Prison : la « double peine » des détenus atteints de troubles psychiatriques

, par  Léa Vandeputte

Dans un rapport issu d’une enquête menée au sein de huit prisons françaises, l’ONG Human Rights Watch dénonce le « manque de soins appropriés » et des conditions de détention « inadaptées » pour les détenus souffrant de troubles mentaux.

La dernière étude sur la santé mentale dans les prisons françaises, datée de 2004, établissait que près d’un quart des détenus étaient atteints de psychoses telles que la dépression, les troubles bipolaires ou la schizophrénie. Pour son enquête, l’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW) a, elle, visité huit prisons en France et rencontré cinquante personnes (détenus, membres du personnel pénitentiaire, professionnels de santé...) afin de recueillir des témoignages. La conclusion de son rapport, intitulé « Double peine : conditions de détention inappropriées pour les personnes présentant des troubles psychiatriques dans les prisons en France », est sans appel : « Les conditions de détention et l’insuffisance des traitements médicaux aggravent les souffrances. » La liste des problèmes est longue : la « surpopulation carcérale, la stigmatisation et l’isolement », la « pénurie des professionnels de santé mentale dans de nombreuses prisons », le « manque de soins adaptés » ou encore des « conditions de travail difficiles pour les surveillants ».

Des soins inadaptés

L’isolement des malades est particulièrement préoccupant. Ils sont en effet, plus que les autres, susceptibles de se replier sur eux-mêmes. Le rapport rappelle ainsi que le taux de suicide dans les prisons françaises est « sept fois supérieur à celui de la population générale » et que les détenus atteints de troubles mentaux « ont davantage tendance à s’automutiler ou à commettre une tentative de suicide que les autres détenus ».
De plus, lorsque leur état de santé se dégrade, des prisonniers sont transférés dans des hôpitaux psychiatriques et mis à l’isolement le temps de traiter la crise, avant de revenir en prison. Or, l’ONG juge ces allers-retours « à la fois néfastes pour la santé du patient et préjudiciables et coûteux pour la prison et l’hôpital concernés ».
Les conditions de détention sont plus difficiles encore pour les femmes, dont les déplacements sont plus limités que ceux des hommes, ce qui leur donne « le sentiment d’être plus isolées ». Le rapport précise même qu’une « seule unité sur les vingt-six dotées de soins de santé mentale spécialisés dans les prisons françaises est équipée de lits pour les femmes », ce qui constitue une « discrimination dans leur accès aux soins de santé mentale », selon l’ONG.

Respecter les droits fondamentaux

Même si Human Rights Watch salue le premier pas réalisé avec l’adoption d’une loi en 2014 visant à permettre une réduction de peine d’un tiers pour « les personnes accusées dont l’état de santé était altéré par des troubles mentaux au moment où les faits ont été commis », des efforts doivent encore être faits en matière de respect des droits.
Le rapport recommande notamment de « commissionner une nouvelle enquête indépendante sur la santé mentale des détenus », d’assurer « des conditions de vie appropriées » en ne plaçant pas les détenus atteints de troubles psychiatriques en isolement, mais aussi de « remédier à la pénurie de professionnels de santé mentale en prison ».

Source
« Double peine : conditions de détention inappropriées pour les personnes présentant des troubles psychiatriques dans les prisons en France », Human Rights Watch, rapport d’enquête 5 avril 2016.

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