Quand le chien de la famille devient dangereux pour les enfants

Les services d’urgences pédiatriques des hôpitaux peuvent en témoigner : nombreux sont les enfants agressés par le chien du foyer ou de l’entourage proche. Pourtant, beaucoup de ces accidents auraient pu être évités.

De l’enquête menée de 2009 à 2010 auprès des centres hospitaliers universitaires (CHU) par l’Institut de veille sanitaire (INVS) et l’association des vétérinaires comportementalistes Zoopsy, il ressort que « l’incidence annuelle des morsures ayant nécessité un recours aux soins a été estimée de 30 à 50 pour 100 000 enfants de 0 à 15 ans. Chez les enfants les plus jeunes, les blessures sont plus nombreuses, plus graves et se situent souvent au niveau de la tête et du cou, ce qui peut entraîner des séquelles physiques, esthétiques et psychologiques. Le plus souvent, la personne qui a été mordue connaissait le chien et les agressions se produisent au domicile* ».

Les petits souvent attaqués au visage

Les morsures de chien concernent 0,5 à 1 % des urgences chirurgicales pédiatriques. Dans 75 à 80 % des cas, il s’agit de lésions faciales. « Chez les tout-petits, de 2-3 ans, c’est la plupart du temps le visage qui est touché. En grandissant, l’enfant se protège avec les bras, et ses membres supérieurs sont alors la partie du corps la plus exposée aux morsures », constate le docteur Ambre de Bérail, du service de chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital Purpan à Toulouse (31). Elle ajoute que l’ensemble de l’équipe intervient fréquemment pour des morsures, en moyenne deux fois par semaine, notamment pendant les vacances. Une cellule dédiée à ce type de blessures a d’ailleurs été créée et compte un psychiatre, qui prend en charge le stress post-traumatique.

Beaucoup de morsures en été

Prenons l’exemple des enfants gardés par les grands-parents pendant les vacances. Si ces derniers ont un chien, celui-ci peut ressentir la présence des petits comme une intrusion. L’été est aussi la saison des barbecues : non seulement les gens investissent « le jardin du chien », mais en plus ils y font cuire de la viande. Pour l’animal, la nourriture est une affaire sérieuse, et cette viande qui attise sa convoitise peut l’exciter et le rendre hargneux.
« Dans 75 à 82 % des cas, ce sont des chiens connus qui attaquent, constate le docteur Claude Beata, vétérinaire comportementaliste à Toulon, membre du Collège européen de médecine vétérinaire comportementale, de l’association Zoopsy et co-auteur de l’enquête de l’INVS. J’ai eu très récemment le cas d’un chien, au demeurant plutôt sympa, qui avait pincé un enfant. Il s’était retrouvé en contact avec plusieurs enfants à la fois alors qu’il n’y était pas habitué. Il a été apeuré par les cris et l’agitation et cherche depuis à agresser les enfants dès qu’il en repère à proximité. »

Décoder les signes d’alerte

« Dans la plupart des cas, il y a des signes avant-coureurs. Toutes les formes de menace (grognements, pincements, etc.) doivent alerter, mais aussi d’autres signes qui laissent penser que l’animal se sent mal à l’aise en présence de l’enfant. Si l’on remarque que son chien a un comportement bizarre, inhabituel, qu’il s’éloigne lorsque l’enfant entre dans une pièce, qu’il détourne son regard, qu’il se lèche le bout du museau…, il faut consulter un vétérinaire », recommande le spécialiste. Le bien-être de l’animal est essentiel : respecter sa gamelle et sa zone de couchage est une règle à connaître. Il faut également que le chien ne se sente pas acculé, qu’il ait la possibilité de s’isoler s’il en ressent le besoin.

Eduquer plutôt que rééduquer

Valérie Allemand, vétérinaire comportementaliste à Eaunes (31), met en garde les propriétaires de chien contre une sévérité exagérée ou, au contraire, un trop grand laxisme : « On remarque souvent un défaut d’éducation chez les petits gabarits. La plupart du temps, ce sont pourtant les chiens de moins de 10 kilos qui mordent. »
« On consulte un éducateur canin une fois que l’accident s’est produit, déplore Claude Beata. Or, la rééducation est plus compliquée. Il est plus simple d’éduquer, quelle que soit la race, dès le plus jeune âge, même si cela n’empêche pas tous les accidents. » Le vétérinaire conseille vivement d’amener le chiot, dès ses premiers mois, dans une « puppy school » afin de l’éduquer et de le socialiser.
Pour apprendre aux enfants à se comporter correctement vis-à-vis du chien de la famille, c’est plus difficile. « Jusqu’à 5-6 ans, ils ne font pas ce qu’on leur dit, souligne le docteur Allemand. Ils peuvent alors se mettre en danger. »

* « Facteurs de gravité des morsures de chien aux urgences », enquête multicentrique, Institut de veille sanitaire (INVS), mai 2009-juin 2010.

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