La recherche sur l’embryon désormais autorisée

, par  Enrique Moreira

Mardi 16 juillet, les députés ont définitivement adopté un texte de loi, présenté par le sénateur Jacques Mézard (Parti radical de gauche, PRG), relatif à la recherche sur l’embryon et les cellules souches. Une nouvelle législation qui vient modifier le cadre légal déjà défini en 2004, à l’occasion de la révision de la loi de bioéthique. Dans ce qui apparaît comme un charabia technique et scientifique pour la plupart des Français, il est difficile de savoir ce que cette nouvelle loi change vraiment. Qu’espèrent les chercheurs en ayant recours à ces cellules ? D’où proviennent-elles ?

Ce que change la loi

Jusqu’alors, et ce depuis 2004, toute recherche portant sur l’embryon et les cellules souches était strictement interdite en France, exception faite pour celles qui avaient reçu une dérogation spéciale. Pour cela, aucun autre moyen de faire ce type de recherche ne devait être possible et les « découvertes potentielles » devaient déboucher sur des « progrès thérapeutiques majeurs ». Entre 2005 et 2012, soixante-dix projets de recherche sur des cellules souches ont été autorisés, selon l’Agence de biomédecine, qui délivre les dérogations. Désormais, le recours à des cellules souches embryonnaires est autorisé, à certaines conditions : il faut que le projet soit scientifiquement pertinent, qu’il ait pour but une application médicale, qu’il ne puisse être réalisé qu’à partir d’embryons humains et qu’il respecte des garanties éthiques, c’est-à-dire que les embryons proviennent uniquement de fécondations in vitro réalisées dans le cadre de procréations médicalement assistées (PMA)*.

Ce qu’espèrent les scientifiques

« L’enjeu, c’est la médecine régénérative et la thérapie cellulaire », a commenté Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre de la Recherche et président des députés PRG, au journal Le Monde. Les cellules souches prélevées dans la masse cellulaire de l’embryon ont en effet la particularité de pouvoir reproduire n’importe quel tissu de l’être humain. Une faculté qu’elles perdent très rapidement au cours du développement de l’embryon. En les travaillant, les scientifiques de la recherche fondamentale espèrent pouvoir, à terme, s’en servir pour aider à la reconstruction d’un muscle cardiaque endommagé (suite à un infarctus du myocarde, par exemple), régénérer un foie affecté par une cirrhose ou encore réparer la peau des grands brûlés.

Ce qui fait débat

Au-delà des questions du type « L’embryon est-il déjà un être humain ? » ou « Quand commence la vie ? » (questions qui dépassent le champ de la recherche scientifique et font appel à la morale et à l’éthique), un débat strictement technique demeure. Ainsi, des opposants à la recherche sur les cellules souches embryonnaires estiment qu’il existe une alternative. Il s’agit des cellules souches adultes pluripotentes induites (CSPI). Prélevées généralement sur la peau d’un adulte consentant, celles-ci sont « reprogrammées » à l’aide d’un sorte de cocktail de gènes et peuvent être utilisées comme cellules souches pour la médecine régénératrice. Cette méthode comporte tout de même un défaut majeur : pour être modifiées, ces CSPI doivent être soumises à un oncogène, un gène connu pour favoriser le développement des cancers.

Sources
- « Éthique et biomédecine », article L2151-5, loi n° 2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique, titre Ier, Journal officiel, 7 août 2004.
- « Recherche sur l’embryon et les cellules embryonnaires », article L2151-5, loi n° 2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique, art. 25, titre V, Journal officiel, 7 août 2004.
- « Professeur René Frydman : “L’embryon n’est pas une personne” », propos recueillis par Anne Jouan, Le Figaro, 12 juillet 2013.
- « A l’Assemblée, un embryon de discorde », Eric Favereau, Libération, 12 juillet 2013.

 

* D’où proviennent les embryons ?
Lorsqu’un couple a recours à la procréation médicalement assistée (PMA), plusieurs embryons sont fabriqués in vitro, en prévention d’un éventuel échec du premier implant. Dans le cas où ce dernier est réussi ou si l’homme et la femme décident de ne plus recourir à la PMA, la législation prévoit plusieurs solutions pour les embryons restants : il est possible d’en faire don à un autre couple, de les faire détruire ou encore de les donner à la recherche scientifique. Rappelons que, sans nouvelles des personnes concernées au bout de cinq ans, le laboratoire détruit automatiquement les embryons.

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