Rougeole : une inquiétante recrudescence dans les pays européens

, par  Vincent Portois

On meurt encore de la rougeole, et particulièrement en Europe, où près de 40 décès ont déjà été recensés depuis le début de l’année. Pour enrayer la progression de la maladie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle tous les pays à « maintenir la pression » pour accroître leur taux de vaccination.

Mis en ligne le lundi 20 août, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme : de janvier à juin 2018, plus de 41 000 Européens, enfants ou adultes, ont contracté la rougeole, alors qu’en 2017 seuls 23 927 cas avaient été signalés contrairement à 2016 qui avait été plus faible avec 5273 cas recensés. On peut même parler d’une épidémie jamais vue depuis dix ans. En France, on a recensé, depuis la fin 2017, 2 741 cas et trois décès, ce qui place le pays au cinquième rang des populations les plus exposées, derrière la Serbie (plus de 23 000 cas de rougeole pour 100 000 habitants entre janvier et juillet 2018), l’Ukraine, la Géorgie et la Grèce. On notera que l’Italie talonne l’Hexagone, tandis que nos voisins belges et allemands semblent moins concernés (respectivement quinzième et seizième du classement).

Couverture vaccinale insuffisante

Pourquoi cette maladie – dont les complications peuvent se révéler sévères (pneumonie, encéphalite, atteintes neurologiques…) – connaît-elle une telle recrudescence ? Le rapport de l’OMS met clairement en cause le recul de la couverture vaccinale, des nourrissons jusqu’aux jeunes adultes européens. Ainsi, le docteur Nedret Emiroglu, directrice de la division des situations d’urgence sanitaire et des maladies transmissibles au bureau régional de l’OMS pour l’Europe, l’assure : cette situation « montre que toute personne qui n’est pas vaccinée reste vulnérable, où qu’elle vive, et que tous les pays doivent maintenir la pression pour élargir la couverture et remédier aux lacunes immunitaires, même après avoir obtenu un statut d’interruption ou d’élimination de la maladie ».

Garantir l’immunité des populations

Le docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, demande quant à elle « instamment à tous les pays de mettre immédiatement en œuvre des mesures généralisées et adaptées à la situation pour enrayer la propagation de cette maladie ». L’enjeu est de taille, car, selon l’OMS, pour garantir l’immunité d’une population il faut que le taux de couverture vaccinale soit de 95 %. Or, en 2017, bien moins de la moitié des pays européens (19 sur 53) possédaient un taux moyen supérieur à ces 95 %. Le virus se propageant très rapidement, les populations sont ainsi exposées à des épidémies mettant en danger les plus vulnérables : les personnes non vaccinées ou sous-vaccinées.

Les mesures déjà prises en France

En France, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, regrettait le mardi 21 août, sur France Info, que « l’Europe soit devenue le parent pauvre de la vaccination » : «  Un certain nombre de pays européens ont un scepticisme absolument incroyable vis-à-vis des vaccins, observait-elle. Ils oublient tout le rationnel scientifique et la preuve que les vaccins ont permis d’éradiquer un grand nombre de maladies dans le monde. » Des propos qui font écho à sa décision, mise en œuvre depuis le 1er janvier 2018, de rendre obligatoires onze vaccins, dont celui contre la rougeole, pour tous les enfants nés à partir de cette date.

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