Prématurité : le peau à peau aide les bébés à se développer

, par  Isabelle Coston

Rester au maximum peau contre peau avec son bébé, surtout quand ce dernier est né avant terme, est une pratique qui devrait davantage être popularisée.

Pour mieux faire connaître la méthode du peau à peau, appelée aussi soins kangourous, l’association SOS Préma lance, du 15 mai au 15 juin 2022, le Mois du peau à peau : « un mois pour tout comprendre sur ce « golden standard » des soins de développement ».
La pratique du peau à peau, qui consiste, comme son nom l’indique, pour la mère ou pour le père, à garder pendant de courtes périodes et pendant plusieurs jours, son bébé nu — vêtu seulement d’une couche — contre sa poitrine nue a fait la preuve de son utilité. « Étudié depuis 1998, explique SOS Préma, le peau à peau est bénéfique pour le nouveau-né à court, moyen et long terme ; ainsi que pour ses parents. » C’est la raison pour laquelle les soignants en néonatalogie « encouragent largement sa pratique dans le cadre des soins centrés sur le bébé et sa famille ». Tout au long de la campagne, l’association va s’attacher à publier des données scientifiques concernant la pratique et les bénéfices du peau à peau. Elle partagera également des témoignages de parents et de soignants.

La méthode mère kangourou comme alternative à la couveuse

Le Soin mère-kangourou (KMC – Kangaroo Mother Care), est initié en 1979 à Bogota, en Colombie. Les docteurs Edgar Rey Sanabria et Martinez y testent « une pratique alternative à l’incubateur pour apporter aux nouveau-nés prématurés ou de faible poids de naissance un environnement de développement plus proche de celui du ventre maternel et mieux les protéger des infections nosocomiales », relate SOS Préma, qui précise qu’« en raison des très bons résultats concernant le développement des enfants, démontrés par le docteur Nathalie Charpak et d’autres chercheurs internationaux, [la Colombie] a systématisé pour tous les bébés nés avant 37 SA (semaines d’aménorrhée, NDLR) ou d’un poids de naissance inférieur à 2 500 g, l’inclusion du bébé et de ses parents dans un programme de soin kangourou ».
Pays souvent précurseur du nord de l’Europe, la Suède adopte la pratique dans ses services de réanimation néonatale dès 2004. Mais la France, via la Société française de néonatalogie (SFN), l’a aujourd’hui intégré elle aussi dans les soins recommandés aux nouveau-nés prématurés ou malades.

Un soin recommandé par l’OMS…

La méthode a donc fait son chemin et est même aujourd’hui conseillée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en tant que programme de soins.
Celui-ci consiste en du « peau à peau précoce et continu, jusqu’à devenir du soin kangourou 24 heures sur 24, avec les parents ou les personnes ressources », détaille l’OMS, qui préconise de l’associer à une alimentation à base de lait maternel aussi souvent que possible. Une « sortie opportune de l’hôpital vers le domicile, avec un suivi de la croissance et du développement du bébé et un accompagnement social et psycho-affectif des parents jusqu’aux 2 ans révolus de l’enfant », est aussi préconisée par l’institution.

… et dans la charte du nouveau-né hospitalisé

Inaugurée le 17 novembre 2021 par SOS Préma et la SFN, la charte du nouveau-né hospitalisé fait figurer le peau à peau dans les « pratiques essentielles à mettre en œuvre avec les parents pour des soins néonatals optimaux ». Il constitue l’un des 10 points de la charte et permet aux parents de prendre part activement aux soins de leur bébé. Mais cette charte précise que : « Les parents peuvent être relayés par des personnes ressources qu’ils auront choisies (c’est-à-dire des personnes de confiance qui auront un rôle spécifique pour les accompagner tout au long de l’hospitalisation : famille, amis…) s’ils en ressentent le besoin. Ces personnes ressources peuvent pallier l’absence des parents et faire profiter au bébé d’un contact réconfortant et prolongé, plutôt que ce dernier n’en reçoive pas du tout. »

Le peau à peau à la portée de tous les parents

« Avec l’appui de l’OMS et l’action de la Fundacion Canguro de Bogota, rappelle SOS Préma, la méthode Mère kangourou est enseignée et pratiquée, depuis plus de 30 ans, à travers le monde entier, aussi bien dans des pays à faibles revenus que ceux disposant de très hautes ressources. » Outre que le peau à peau, couplé à une alimentation à base de lait maternel, permet aux prématurés de prendre du poids plus facilement, il contribue à aussi à créer et à renforcer les liens affectifs entre l’enfant et le parent. C’est la raison pour laquelle SOS Préma soutient la pratique du peau à peau « le plus tôt possible et le plus longtemps possible, durant l’hospitalisation et même après à la maison ».
« Le lien entre les parents et leur bébé se construit grâce au fait que les parents sont proches, très proches de leur bébé, ajoute Laurence Girard, présidente du comité scientifique de SOS Préma. Être proche de son bébé, c’est bien sûr, pouvoir le prendre dans les bras, lui parler, lui chanter une mélodie, le caresser, prendre soin de lui. Grâce à cette proximité, les parents prennent conscience que leur bébé est une personne à part entière, comprennent ce qui lui convient, ce qui plaît à leur bébé et aussi ce qui peut le blesser ou le contrarier. »

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