Santé des étudiants et jeunes médecins : des chiffres inquiétants

, par  Vincent Portois

Avant même d’arriver sur le marché du travail, les étudiants en médecine sont déjà épuisés… Les jeunes médecins aussi, par voie de conséquence. C’est ce que montrent les chiffres d’une enquête réalisée par le Conseil national de l’ordre des médecins.

Accablés de travail par le cumul de leurs études et de leur fonction d’interne, les étudiants interrogés lors la consultation menée par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) mettent en avant une souffrance certaine, surtout au moment du second cycle d’étude. « Un quart des répondants évalue leur état de santé comme étant moyen ou mauvais, peut-on lire dans l’étude menée auprès de quelque 8 000 étudiants et jeunes médecins. Cette souffrance atteint son paroxysme en second cycle : 30,8 % des étudiants de second cycle déclarent ainsi un état de santé moyen mauvais, contre 24,2 % pour l’ensemble de la population interrogée. […] La prise médicamenteuse de psychotropes est identifiée comme un témoin important du mauvais état de santé et encore plus d’idées suicidaires (14 % déclarent en avoir déjà eu) ».
Comble de l’ironie, ces étudiants et jeunes médecins consultent très peu. Ainsi, « seuls 36 % des étudiants ou jeunes médecins ont rencontré la médecine du travail ou la médecine universitaire au cours des deux dernières années. […] Parmi les motifs avancés pour expliquer l’absence de consultation, 39 % des répondants déclaraient n’en n’avoir "pas le temps", et 15 % qu’ils optaient pour une "prise en charge personnelle" ».

Le temps de travail des internes pose question

Président de la commission jeunes médecins du Conseil de l’ordre des médecins et coordonnateur de cette enquête, le docteur Jean-Marcel Mourgues explique dans une interview pour What’s Up Doc, le magazine des jeunes médecins, que « l’objectif de ce travail n’était pas d’élaborer des solutions. C’est une première enquête qui a le mérite d’exister, et d’avoir eu de nombreux répondants. Cela justifierait que l’on pousse davantage le sujet, notamment avec les agences régionales de santé (ARS), le Centre national de gestion (CNG), les facultés, et les représentants des jeunes médecins ».
Par ailleurs, Jean-Marcel Mourgues tire quelques explications des chiffres inquiétants de cette « étude ambitieuse » : « On peut s’interroger sur le fait que la moitié des répondants du second cycle, qui sont ceux qui se déclarent dans le plus mauvais état de santé, étaient des étudiants de 6e année. Y a-t-il un lien avec le passage des épreuves classantes nationales informatisées (ECNI) cette année-là ? Pour le 3e cycle, on constate un lien statistique très puissant entre le fait de déclarer un état de santé mauvais ou moyen et le temps de travail : 72 % des internes déclarent travailler plus de 48 heures, mais ils sont 83 % parmi ceux qui se considèrent en moins bonne santé. Ce qui m’amène à poser la question : plus d’un an après, qu’en est-il de l’application du décret sur le temps de travail des internes ? ».

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