pour justifier sa décision de suspendre la commercialisation de ce médicament, « par mesure de précaution ».

Un médicament utile pour prévenir les carences

Pour prévenir ou traiter une éventuelle carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans, une supplémentation en vitamine D est couramment prescrite. Son utilité n’est aucunement remise en cause. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souligne que « seule la spécialité Uvestérol D administrée avec une pipette est concernée ». Elle a tenu à « rassurer les parents qui ont donné de la vitamine D, sous quelque forme que ce soit, à leurs enfants : ils ne courent aucun danger », tout en leur demandant de « ne plus [leur] administrer d’Uvestérol D ».

Une pipette déjà mise en cause

« Depuis 1990, date de la mise sur le marché de l’Uvestérol D, aucun décès n’a été imputé à l’administration de ce produit », précise l’ANSM. Cependant, des effets indésirables liés à son mode d’administration, par pipette, avaient déjà été déclarés, et l’agence reconnaît que « l’Uvestérol D fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée de la part des autorités sanitaires à travers le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) avec lesquels l’ANSM est en lien permanent ». Si aucun décès n’avait encore été à déplorer, des centaines de malaises de bébés ayant avalé le médicament de travers avaient été signalés. Ces risques étant connus, le laboratoire Crinex avait déjà modifié la pipette à deux reprises pour que le produit ne descende pas en trop grande quantité dans la gorge du bébé. La consistance, huileuse, du médicament avait également été améliorée il y a deux ans.

Informer les médecins et les parents

Des recommandations avaient été émises, dès 2006, en direction des médecins pour qu’ils informent et conseillent les parents sur la meilleure façon d’administrer le produit à leur bébé. Ainsi, il était préconisé de ne pas trop enfoncer la pipette afin qu’elle ne touche pas la glotte et ne provoque pas de vomissement ou de malaise vagal. La notice du médicament mentionnait de « toujours administrer le produit avant la tétée ou le biberon », d’installer l’enfant « éveillé […] en position semi-assise », de le laisser « téter » la pipette ou de faire couler le produit « goutte à goutte », et de ne pas l’allonger « immédiatement après l’administration ».

Les solutions alternatives

Pour répondre aux inquiétudes et afin de « renforcer l’information des familles », le ministère de la Santé a mis à leur disposition un numéro vert, le 0800 636 636, et a adressé « immédiatement des recommandations spécifiques aux professionnels de santé ».
De plus, Marisol Touraine, qui insiste sur le caractère essentiel de la vitamine D pour les nourrissons, « appelle les familles à se rapprocher de leur professionnel de santé, qui leur proposera de la vitamine D sous une autre forme », car, dit-elle, « d’autres spécialités contenant de la vitamine D sont disponibles », notamment le ZymaD, le Stérogyl ou l’Adrigyl, qui existent en France sous forme de flacons compte-gouttes.
Reste que la rapidité de la réaction des autorités sanitaires interpelle et que certains s’interrogent : pourquoi avoir attendu le décès d’un nouveau-né pour réagir si l’on savait depuis dix ans qu’un risque, fût-il minime, existait ?

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