Virus Ebola : une situation alarmante

, par  Pauline Maisterra

« Le monde est en train de perdre la bataille contre la pire épidémie d’Ebola de l’histoire », tel est le constat effrayant du docteur Joanne Liu, présidente de l’ONG Médecins sans frontières. Lors d’une séance exceptionnelle organisée hier aux Nations unies, elle a dénoncé l’inaction des dirigeants étrangers face à cette fièvre hémorragique et les appelle « à offrir une réponse concrète à cette catastrophe. Au lieu de limiter leur réponse à la gestion de l’éventuelle arrivée d’un malade dans leur pays, ces pays devraient saisir l’occasion d’intervenir là où c’est nécessaire : en Afrique de l’Ouest ». A combien s’élève aujourd’hui le nombre de victimes ? Où en est la recherche ? Faisons le point.

Combien y a-t-il de victimes depuis le 22 mars 2014, jour de la confirmation du premier cas d’Ebola en Afrique de l’Ouest ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à la date du 26 août, sur les 3 069 malades recensés 1 550 personnes sont mortes, dont 694 au Liberia, 430 en Guinée et 422 en Sierra Leone. Le virus se propage rapidement, et un premier cas vient d’être identifié au Sénégal. Du côté des équipes médicales, l’OMS dénombre plus de 240 agents de santé malades dans ces trois pays ainsi qu’au Nigéria, et plus de 120 sont déjà décédés. En Sierra Leone, après le docteur Omar Khan, unique spécialiste en virologie, et le docteur Modupeh Cole, un haut responsable médical, un troisième praticien reconnu a perdu la vie.
Pour rappel, la fièvre Ebola est une maladie virale très grave, conduisant à la mort dans 25 à 90 % des cas. Le virus se transmet par contact avec le sang et les liquides biologiques des personnes ou des animaux infectés. Les premiers cas découverts datent de 1976.

Quelle est la situation sur place ?

Médecins sans frontières (MSF) est débordé. L’ONG gère cinq centres en Guinée, au Liberia, au Nigéria et en Sierra Leone, qui sont saturés : ils ne comptent au total que 480 lits. Sur place, 156 membres internationaux et 1 700 locaux travaillent sans relâche. MSF demande en urgence plus de matériel et l’arrivée de davantage de professionnels de santé. Ce serait, selon l’ONG, une première étape pour au moins limiter la progression de l’épidémie. Il faut notamment sensibiliser la population, dont une partie est terrorisée. Par exemple, au Libéria, il y a quelques jours, une personne présumée malade s’est enfuie de son centre d’isolement. Elle a été poursuivie par les habitants et même menacée. Pire encore : une famille infectée, dans le nord du pays, a été emmurée alors qu’elle était toujours vivante.

A ce jour, il n’existe aucun traitement ni vaccin homologué pour endiguer la maladie. Où en est la recherche ?

Elle progresse. Un essai du sérum expérimental ZMapp sur des singes a donné des résultats très prometteurs : grâce à l’injection de trois doses, la fièvre Ebola a disparu chez 18 des 21 animaux infectés. Le germe pathogène inoculé ne vient toutefois pas de la même souche que celle qui sévit actuellement. C’est en fait celle qui a été découverte en 1995 en République démocratique du Congo. Début août, l’OMS a autorisé l’administration de ce traitement sur plusieurs personnes en Afrique de l’Ouest. Il avait été injecté quelques semaines auparavant à trois patients étrangers contaminés : deux Américains, qui ont pu guérir, et un missionnaire espagnol, qui lui a péri.
De son côté, le laboratoire pharmaceutique GlaxoSmithKline est à la recherche de volontaires en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis pour tester son vaccin. Ceux qui acceptent de participer ne vont pas recevoir le virus lui-même, mais une protéine d’Ebola. Aucune contamination n’est donc possible.
Les chercheurs japonais affirment, eux, avoir mis au point une méthode qui permet de diagnostiquer la maladie en moins de trente minutes. En quelques mots, on réalise une prise de sang, puis l’échantillon subit plusieurs manipulations, avant d’être transvasé dans une éprouvette ; au final, si le virus est détecté, le liquide devient trouble.

Que va-t-il se passer dans les mois à venir ?

Selon l’OMS, au vu de la situation actuelle, il faudra six à neuf mois pour parvenir à maîtriser l’épidémie et au moins 490 millions de dollars (373 millions d’euros). La fièvre Ebola risque de toucher 20 000 personnes.

Sources
- « Ebola : les moyens internationaux de réponse aux catastrophes biologiques doivent être mobilisés en urgence », communiqué de presse de Médecins sans frontières (MSF), 2 septembre 2014.
- « Ebola : des chercheurs japonais disent avoir développé une nouvelle méthode pour détecter le virus », Atlantico, 2 septembre 2014.
- « Ebola : 100 % d’efficacité sur les singes pour le serum ZMapp », Sciences et Avenir, 1er septembre 2014.
- « En Afrique de l’Ouest, le virus Ebola décime les blouses blanches », Le Point, 31 août 2014.
- « Ebola : essais cliniques accélérés pour un vaccin de GSK », Reuters, 28 août 2014.

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