Santé : le grand oral des candidats à la présidentielle

, par  Delphine Delarue

Organisé par la Mutualité française, mardi 21 février au palais Brongniart, un grand événement a permis à Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon, Yannick Jadot et François Fillon de présenter leur programme en matière de santé. Voici leurs principales propositions.

Emmanuel Macron – En marche !
Afin de remédier aux inégalités sociales, financières et territoriales de santé, Emmanuel Macron propose tout d’abord « une vraie révolution de la prévention ». Pour les étudiants du secteur de la santé, il souhaite mettre en place un service sanitaire de trois mois à effectuer dans les écoles et les entreprises pour développer des actions de prévention, notamment dans les domaines de l’alimentation et de la qualité de l’air. De même, pour que les enjeux de prévention soient mieux pris en compte, le candidat veut modifier de façon incitative les modes de rémunération de l’ensemble des professionnels de santé.
Le candidat promet en outre de supprimer les restes à charge concernant l’optique, le dentaire et l’audition d’ici 2022 et de ne dérembourser aucun médicament jugé utile par la Haute Autorité de santé (HAS).
Pour remédier aux déserts médicaux, Emmanuel Macron envisage de doubler le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires, « d’inciter les professionnels à s’installer dans les territoires qui en ont besoin » et de développer « le numérique et la télémédecine ». Enfin, il propose de désengorger l’hôpital avec un plan d’investissement de 5 milliards d’euros. Côté finances justement, il compte sur les effets d’économies d’une politique de prévention efficace et envisage de supprimer 3,1 points de cotisations sociales salariales tout en augmentant de 1,7 % les taux de contribution sociale généralisée (CSG).

Nicolas Dupont-Aignan – Debout la France
De son côté, le candidat de Debout la France estime que, pour garantir la pérennité de notre système de santé, l’augmentation de la part des dépenses de santé dans le budget de l’Etat est indispensable. Il souhaite donc accroître l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) à 2,5 %, voire 3 %. Pour financer cette augmentation, il compte sur une politique économique « de relance, de relocalisation des emplois, de protection » et « de rupture avec Bruxelles ». Ses priorités : « assurer une médecine de proximité sur l’ensemble du territoire », notamment en augmentant le numerus clausus jusqu’à 10 000 places d’étudiants en médecine (contre 8 124 en 2017) et en supprimant les charges sociales des médecins qui s’installent dans les déserts médicaux. Nicolas Dupont-Aignan propose aussi d’augmenter le tarif de la consultation des médecins généralistes à 35 euros (contre 23 euros aujourd’hui) et souhaite, comme d’autres, parvenir à un remboursement total des soins dentaires, optiques et auditifs. Il insiste également sur l’importance de la prévention et cite la médecine scolaire, « grande abandonnée de tous les gouvernements ».
Le candidat table enfin sur la suppression de l’aide médicale de l’Etat (AME) destinée aux étrangers en situation irrégulière. Il souhaite la remplacer par des dispensaires dans lesquels les demandes de soins seront étudiées au cas par cas.

Benoît Hamon – PS
Pour sa part, Benoît Hamon a répété sa volonté de mieux appréhender la transition épidémiologique : aujourd’hui, « 60 % de la mortalité mondiale est liée aux maladies chroniques et non plus aux maladies infectieuses », a-t-il rappelé. Selon lui, « imaginer ce que doivent être des politiques de prévention, c’est d’abord concevoir les politiques de santé comme des politiques de bonne santé, des politiques de bien-être ». Pour cela, le candidat PS souhaite poursuivre la lutte contre les addictions, en particulier contre le tabac et l’alcool en encourageant les campagnes de prévention en direction des jeunes. Il veut également développer la signalétique des produits alimentaires et favoriser l’accès à l’alimentation bio, notamment dans les cantines scolaires. De même, Benoît Hamon souhaite réglementer la présence des perturbateurs endocriniens et des pesticides dans notre environnement, ce qui suppose « un dialogue, sinon des pressions sur les industriels ». Pour désengorger l’hôpital public, il prévoit d’introduire une notion de financement forfaitaire sur certains actes pour remplacer la tarification indexée sur l’activité des personnels soignants. Il se prononce par ailleurs pour une augmentation de la part de remboursement de la Sécurité sociale concernant les soins dentaires, les lunettes et l’audioprothèse et envisage d’intégrer le régime de l’AME à celui de la protection universelle. Enfin, il souhaite que les étudiants et les fonctionnaires retraités puissent bénéficier du dispositif d’aide à la complémentaire santé.

Yannick Jadot – Europe Ecologie - Les Verts
Selon le candidat d’Europe Ecologie - Les Verts, « on ne peut parler d’assurance maladie si on n’a pas de discussion sur les accidents du travail, les maladies professionnelles et sur la retraite ». Il évoque notamment « l’intensification des tâches, la dégradation des conditions de travail, la précarisation des droits », autant de phénomènes qui ont conduit « à la question de la souffrance au travail, des risques psycho-sociaux et des troubles musculo-squelettiques ». Ces éléments sont « aujourd’hui les premiers motifs de pathologie professionnelle ». « Nous avons la responsabilité de soigner le travail », estime-t-il. Yannick Jadot propose donc une modulation des cotisations accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP) en fonction de l’adoption ou non d’un plan bien-être au travail dans les entreprises, un renforcement de la médecine du travail et une augmentation du plafond pénibilité à sept ans.
Le candidat insiste lui aussi sur l’importance de la prévention et propose de lui consacrer 10 % des dépenses de santé. Enfin, il souhaite que les complémentaires santé soient « introduites dans les mécanismes de régulation des prix de santé aux côtés des professionnels de santé et de l’Assurance maladie ».

François Fillon – Les Républicains
Le candidat Les Républicains se prononce quant à lui en faveur d’une réforme du système de santé et promet d’organiser des assises à ce sujet « à la fin de 2017 ou au début de 2018 ». Un système qui doit, selon lui, « rester solidaire et fondé sur la médecine libérale ». Il souhaite « mieux prévenir » en proposant notamment une consultation de prévention tous les deux ans, prise en charge par l’Assurance maladie, pour l’ensemble des Français. François Fillon promet également de donner la priorité à « la mise en œuvre des parcours de soins dont le médecin traitant sera l’acteur principal », à «  la recomposition de l’offre hospitalière » et à « la lutte contre les déserts médicaux ». Pour permettre un remboursement à 100 % des lunettes pour les enfants et parvenir à un reste à charge « le plus proche possible de zéro pour les dépenses les plus coûteuses pour les ménages » d’ici 2022, il promet « un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires ». Ce partenariat se traduirait par la création d’une agence qui rassemblerait l’Etat, les caisses de l’Assurance maladie, les complémentaires et les professionnels de santé et dont le rôle serait de gouverner collégialement le système de santé. Il envisage également d’élargir l’aide à l’acquisition d’une couverture santé pour les seniors.
Enfin, en ce qui concerne le déficit de l’Assurance maladie, François Fillon promet cinq milliards d’économies sur cinq ans (tout en maintenant un Ondam à 2 %) en s’attaquant « à toutes les causes de non-qualité de notre système de santé ».

SUR LE MÊME SUJET

DOSSIERS

Surveiller sa santé grâce aux objets connectés

Depuis l’apparition des podomètres « intelligents », nombreuses sont les personnes qui consultent régulièrement leur Smartphone pour savoir combien de pas elles ont faits dans la journée. Les objets connectés, très populaires, ont donné une deuxième jeunesse à la prévention en apportant un aspect ludique (...)

Autisme : Quelle prise en charge aujourd’hui en...

Autisme : Quelle prise en charge aujourd’hui en France ?
Manque de structures adaptées et d’informations, faible coordination entre les différents intervenants, discours contradictoires de professionnels, absence d’interlocuteur unique au sein du système de soins… En France, malgré trois plans (...)

Plastiques, cosmétiques, alimentation…

Les perturbateurs endocriniens font désormais partie de notre environnement quotidien. Problème : ces molécules sont rendues responsables de malformations génitales, de pubertés précoces et de diminution de la fertilité. On les soupçonne également de jouer un rôle dans le développement de l’obésité, du (...)

Ils sont 11 millions à aider un parent...

Ils sont 11 millions à aider un parent dépendant, un conjoint malade, un enfant ou un adolescent handicapé. « Ils », ce sont les aidants. Présents au quotidien auprès de leur proche, ils sont porteurs des valeurs de solidarité et d’entraide, mais doivent pourtant faire face à de nombreuses difficultés. (...)

ARTICLES RÉCENTS