Plastique : la guerre est déclarée

, par  Ciem

De la part de l’Etat et des associations, les mesures se multiplient pour lutter contre l’accumulation des déchets plastiques dans l’océan, ce fameux septième continent de 3,5 millions de kilomètres carrés, soit une superficie de six fois la France. Devant cette catastrophe écologique, qui décime les animaux marins, le gouvernement multiplie les mesures d’interdiction. Par ailleurs, l’association Earthwake, fondée en 2015 par Samuel Le Bihan, a imaginé Chrysalis, une machine qui recycle le plastique pour en faire du carburant.

Des mesures pour en finir avec le plastique

L’Assemblée nationale a fait un pas de plus vers la limitation des objets en plastique à usage unique. Le 2 octobre dernier, les députés ont en effet définitivement adopté la loi alimentation interdisant ou restreignant leur usage dans le secteur alimentaire. La lutte avait déjà commencé en 2016 avec l’arrêt des sacs à usage unique aux caisses des grandes surfaces, supérettes, boulangeries, pharmacies… Depuis le 1er janvier 2017, les commerçants ont aussi l’obligation d’utiliser des sacs en papier ou en plastique biosourcé et compostable pour la pesée des fruits et légumes, des fromages à la coupe, des viandes ou des poissons. Avec la loi Alimentation, viennent s’ajouter à cette liste : les pailles, les couverts, les piques à steak, les couvercles des verres jetables, les plateaux-repas, les pots à glace, les saladiers, les boîtes et les bâtonnets mélangeurs pour boissons. L’Assemblée a également mis fin « à l’utilisation de bouteilles d’eau plate en plastique » et, en 2025, à l’emploi de « contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique ». La France a par ailleurs pour objectif de recycler 100 % de ses plastiques d’ici à cette même date.

Une machine qui recycle le plastique en carburant

L’association Earthwake, fondée en 2015 par Samuel Le Bihan, a pour objectif de collecter et de valoriser les déchets plastiques, a mis au point une machine capable de les transformer en carburant. Cet engin révolutionnaire, baptisé Chrysalis, représente une piste intéressante pour contribuer à débarrasser les océans des monceaux de plastique qui s’y accumulent et les étouffent.

Après trois années de test, Chrysalis, la machine qui recycle le plastique pour en faire du carburant est à présent opérationnelle affirme Samuel Le Bihan. L’acteur et fondateur de l’association Earthwake a présenté cet engin pour la première fois en démonstration au grand public le 10 septembre 2018 à Antibes, dans les Alpes-Maritimes.

Donner une nouvelle vie au plastique

Son concepteur, Christofer Costes, utilise pour faire fonctionner Chysalis, « le principe de la pyrolyse, qui consiste à faire chauffer à 450 °C le plastique (polyéthylène et polypropylène) préalablement broyé, en l’absence d’oxygène, pour casser les molécules et les ramener à un état liquide ». La nouveauté du procédé réside notamment dans la capacité de la machine à séparer le diesel, l’essence, le gaz et les résidus. Un kilo de plastique permet d’obtenir 65 % de gasoil pour un générateur, un tracteur ou un moteur de bateau, 18 % d’essence, qui pourra être utilisée comme produit de chauffage ; 10 % de gaz, qui servira à autoalimenter la machine, et 7 % de charbon, qui pourra entrer dans la fabrication de mines de crayons, de colorants… Chrysalis, qui est donc autonome en énergie, a également été conçue pour pouvoir être transportée par conteneur directement sur les zones polluées. Malgré sa petite taille, elle sera en mesure « de transformer jusqu’à 10 tonnes de déchets par mois », assure l’association, qui précise qu’elle est déjà capable de traiter un kilo de matière par heure et de fournir ainsi de 500 à 600 grammes de diesel. Le coût de fabrication de l’appareil s’élève à 50 000 euros et il faut moins d’un an pour l’amortir.

Un outil de développement pour l’Afrique

François Danel, ancien directeur d’Action contre la faim, administrateur bénévole et partenaire de Samuel Le Bihan depuis le début d’Earthwake, ambitionne notamment de « créer grâce à cette machine un vrai marché du plastique recyclé en Afrique », car les pays émergents sont particulièrement concernés par cette pollution. Chrysalis permettra aux populations démunies de trouver dans la collecte de ces déchets une source de revenus. Le carburant produit à partir de plastique usagé pourra ensuite alimenter des générateurs ou les moteurs de bateaux de pêcheurs, par exemple. « En donnant de la valeur aux vieux plastiques, on incite les gens à les ramasser et à ne plus les jeter dans la nature, souligne François Danel. On améliore leurs conditions de vie et on crée des emplois. Grâce à ce recyclage en circuit fermé, on met en place un cercle vertueux. » Valoriser les déchets plastiques semble effectivement être la meilleure solution pour participer à l’amélioration de la vie et de la santé des populations les plus vulnérables. Chrysalis pourrait ainsi, à sa façon, contribuer à faire diminuer le gigantesque amas de morceaux de plastique flottant au milieu du Pacifique Nord, ce fameux septième continent, difficile à imaginer tellement il est monstrueux. Il s’étend en effet sur une surface de 3,5 millions de kilomètres carrés, soit une superficie de six fois la France.

Pour en savoir plus : Earthwake.fr.

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