Une prime moyenne de 4000 euros pour les médecins performants

, par  Delphine Delarue

Depuis la convention médicale de 2012, une rémunération supplémentaire est octroyée aux praticiens qui atteignent les objectifs de santé publique fixés par l’Assurance maladie. Cette année, si les performances globales des médecins s’améliorent en ce qui concerne le suivi des maladies chroniques et la maîtrise des prescriptions, elles demeurent insuffisantes en matière de prévention.

Dans les jours qui viennent, 85 187 médecins libéraux vont toucher une prime récompensant leur investissement dans la poursuite des objectifs de santé publique fixés par l’Assurance maladie. Cette rémunération supplémentaire, variable en fonction des performances de chaque praticien, devrait atteindre cette année une moyenne de 5 774 euros pour les généralistes et de 4 003 euros toutes spécialités confondues. Au total, le bonus représente une dépense de 267 millions d’euros en 2014. Ce système, mis en place par la convention médicale de 2012, a notamment pour objectif de contribuer, à terme, à l’amélioration de la qualité et de l’efficience des soins, ainsi qu’à la réduction des dépenses de santé. Aujourd’hui, 80 % des médecins affirment avoir fait évoluer leurs pratiques dans ce sens ou prévoient de le faire l’année prochaine.

Quatre volets d’action

Pour les médecins traitants, les cardiologues et les gastro-entérologues, cette nouvelle rémunération porte sur les actions de prévention, le suivi des maladies chroniques, la prescription de médicaments et l’organisation du cabinet (les objectifs à atteindre pour les autres médecins ne concernent que ce dernier point). Ces quatre thèmes ont été choisis « en fonction des priorités de santé publique et tiennent compte des avis et des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), ainsi que des recommandations internationales », indique l’Assurance maladie. Au total, vingt-neuf indicateurs sont retenus et servent à mesurer l’implication des médecins et à ajuster leur prime en fonction de leurs résultats. Concrètement, pour le suivi des pathologies chroniques par exemple, un médecin doit avoir fait subir un fond d’œil ou un examen ophtalmologique à 80 % de ses patients diabétiques sur les deux dernières années. Pour la prévention, ils sont censés atteindre le score de 80 % de leurs patients âgés vaccinés contre la grippe. Autre exemple : 80 % de leurs patientes concernées par les campagnes de dépistage du cancer du sein doivent avoir subi une mammographie dans les deux années précédentes. Et en matière de médicaments, les objectifs à atteindre concernent notamment les prescriptions de génériques ou de benzodiazépines.

Des progrès globaux significatifs

Deux ans après sa mise en place, ce dispositif de rémunération sur objectif semble porter ses fruits, explique l’Assurance maladie : « Le taux général d’atteinte des objectifs s’améliore en effet significativement : il passe en un an de 51,1 à 59,7 % pour l’ensemble des omnipraticiens, soit 8,6 points de plus. » Dans le détail, cependant, les performances varient fortement en fonction des indicateurs. Par exemple, ceux qui concernent le suivi des maladies chroniques progressent de 6,6 points (de 49,5 à 56,1 %), tout comme ceux qui sont relatifs à la maîtrise des prescriptions (plus 8,2 points, de 55 à 63,3 %). Les progrès sont également notables (plus 12 points) au sujet de l’organisation et de la modernisation des cabinets (utilisation de logiciels d’aide à la prescription, tenue de dossiers médicaux informatisés). En revanche, le volet prévention n’atteint que moyennement ses objectifs, passant de 34,5 à 40 %. Si les indicateurs relatifs à la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse vont dans le bon sens, ceux qui sont relatifs à la vaccination (grippe saisonnière, papillomavirus) et au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus sont en recul depuis deux ans. Une tendance qui s’explique notamment par la défiance croissance de la population vis-à-vis des vaccins en général et par les débats actuels sur la pertinence du dépistage organisé.

Source
- « La rémunération sur objectifs de santé publique, deux ans après », dossier de presse de l’Assurance maladie, 10 avril 2014.

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