Vaccination infantile obligatoire : entre hostilité et nécessité impérieuse

, par  Vincent Portois

Peur des effets secondaires de certains vaccins « non maîtrisés », crainte d’une connivence entre les laboratoires et l’Etat, pénurie de stocks… Le calendrier vaccinal prête de nouveau à une intense polémique. Surtout depuis la première annonce de la nouvelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui est de rendre obligatoires onze vaccins pour enfants au lieu de trois, les autres étant actuellement « recommandés ».

A l’heure où la France demeure le pays à la couverture vaccinale la plus faible d’Europe, la récente feuille de route du ministère de la Santé confirme que l’obligation vaccinale infantile risque d’être étendue, pour une période d’essai allant de cinq à dix ans. Les vaccins contre le pneumocoque, la méningocoque C, la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, et la bactérie Haemophilus influenzae deviendraient donc obligatoires. L’idéal, pour l’ancienne présidente de la Haute Autorité de santé (HAS), est de prendre des mesures au plus tard le 8 août prochain, selon le calendrier imposé par le Conseil d’Etat. Il faudrait en effet, à cette date, que les trois seuls vaccins obligatoires à l’heure actuelle (diphtérie, tétanos et poliomélyte, DTP) soient disponibles sans être associé à d’autres. Dans Le Parisien du 15 juin dernier, elle expliquait vouloir en finir avec un double système : « Cela pose un vrai problème de santé publique. Aujourd’hui, en France, la rougeole réapparaît. Il n’est pas tolérable que des enfants en meurent : dix sont décédés depuis 2008. Comme ce vaccin est seulement recommandé et non obligatoire, le taux de couverture est de 75 %, alors qu’il devrait être de 95 % pour prévenir cette épidémie. On a le même problème avec la méningite. Il n’est pas supportable qu’un ado de 15 ans puisse en mourir parce qu’il n’est pas vacciné. » La ministre de la Santé fait remarquer que l’Italie a déjà pris le pli ces dernières semaines, à l’opposé par exemple de la Suède, de l’Espagne ou encore de l’Allemagne. Dans ce pays voisin, notamment, « la vaccination des enfants n’est pas obligatoire et le gouvernement mise plutôt sur des mesures dissuasives. Depuis 2015, la loi prévoit que les parents qui refusent systématiquement de faire vacciner leurs enfants peuvent écoper, en théorie, d’une amende de 2500 euros ». Pour la France, la ministre insiste sur le sentiment d’urgence : « Une quinzaine d’enfants sont hospitalisés à cause de la rougeole, cela m’inquiète. Il y a des fois où l’obligation est une bonne chose pour permettre à la société d’évoluer. Je pense à l’égalité hommes-femmes. On n’aurait jamais réussi à progresser dans la parité sans l’imposer dans les conseils d’administration. »

Deux visions s’affrontent

En France, même si elles ne sont pas encore toutes obligatoires, la plupart des vaccinations recommandées pour les moins de 6 ans sont déjà pratiquées par les médecins « depuis longtemps chez la grande majorité des enfants. Une certaine méfiance vis-à-vis des vaccins voit cependant le jour particulièrement en France ». Dans un communiqué de presse du 26 juin, ce sont les sociétés scientifiques et médicales, soutenues par l’Académie nationale de médecine et l’Académie des sciences, qui appuient les dires d’Agnès Buzyn : « L’élargissement provisoire des obligations est la seule réponse aujourd’hui adaptée face au danger que représentent ces maladies infectieuses et compte tenu de la défiance qui se répand vis-à-vis des vaccins, dans notre pays plus que nulle part ailleurs dans le monde. Cette défiance expose les patients, en particulier les plus vulnérables, à des risques non acceptables. Cette décision ne ferait que clarifier et renforcer les recommandations officielles françaises appliquées en routine depuis de nombreuses années par la plupart des médecins à la majorité de leurs patients. » Mais, le communiqué remet tout de même en cause la volonté de la ministre d’une mise en place cet été : « La non-disponibilité du vaccin DTP ne permet pas de répondre à la demande de mise à disposition de ce vaccin sous forme isolée et de répondre aux obligations actuelles ». Quant aux adeptes de la santé au naturel, ils multiplient les pétitions, avec souvent, en ligne de mire, un fort lobbying pharmaceutique… Des politiques de l’opposition, comme la députée écologiste européenne Michèle Rivasi, ont même parlé « d’une mesure autoritaire qui risque de renforcer la défiance actuelle ». Beaucoup de citoyens évoquent par ailleurs la sacro-sainte liberté de choix, comme en atteste Le Monde du 16 juin, où Augustin de Livois, président de l’Institut pour la protection de la santé naturelle, présente l’augmentation du nombre de vaccins obligatoires comme « un recul sans précédent de nos libertés ainsi qu’un parfait mépris pour les victimes de vaccination qui, sans être nombreuses, existent et méritent d’être prises en compte ».

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