Quinze mesures pour lutter contre le mal-être des étudiants en santé

, par  Delphine Delarue

Les ministres de la Santé, Agnès Buzyn, et de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, viennent d’annoncer la mise en place de quinze mesures destinées à lutter contre la souffrance des futurs médecins. Parmi ces engagements : un meilleur respect des temps de travail et de repos, un encadrement amélioré pour les stages, la création de structures de soutien psychologique et une orientation renforcée dans le parcours de formation.

Stress chronique, rythme de travail excessif, violences psychologiques, épuisement professionnel : soulignée en 2016 par le Conseil national de l’ordre des médecins, puis dénoncée en juin dernier par quatre syndicats d’étudiants, la souffrance des futurs praticiens n’est plus un tabou. Le 3 avril, les ministres des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, ont officiellement annoncé quinze mesures destinées à améliorer le bien-être des étudiants en santé. Elaborés sur la base du rapport de mission de la psychiatre Donata Marra, remis aux ministres le même jour, ces engagements devraient permettre de réduire les risques psychosociaux auxquels sont soumis les apprentis médecins. D’après l’enquête menée au printemps dernier par les quatre syndicats auprès de 22 000 étudiants en médecine, 66,2 % souffriraient d’anxiété, 27,7 % de dépression et 23,7 % auraient des idées suicidaires.

Des difficultés liées à la nature des études de santé

Selon le rapport du docteur Marra, l’origine de ces souffrances est à chercher du côté la nature même des études de santé, qui induisent un caractère « systémique et multifactoriel » des difficultés. Sont notamment pointés du doigt : la pression induite par la compétitivité, les mauvaises conditions d’encadrement en stage (dont la plupart sont mal vécues sur le plan émotionnel), le temps insuffisant pour la vie personnelle et les activités extra-universitaires, le faible accompagnement du projet professionnel, ainsi que la formation pédagogique parfois incomplète des encadrants.
Pour améliorer le système et offrir un cadre apaisé aux étudiants, le plan gouvernemental prévoit notamment l’évaluation systématique des lieux de stage par les étudiants, dans toutes les filières ; avec la possibilité de déclencher une procédure de réexamen de l’agrément en cas de note insuffisante. Autre mesure annoncée : le respect du repos de sécurité après les gardes et la limitation à quarante-huit heures du temps de travail hebdomadaire. En outre, toutes les formations en santé devront introduire prochainement un module transversal concernant les risques psychosociaux et la gestion du stress.

Centre national d’appui

Autre engagement à souligner : la création, dans toutes les universités, d’une structure d’accompagnement des victimes de violences et d’une autre consacrée au dépistage psychologique, ouverte à tous les étudiants, en toute confidentialité.
Pour mesurer, repérer et partager les bonnes pratiques, un centre national d’appui en lien avec les associations étudiantes devrait bientôt voir le jour. Son rôle sera d’organiser la formation des enseignants et des étudiants, d’évaluer les mesures mises en œuvre et de faire le point sur la souffrance des étudiants en santé.
Le cursus devrait lui aussi évoluer, puisqu’il s’agira de centrer davantage le parcours de formation sur les compétences à acquérir et de sortir de « la logique de compétition ». L’orientation progressive des étudiants en santé devra quant à elle devenir une priorité. Ainsi, « des passerelles de sortie avec validation des acquis pour tous les étudiants en santé à tous les niveaux de leurs études » devront être assurées. Du côté des syndicats étudiants, ces propositions, jugées « encourageantes », ont été plutôt bien reçues. Certains regrettent tout de même que le statut des étudiants en médecine et la faible rémunération des stages n’aient pas été évoqués.

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