Se soigner la nuit et le week-end

, par  Michel Coladon

Votre enfant vomit la nuit, vous souffrez d’une cystite un jour férié, votre conjoint se plaint d’une douleur au thorax un dimanche : appelez-vous le 15 ou allez-vous directement aux urgences ? Le point pour savoir vers qui se tourner lorsque les cabinets médicaux sont fermés.

Avant 8 heures ou après 20 heures, le week-end et les jours fériés, lorsque les cabinets médicaux sont fermés, la consultation d’un médecin relève de la permanence des soins, dont le pilier principal est le 15, le numéro du Samu. S’il est réservé aux urgences vitales durant la journée, il fait office de régulateur le reste du temps. De la fièvre du nourrisson à la difficulté de respirer en passant par l’intoxication alimentaire, le médecin du Samu est là pour vous donner un conseil, vous orienter vers une maison médicale de garde ou, si vous ne pouvez pas vous déplacer, faire appel à un médecin de garde pour une consultation à domicile. L’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a lancé une vaste campagne pour inciter justement les Franciliens à composer le 15, plutôt que de se rendre automatiquement aux urgences. « Un dimanche après-midi, se souvient Bruno F., père de deux enfants, nous avons été alertés par un cri : notre fille de 5 ans s’était maquillée, puis avait voulu s’enlever le fard à paupières toute seule, mais au lieu de prendre le démaquillant, elle avait imbibé le coton de dissolvant. J’ai appelé le 15, qui m’a passé le centre antipoison. Nous avons suivi les conseils du médecin : rincer pendant quinze minutes l’œil ouvert. Heureusement, il n’y avait pas d’acétone dans le produit. Au final, plus de peur que de mal. » « Au centre de régulation de Seine-Saint-Denis, un appel sur deux ne nécessite qu’un conseil, précise Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Cela évite au médecin de se déplacer, mais surtout aux personnes d’aller aux urgences. »

Répondre en trente secondes

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas un médecin qui décrochera le premier, mais un assistant de régulation médical (ARM). « On s’est posé la question de savoir si un médecin devait répondre dès ce stade, souligne le porte-parole des médecins urgentistes, mais, avec l’expérience, il a été prouvé que les ARM sont bien formés et leur marge d’erreur est très faible, de l’ordre de 3 à 4 %. » L’assistant vous demandera votre numéro de téléphone et votre adresse : soyez le plus précis possible, en indiquant l’étage et le code d’accès éventuel. Si le médecin régulateur estime que l’appel relève d’une urgence vitale, il enverra le service mobile d’urgence et de réanimation (Smur). Une fois sur place, les équipes, composées d’un médecin urgentiste, d’un infirmier et d’un ambulancier, prennent en charge le patient, lui prodiguent les premiers soins, puis le transportent vers l’établissement de santé le plus proche et le plus adapté à sa situation médicale.
En cas de « fausse route » ou de crise cardiaque, il est conseillé d’appliquer immédiatement les gestes de premiers secours, avant même d’appeler le Samu ou simultanément si vous êtes plusieurs. Si Christophe Prudhomme défend le modèle du 15, il pointe aussi ses limites : « Il faudrait que nous puissions décrocher dans les trente secondes en toutes circonstances. Dans le cas d’une crise cardiaque, par exemple, la réponse doit être “presse-bouton”, immédiate, et ce n’est pas toujours le cas, car le centre 15 est engorgé, les appels ont doublé en dix ans. »

L’alternative aux urgences : la maison médicale de garde

Les premiers patients des urgences hospitalières sont les nourrissons et les personnes âgées de plus de 75 ans. Pour les uns, il s’agit surtout de troubles oto-rhino-laryngologiques, et pour les autres, de troubles cardiovasculaires ou de traumatologie (fracture, entorse). Les lésions traumatiques constituent d’ailleurs le principal recours aux urgences : 36 % des patients et 70 % pour les 10-14 ans à la suite d’un accident domestique ou dans le cadre d’une activité sportive. De manière générale, les brûlures, les saignements importants, les intoxications, les gonflements allergiques ou les douleurs aiguës soudaines et localisées doivent être pris en charge rapidement, que ce soit en appelant le 15 ou en se rendant aux urgences.
Les Français se rendent-ils trop « facilement » aux urgences, quand seuls 20 % sont hospitalisés à l’issue de leur consultation* ? « Je ne pense pas, répond Christophe Prudhomme. Toute personne qui est passée par la salle d’attente des urgences sait qu’il s’agit d’un choix par défaut. »
Une alternative ? La maison médicale de garde, ouverte les soirs de semaine jusqu’à minuit, le week-end et les jours fériés. « J’ai ressenti, une nuit, une douleur de plus en plus aiguë à l’oreille, raconte Catherine V. Le paracétamol ne me soulageait pas. A 23 heures, n’y tenant plus, je me suis rendue aux urgences, à Toulouse, où l’on m’a annoncé un temps d’attente de trois heures ! Je ne me voyais pas attendre tout ce temps avec la douleur qui ne passait pas… Finalement, l’infirmière à l’accueil m’a conseillé la maison médicale de garde, à dix minutes en voiture. Je n’ai attendu que quinze minutes la consultation avec un médecin, qui m’a diagnostiqué une otite. Je saurai, désormais, où me rendre. »

* Enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress), juin 2013.

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