Tocilizumab : un traitement prometteur pour les formes graves de Covid-19

, par  Delphine Delarue

Les premiers résultats d’un essai clinique lancé par l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) montre que le tocilizumab, un médicament habituellement prescrit pour traiter la polyarthrite rhumatoïde, serait efficace pour prévenir « l’orage inflammatoire » intervenant chez certains patients entre le 7e et le 10e jour de l’infection.

Enfin une bonne nouvelle concernant les formes graves de Covid-19 : lors d’une conférence de presse lundi 27 avril, la direction générale de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a annoncé les résultats, non détaillés mais prometteurs, d’un nouvel essai français concernant le tocilizumab, un anti-inflammatoire habituellement utilisé dans la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde. Ce médicament, qui appartient à la famille des anticorps monoclonaux (des anticorps créés en laboratoire, issus d’une seule souche de lymphocytes), « améliore significativement le pronostic des patients avec pneumonie Covid moyenne ou sévère », indique l’AP-HP. En bloquant le récepteur d’une protéine du système immunitaire (l’interleukine-6), il permettrait en effet de prévenir « l’orage cytokinique », c’est-à-dire la réaction inflammatoire brutale et exacerbée qui intervient entre le 7e et le 10e jour de l’infection chez certains patients, les conduisant à l’insuffisance respiratoire aigüe puis à la réanimation avec intubation, voire au décès.


Deux groupes d’une soixantaine de patients inclus dans l’étude

Au total, deux groupes d’une soixantaine de patients Covid, hospitalisés pour des pneumonies de sévérité moyenne à grave, sous assistance en oxygène (mais ne nécessitant pas de réanimation au moment de leur admission), ont été inclus dans l’étude. Par tirage au sort, certains ont reçu le tocilizumab associé au traitement habituel, et d’autres uniquement le traitement habituel. Résultats : les personnes ayant été traitées avec l’anti-inflammatoire « présenteraient moins de besoin d’assistance de ventilation et auraient un taux de décès plus bas au cours de 14 jours de suivi, explique le ministère de la santé. Il s’agit du premier médicament testé pour lequel un effet significatif est observé dans le cadre d’un essai clinique. »

Des conclusions qui restent à confirmer 

Qualifiés, mardi 28 avril sur France Info, comme étant « extrêmement encourageants » par le professeur Gabriel Steg, vice-président du directoire de l’AP-HP, chargé de la recherche, ces résultats seront publiés dans une revue scientifique d’ici quelques semaines. Ils devraient également « être confirmés de manière indépendante par des essais supplémentaires », ajoute l’établissement public. Si les scientifiques n’ont pas attendu la validation de cet essai par leurs pairs avant d’en communiquer les premiers résultats, c’est avant tout « compte tenu du contexte de pandémie, précise l’AP-HP. Les chercheurs se sont sentis obligés, d’un point de vue éthique, de communiquer ces informations ». Il pourrait en effet s’agir d’une découverte majeure, porteuse de nombreux espoirs, qui changerait le pronostic de la maladie, diminuerait le recours à la réanimation et permettrait d’éviter la saturation des services hospitaliers.

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