Précarité menstruelle : les étudiantes frappées de plein fouet par la crise

, par  Isabelle Coston

Un tiers des étudiantes n’ont pas suffisamment d’argent pour s’acheter chaque mois les protections périodiques dont elles ont besoin, selon une récente étude.

« Sauter un repas ou un cours : pour vivre leurs règles dignement, tel est le choix que doivent faire de nombreuses jeunes en 2021. » C’est le triste constat que dresse la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) à la suite d’une enquête menée fin 2020 auprès de 6 518 étudiantes âgées de 18 à 25 ans, dont les résultats ont été publiés le 8 février. Cette étude, réalisée conjointement par la Fage, l’Association nationale des étudiants sages-femmes (Anesf) et l’Association fédérative des étudiants de Poitiers (Afep), montre que 33 % des personnes sondées estiment avoir besoin d’une aide pour financer leurs protections périodiques.
Dans l’impossibilité de travailler en parallèle de leurs études à cause des restrictions sanitaires, beaucoup d’étudiants ont basculé dans la précarité, se voyant même contraints de sauter des repas et de faire appel à des associations comme le Secours populaire ou les Restos du cœur. Les étudiantes, elles, rencontrent une difficulté supplémentaire : elles doivent faire face à ce que l’on appelle la précarité menstruelle, autrement dit l’impossibilité de s’acheter des protections périodiques faute de moyens. Or cette situation a des « conséquences dramatiques […] chez les jeunes, sur le plan physique, mental ou encore social », souligne la Fage.

Des conséquences sanitaires et sociales

Avec un coût mensuel évalué en moyenne entre 10 et 15 euros, ce poste de dépenses représente en effet une part non négligeable dans un maigre budget (auquel il faut parfois ajouter les médicaments antidouleur, les visites médicales, l’achat de sous-vêtements…). Alors, nombreuses sont celles qui « bricolent » des protections de fortune (papier toilette, journaux, etc.). En ne changeant pas assez souvent leurs tampons ou serviettes, ces femmes mettent leur santé en danger. Il est notamment recommandé de les remplacer toutes les trois à six heures, et surtout de ne pas porter un tampon plus de huit heures d’affilée pour éviter le syndrome du choc toxique, une affection rare mais potentiellement mortelle. Les conséquences sociales peuvent aussi être importantes. 12 % des jeunes filles ont par exemple déjà manqué les cours car elles n’avaient pas de protections périodiques, révèle une enquête menée en mars 2019 par l’Ifop pour l’association Dons solidaires.

En finir avec la précarité menstruelle

« En France, un budget de 5 millions d’euros est dès à présent alloué par l’État pour lutter contre ce phénomène », indique la Fage, qui ajoute que « les fonds ne sont malheureusement pas fléchés vers les étudiantes, pourtant l’un des publics les plus précaires en France. » Pour l’heure, les associations étudiantes se mobilisent sur le sujet : la Fage et son réseau proposent, notamment au sein des épiceries sociales et solidaires AGORAé, des distributions régulières de protections périodiques aux étudiantes bénéficiaires. De plus, certaines universités ont installé des distributeurs de protections en libre-service ou organisent des distributions. « Ces dispositifs, encore bien trop rares, sont à élargir à l’ensemble des établissements d’enseignement supérieurs ainsi que dans les résidences universitaires, afin de rendre les protections périodiques accessibles à toutes », explique Paul Mayaux, président de la Fage.
« La précarité menstruelle est un enjeu de société fondamental, lié aux inégalités de genre et aux tabous qui entourent les règles », souligne la Fage, qui préconise « pour lutter efficacement contre ce phénomène, d’autres mesures plus globales […] telles que l’amélioration de la sensibilisation et de la prévention sur les règles et les maladies qui y sont associées, dans un cadre scolaire, mais aussi périscolaire et universitaire ; l’obligation pour les entreprises de rendre publique la composition des protections et la révision des normes sanitaires et l’interdiction des produits nocifs au niveau français et européen. »

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