Quand les Français renoncent à se faire soigner

, par  Isabelle Coston

Manque d’argent, désert médical, difficulté pour obtenir rapidement un rendez-vous chez un spécialiste… de nombreux Français retardent le moment de consulter un médecin, quand ils n’y renoncent pas tout simplement.

Selon un récent sondage mené par l’institut BVA pour France assos santé les 5 et 6 novembre derniers, plus de six Français sur dix ont déjà dû reporter des soins, voire y renoncer.
Plus de la moitié des Français (63 %) déclarent avoir déjà renoncé à se rendre chez le médecin. Ils donnent pour cela quatre raisons principales :
-  Le délai d’attente pour avoir un rendez-vous (44 %).
-  Un reste à charge trop important (41 %).
-  L’impossibilité d’avancer les frais (30 %).
-  Un manque de médecins à une distance raisonnable du domicile (25 %).
Le temps nécessaire pour obtenir un rendez-vous est donc la première raison avancée. Il est vrai que le délai moyen d’obtention d’un rendez-vous chez un spécialiste pour une consultation en raison de l’apparition ou d’aggravation de symptômes est perçu comme conséquent puisqu’il est déclaré d’un à trois mois par les Français interrogés. Il est en moyenne de trois mois et deux jours pour un ophtalmologiste, de deux mois et trois jours pour un dermatologue, d’un mois et vingt-trois jours pour un gynécologue et d’un mois et quatorze jours pour un spécialiste ORL. Par ailleurs, l’étude met en lumière un déséquilibre territorial concernant l’accès aux soins. Selon que l’on habite en ville ou à la campagne, le temps de trajet jusqu’à un médecin spécialiste (ophtalmologue, gynécologue, dermatologue, spécialiste ORL) n’est pas le même. Évalué à environ 30 minutes en moyenne, il s’allonge généralement pour ceux vivant en zone rurale. « Ces derniers mettent par exemple 39 minutes pour se rendre chez un ophtalmologue ou un dermatologue, contre 27 minutes pour l’ensemble des Français », précisent les sondeurs.

Un reste à charge trop élevé

La proportion de Français ayant déjà renoncé à des soins au moins une fois au cours de leur vie passe de 63 % à 77 % pour les personnes en situation de handicap, à 74 % pour les 25-34 ans et à 72 % pour ceux gagnant moins de 1 500 euros par mois.
L’autre grande raison invoquée est effectivement financière : le reste à charge est trop important pour 41 % des sondés. 30 % d’entre eux indiquent également n’avoir pas été en mesure d’avancer les frais, et 58 % estiment que leur reste à charge a augmenté au cours des dernières années. Bien que la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) relève une tendance à la baisse du reste à charge, les Français, eux, ont une perception différente. Une majorité d’entre eux (58 %) disent en effet plutôt avoir l’impression qu’il augmente depuis quelques années.
Le dépassement d’honoraires lors de consultations de médecins spécialistes apparaît lui aussi poser fréquemment un problème, puisque près de sept Français sur dix (67 %) disent y être confrontés de temps en temps, voire souvent.

Les conséquences du renoncement

« Le renoncement ou le report de soins n’est pas anodin : il a eu des conséquences négatives pour la majorité des Français concernés, estiment les auteurs de l’étude. Globalement, 64 % des Français ont constaté des changements au niveau psychique ou physique après avoir renoncé ou reporté des soins (un résultat qui s’élève à 71 % pour les personnes ayant une maladie chronique). »
L’absence de médecin disponible a déjà conduit près d’un Français sur cinq (17 %) et une personne ayant une maladie chronique sur quatre (24 %) à se rendre aux urgences lors des deux dernières années.

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