Résistance aux antibiotiques : les idées reçues ont la vie dure

, par  Isabelle Coston

Une enquête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) portant sur 9 772 personnes dans douze pays révèle une large méconnaissance du public à l’égard de l’antibiorésistance.

Les antibiotiques agissent en détruisant ou en freinant la multiplication de bactéries qui sont à l’origine de maladies humaines et animales. Ils ne sont en revanche d’aucune efficacité contre les virus. Un phénomène naturel survient toutefois : la défense des bactéries vis-à-vis de l’action exercée par l’antibiotique, ou antibiorésistance, qui préoccupe grandement scientifiques et autorités sanitaires. Selon le docteur Margaret Chan, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « l’augmentation de la résistance aux antibiotiques représente un immense danger pour la santé mondiale et les gouvernements reconnaissent désormais qu’il s’agit de l’un des plus grands défis auxquels la santé publique est confrontée aujourd’hui ».

Des préjugés à combattre

Une enquête menée par l’OMS sur 9 772 personnes de douze pays (Afrique du Sud, Barbade, Chine, Egypte, Russie, Inde, Indonésie, Mexique, Nigéria, Serbie, Soudan et Vietnam) et dont les conclusions viennent d’être dévoilées dresse la liste des idées fausses qui perdurent au sujet de la résistance aux antibiotiques. Des idées qu’il faut éclaircir, car un usage excessif et une mauvaise utilisation favorisent la mutation des bactéries et aggravent l’antibiorésistance.

 

« C’est l’organisme qui résiste aux antibiotiques »

Parmi les personnes interrogées, 76 % pensent que c’est l’organisme qui devient résistant aux antibiotiques, alors qu’en réalité ce sont les bactéries. Le danger vient de ces bactéries résistantes, qui, en se propageant, véhiculent les infections.

 

« La résistance est due à un abus d’antibiotiques et à un mésusage »

Selon l’enquête, 66 % des personnes interrogées estiment qu’il n’y a aucun risque d’infection du moment que l’on suit scrupuleusement son traitement antibiotique. Selon 44 %, ne sont concernées par ce phénomène d’antibiorésistance que les personnes ne respectant pas les prescriptions médicales à la lettre et prenant trop souvent des antibiotiques. Là encore, c’est une idée reçue, puisque n’importe quel patient n’importe où dans le monde peut être atteint d’une infection résistante aux antibiotiques.

 

« On ne peut rien y faire »

L’enquête met aussi en lumière le sentiment d’impuissance des participants, pour 57 % d’entre eux. Alors que près des deux tiers (64 %) sous-estiment le problème et pensent que les scientifiques en viendront à bout avant qu’il ne soit trop tard. Un conseil ? Limitons notre usage des antibiotiques.

 

« Le rhume et la grippe peuvent être traités par antibiotiques »

Ce sont des maladies provoquées par un virus, et les antibiotiques ne sont efficaces que pour les infections bactériennes. Prendre des antibiotiques pour soigner un rhume ou une grippe est non seulement inutile, mais augmente de surcroît l’antibiorésistance, ce que plus de 60 % des personnes ayant répondu à l’enquête ignorent encore.

La solution : l’éducation du grand public

Toujours selon l’OMS, la sensibilisation de tous est indispensable pour lutter contre l’antibiorésistance, véritable enjeu de santé publique. Pour mieux faire connaître ce phénomène, elle lance d’ailleurs une campagne d’information, du 16 au 22 novembre, intitulée « Antibiotiques : à manipuler avec précaution ».
Chacun peut apporter sa contribution à la lutte contre la résistance aux antibiotiques. Les utiliser correctement en se conformant aux prescriptions du médecin, ne pas conserver les antibiotiques non utilisés, ne pas en administrer à ses proches même s’ils présentent les mêmes symptômes que soi…, autant de gestes salutaires. Les bactéries ne connaissent pas les frontières et circulent librement. Toutes les populations à travers le monde doivent donc être informées.

Source
- « Une enquête multipays de l’OMS révèle une large incompréhension de l’opinion publique à l’égard de la résistance aux antibiotiques », communiqué de presse, Organisation mondiale de la santé (OMS), novembre 2015.

 

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