Santé mentale : la souffrance au travail progresse

, par  Vincent Portois

De plus en plus fréquents, le burn out et la dépression font partie du programme santé de certains candidats à l’élection présidentielle, qui souhaitent les faire reconnaître comme maladies professionnelles. Un sondage publié le 16 mars, à l’occasion de la Semaine d’information sur la santé mentale, démontre tout l’intérêt d’une telle mesure.

« Se tuer à la tâche », « mourir à la peine » sont devenues des expressions au sens particulier ces dernières années, car souffrir au travail n’est plus seulement le fait d’ouvriers victimes d’un accident sur leur machine. Avec une forte demande de réactivité, une disponibilité numérique qui s’accroît, le contexte social et la concurrence qui augmentent la pression sur les travailleurs, la peur de perdre sa place sans être sûr d’en retrouver une autre…, le mal-être est bien réel : 90 % des salariés pensent que la souffrance au travail a augmenté depuis dix ans et 96 % considèrent que souffrir du travail peut arriver à tout le monde. Les résultats d’une enquête réalisée par OpinionWay pour la MGEN invitent à se « réinterroger de manière systémique sur la question du travail – son organisation, comme le sens, la place et la contribution de chacun – afin de promouvoir la coopération, les collaborations, l’intelligence collective », souligne Eric Chenut, vice-président délégué du groupe mutualiste. En cas de surmenage professionnel, en effet, les salariés estiment, à respectivement 71 % et 58 %, que leur hiérarchie, souvent toxique et cause de leurs problèmes, ainsi que leur service de ressources humaines (RH) « n’ont pas compris ou ont été indifférents à leur mal-être  ». De surcroît, 55 % expliquent qu’après un retour d’arrêt de travail ils ne se sont rien vu proposer par cette hiérarchie ou ce service RH. Et le stress récurrent (54 %), l’épuisement (39 %), la démotivation (67 %), la perte de confiance (44 %) ou encore la dépréciation de l’image (52 %) se manifestent sur de longues périodes : « 28 % pendant plusieurs mois, 34 % pendant plusieurs semaines d’affilée ».

Pour une santé mentale positive au travail

Seulement 32 % des salariés « auraient l’idée de parler de leur souffrance à leur médecin de travail », mais le recours au médecin de famille est en général une des premières solutions conseillées. Alors que « 71 % disent ne pas savoir s’il existe ou non des dispositifs pour répondre ou prendre en compte des situations de souffrance », on trouve aujourd’hui des moyens de réinsertion sociale pour les patients atteints de troubles ou de handicaps psychiques après une période d’absence au travail, voire de perte d’emploi. Des associations comme le Credir, centre d’aide pour les professionnels en transition, offrent par exemple la possibilité de suivre stage pour reprendre confiance ou d’utiliser un outil de diagnostic pour mettre des mots sur sa souffrance et mieux la comprendre. En guise de première approche, l’équipe du Credir et le chercheur en sciences de gestion à Paris-Dauphine Jean-Denis Budin, proposent un livre intitulé Ne vous tuez plus au travail. L’objectif est d’aller vers la promotion d’une santé mentale positive au travail, pour reconnaître une valeur de bien-être chez les salariés. Dans son livre justement nommé Promouvoir la santé mentale positive au travail, le psychologue du travail Pierre-Eric Sutter souhaite, lui, réconcilier le psychosocial et l’économique, conjuguer la performance et la qualité de vie au travail (QVT).
Ce mardi 21 mars, Marisol Touraine, ministre de la Santé, a présenté le volet ambulatoire de sa stratégie d’amélioration de la QVT pour les médecins de ville, qui fait suite à un premier volet axé sur les médecins et soignants hospitaliers mis en place fin 2016. Espérons qu’il s’étende prochainement à tous les secteurs d’activité et que le futur président de la République mette la souffrance au travail en bonne place sur la feuille de route du successeur de Mme Touraine.

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