Un pas vers la fin des nitrites dans la charcuterie

, par  Léa Vandeputte

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture, une proposition de loi visant à interdire progressivement les additifs nitrés, cancérogènes pour l’homme, dans les produits de charcuterie. Cette avancée a été saluée par les associations qui attendaient depuis longtemps cette décision.

Une proposition de loi, déposée par les députés du groupe Mouvement démocrate (Modem) et démocrates apparentés, pour interdire les nitrites utilisés dans la fabrication des charcuteries a été adoptée, en première lecture, jeudi 3 février par l’Assemblée nationale. Le texte prévoit une surveillance et un encadrement progressif de leur utilisation en plusieurs étapes. Dans les six mois qui suivront la promulgation de la loi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) devra ainsi rendre un avis sur les risques sanitaires associés. Dans un délai d’un an, un décret précisant la dose maximale d’additifs nitrés autorisée devra paraître. Et enfin, dix-huit mois plus tard, un second décret fixera la mise en place d’un étiquetage pour des produits concernés.

Des additifs pour accélérer la fabrication

Les nitrites — nitrite de potassium (E249), nitrite de sodium (E250), nitrate de sodium (E251) et nitrate de potassium (E252) — sont utilisés comme additifs dans les denrées alimentaires et en particulier la charcuterie. Ils permettent d’accélérer le processus de fabrication, de donner une couleur rose au produit, de réduire les contraintes de fabrication et les exigences sur la qualité de la viande grâce à leur effet antiseptique et d’allonger la durée de conservation en préservant les qualités gustatives. On estime qu’en France, 76 % de la charcuterie vendue en grande distribution en contiendrait. Pourtant, il est possible de se passer de ces substances : des charcutiers, des industriels et des artisans, fabriquent d’ores et déjà des produits sans nitrites.

Des effets néfastes

Ce changement et ce retour à un savoir-faire traditionnel sont d’autant plus importants qu’en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé ces additifs cancérogènes avérés pour l’homme. Le lien entre la consommation de charcuterie et la survenue du cancer colorectal notamment a été établi. Les études ont montré que 50 grammes de viande transformée consommés chaque jour augmentent de 18 % le risque de développer la maladie. Pour limiter ce danger, le Programme national nutrition santé (PNNS) 2019-2023 recommande d’ailleurs de consommer au maximum 500 grammes de viande par semaine, dont 150 grammes de charcuterie. Or, 63 % des Français de 18-54 ans dépassent ces quantités.

Un progrès pour la santé publique

Pour l’association Foodwatch, La Ligue contre le cancer et l’application Yuka, qui militent depuis plus de deux ans pour l’interdiction de ces additifs, le vote de l’Assemblée nationale est « une véritable avancée » pour protéger les consommateurs. Grâce à la pétition commune que les trois organisations ont mis en ligne en novembre 2019 et qui avait recueilli 366 850 signatures ce 9 février, elles ont réussi à intéresser le grand public et à alerter les élus. « La mobilisation a payé, estiment-elles. On a mis le sujet de l’interdiction de ces additifs à l’agenda politique, quoi qu’en disent les lobbies charcutiers. Cette loi malheureusement reporte la décision finale, mais elle engage le gouvernement et les élus à prendre ces décisions dans les prochains mois. Dont acte. » Le texte de loi doit encore poursuivre son parcours législatif avant d’être définitivement promulgué.

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