Redon : capitale nationale de la promotion de la santé

, par  Mutuelle des Pays de Vilaine

Les 10 et 11 octobre dernier, un colloque national s’est tenu à Redon. Objectif : des échanges d’expérience en santé communautaire.

La maladie est le domaine privilégié du médecin. La promotion de la santé est l’affaire de tous, mais des représentants du peuple et des chefs d’entreprise en particulier, dont les choix conditionnent le bien-être ou le mal-être du citoyen. A Redon, à Grenoble, à Nice, à Toulouse, à Montpellier, à Strasbourg ou au Québec, des initiatives innovantes sont menées afin de démontrer l’influence des conditions de vie (habitat, emploi, formation, culture, environnement...) sur l’état de santé des individus. Les acteurs de ces expériences se sont réunis à Redon, les 10 et 11 octobre, dans le cadre d’un colloque national. Cet événement inédit a été organisé conjointement par la Mutuelle des pays de Vilaine et la chaire « Promotion de la santé » de l’école des hautes études en santé publique de Rennes (Ehesp).

Les déterminants de santé

Le concept des déterminants de santé est le moteur de cette nouvelle philosophie de la santé, définie à Jakarta en 1997 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces déterminants sont divers : la paix, le logement, l’éducation, les relations humaines, un environnement de qualité, la justice sociale, le respect des droits humains, etc. « En développant la promotion de la santé, on agit sur ces déterminants et on contribue au progrès de la santé, à la réduction considérable des inégalités en matière de santé, à la promotion des droits fondamentaux de l’être humain et au développement social », souligne la déclaration de Jakarta. La traduction politique de ce texte est claire : la nécessité d’un changement urgent de modèle de production et de consommation.

« L’injustice sociale tue à grande échelle »

Le docteur Shelley-Rose Hyppolite est spécialisée en santé publique et en médecine préventive. Elle travaille en tant que médecin-conseil à la direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale, région administrative du Québec. A ce titre, elle a réalisé un rapport sur les inégalités sociales de santé à l’échelle de ce territoire. « Plus tu es pauvre, plus tu es malade », constate le médecin, avant d’ajouter : « L’injustice sociale tue à grande échelle. »
Formules choc, mais formules fondées sur une enquête de trois ans nourrie de nombreux témoignages. Elle révèle, sans grande surprise finalement, que l’espérance de vie des individus et la prévalence à certaines maladies sont intimement liées à leur situation éco­nomique ou sociale. « A chaque fois qu’on monte l’échelle sociale, notre probabilité d’être malade diminue, et inversement. » Le médecin observe en effet d’importants écarts de santé entre les individus selon leur niveau de revenu et de scolarité, leur emploi, leur origine ethnique et leur lieu de vie. Ainsi, dans une même région administrative, entre deux territoires situés à vingt minutes l’un de l’autre, on constate un écart d’espérance de vie de sept ans pour les femmes et de cinq ans pour les hommes. « Nous ne sommes pas égaux face à la mort, ni même face à la naissance. » Pourquoi de telles inégalités ? « La maladie et la mort prématurée ne frappe pas au hasard. Les facteurs héréditaires ne sont pas en cause et les comportements des individus n’expliquent que partiellement cet écart. Il faut d’abord chercher du côté de leurs conditions sociales et professionnelles. »
Son enquête lui a permis de rencontrer différents groupes humains particulièrement touchés par « l’indice régional de défavorisation matérielle et sociale », indice élaboré au Québec à la fin des années 90 : des réfugiés, des immigrants, des prostituées, des itinérants, des déficients intellectuels, des toxicomanes... « Ils ont tous un point commun : l’exclusion sociale. Ils vivent dans la société sans être de la société, et ce rejet produit un sentiment de dévalorisation. La plupart de ces personnes ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins essentiels. D’où les effets importants sur leur santé, parce qu’elles sont angoissées, anxieuses, insomniaques, dépressives et suicidaires. » Et de dénoncer une « mise à l’écart par une frontière invisible, mais bien réelle, servant à délimiter les citoyens normaux des autres. Un citoyen normal est celui qui a un travail, qui est productif et performant, qui consomme beaucoup et qui est hétérosexuel. Le paradoxe est que ce sont les groupes les plus touchés par cet “indice régional de défavorisation matérielle et sociale” qui bénéficient le moins du système de santé. »
Cette démarche, « axée sur l’expérience des citoyens les plus éprouvés », a suscité des doutes dans l’entourage du chercheur québécois : « On s’est interrogé sur sa faisabilité, sa pertinence, sa validité. Ces groupes sont-ils vraiment représentatifs ? On a même entendu quelqu’un nous dire, à propos des gens que nous avons rencontrés : “Ça ne me donne pas envie de travailler avec eux !” »
Afin de lutter contre ces préjugés, le docteur François Desbiens, directeur de la santé publique de la Capitale-Nationale, propose quatre recommandations : « l’inscription de l’équité au cœur des politiques de santé, la lutte pour l’inclusion sociale, la promotion des actions communautaires et le développement des environnements sociaux. »

Textes et photo de Jacques Faucheux

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