Syndrome du choc toxique : les tampons hygiéniques sont-ils dangereux ?

, par  Delphine Delarue

L’été dernier, le témoignage d’un jeune mannequin californien amputé de la jambe à la suite d’une infection déclenchée par le port de tampons hygiéniques a fait paniquer des milliers de femmes. En réalité, ce type de syndrome toxique est rarissime et se manifeste uniquement quand plusieurs facteurs de risque très spécifiques sont réunis. Explications.

En juin 2015, le site américain Vice diffuse des photos du jeune mannequin Lauren Wasser, amputée de la jambe droite « à cause d’un tampon » hygiénique. Rapidement, la Toile s’emballe. Les clichés sont publiés en boucle sur les réseaux sociaux et la panique gagne les internautes. Une étudiante française lance même une pétition – qui recueille des dizaines de milliers de signatures – pour que la marque Tampax affiche la composition de ses tampons sur les emballages. En quelques jours seulement, la psychose s’est installée. Faut-il continuer à utiliser ces protections hygiéniques ? Si la question est récurrente aux Etats-Unis depuis déjà plusieurs années, elle est très récente en France. Pour les spécialistes, il s’agit avant tout de calmer le débat : le syndrome du choc toxique (SCT) qui a conduit à l’amputation du mannequin américain « est extrêmement rare », tient à souligner le professeur Olivier Graesslin, chef du service gynécologie-obstétrique au CHU de Reims. Seule une vingtaine de cas sont recensés chaque année dans l’Hexagone.

Staphylocoque aureus

« Le SCT est certes majoritairement lié à l’utilisation de tampons hyperabsorbants, mais aussi à la présence d’une bactérie, le staphylocoque aureus, dans le vagin de la patiente. Pour déclencher un SCT, il faut donc déjà être porteuse de ce germe. Or, il s’agit d’une souche bien particulière*, qui n’est pas commune », précise le professeur. On suppose que ce staphylocoque est importé le plus souvent par l’utilisatrice elle-même, lorsqu’elle introduit le tampon sans s’être lavé les mains (lire l’encadré « Tampons : mode d’emploi »).
On ne sait pas vraiment pourquoi, mais c’est cette bactérie qui, associée au port d’un tampon hyperabsorbant, va générer parfois (ce n’est pas systématique) une infection au niveau cervico-vaginal. « Favorisé par le port prolongé du tampon et la présence du sang menstruel – un très bon milieu de culture pour les bactéries –, le staphylocoque va produire très rapidement une grande quantité de toxines, explique le professeur Graesslin. Celles-ci vont passer dans la circulation sanguine au travers de la muqueuse vaginale, inonder et empoisonner le sang, avant de provoquer le choc toxique. » Les premiers symptômes s’apparentent à un début de grippe : forte fièvre, grosse fatigue, douleurs diffuses, frissons.

Agir vite

Il peut également y avoir des nausées, des vomissements et une éruption cutanée sous forme d’érythrodermie, c’est-à-dire une rougeur qui disparaît par vitropression, un peu comme un coup de soleil. Si rien n’est fait, en quelques heures la pression artérielle chute, le débit circulatoire ralentit et les organes cessent de fonctionner. Ce sont les complications vasculaires qui peuvent conduire au développement de nécroses et à la nécessité d’une amputation. « Si le choc n’est pas pris en charge très rapidement, par des mesures de réanimation associées à une antibiothérapie adéquate (à base de pénicilline, NDLR), il peut aboutir au décès. Heureusement, plus on intervient vite, moins il y a de séquelles », ajoute le professeur Graesslin. C’est la raison pour laquelle il faut se rendre aux urgences le plus vite possible dès les premiers symptômes.

* Souches TSST-1, productrices de la toxine du choc toxique staphylococcique.

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