Pacte territoire santé : un premier bilan satisfaisant pour Marisol Touraine

, par  Delphine Delarue

Succès des aides incitatives à l’installation des jeunes médecins, multiplication des maisons de santé, développement de la réflexion sur le transfert des compétences : pour la ministre de la Santé, Marisol Touraine, un an après le lancement de son plan de lutte contre les déserts médicaux, « les résultats sont là ».

Lutter contre les déserts médicaux et réduire les inégalités d’accès aux soins, tels étaient les objectifs du Pacte territoire santé lancé en décembre 2012 par Marisol Touraine. Un an après, « les résultats sont là, a estimé la ministre lors de la présentation d’un premier bilan d’étape à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire), le 10 février. En 2012, deux millions de Français étaient à plus de trente minutes de soins urgents. A la fin de cette année, grâce aux actions que nous avons déployées, ce sera moitié moins ! » Afin d’y parvenir, plusieurs mesures ont été engagées, notamment pour faire évoluer la formation des jeunes médecins, pour faciliter leur installation dans les zones sous-dotées et pour transformer leurs conditions d’exercice. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : inciter les futurs praticiens à venir exercer dans les déserts médicaux, ces zones périurbaines ou rurales défavorisées, aujourd’hui délaissées au profit de territoires plus attrayants comme les centres-villes ou le sud de la France. « Actuellement, il y a deux fois plus de médecins dans les Hautes-Alpes ou à Paris que dans l’Eure », a rappelé la ministre, alors que notre pays se situe dans la moyenne haute des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en termes de nombre de médecins (300 pour 100 000 habitants).

Près de deux cents praticiens territoriaux de médecine générale

Parmi les nouveaux dispositifs, la ministre est notamment revenu sur le statut de praticien territorial de médecine générale. Ce statut particulier offre, pour les premières années d’exercice, une garantie de revenu de 3 640 euros par mois et une protection sociale améliorée (en cas de maladie, de congé maternité…) à tous les jeunes médecins s’installant en zone de désert médical. Près de deux cents contrats de ce type on été signés en 2013 et deux cents autres seront proposés en 2014. « Un succès total », selon l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), qui appelle à « l’élargissement de ce dispositif et à l’arrivée d’aides incitatives du même type » tout en restant vigilant. L’association souligne que les étudiants « attendent toujours » l’indemnité de transport promise pour les futurs praticiens exerçant leur stage de médecine générale à plus de 15 kilomètres de leur lieu de formation ou de résidence.
Autre mesure allant dans le sens de l’incitation à l’installation : le contrat d’engagement de service public. Il s’agit de bourses d’études de 1 200 euros par mois réservées aux futurs médecins qui s’engagent à s’installer dans une région sous-dotée pour une durée égale à celle du versement de la bourse. Ce dispositif existait déjà sous la majorité précédente, mais il a été simplifié et élargi à d’autres professions comme celle des chirurgiens-dentistes. Depuis, le nombre de bourses a augmenté de 65 %, « et en 2017, 1 500 bourses auront été souscrites », a précisé la ministre.

Partage d’expériences

Désormais, les jeunes médecins « veulent partager leurs expériences avec d’autres professionnels et souhaitent mutualiser les charges qui sont sans rapport direct avec leur cœur de métier », a-t-elle par ailleurs indiqué. Le ministère a donc soutenu, en 2013, le déploiement de maisons de santé regroupant plusieurs professionnels en exercice coordonné. D’après Marisol Touraine, le nombre de ces structures a ainsi doublé en une année, passant d’à peine 170 en 2012 à 370 aujourd’hui, et il devrait atteindre pas moins de 600 d’ici la fin de l’année.
Enfin, parce que « la transformation des conditions d’exercice de la médecine passe aussi par une nouvelle répartition des tâches », la ministre compte accélérer la réflexion sur le transfert de compétences. L’idée étant de développer des systèmes comme le protocole Azalée, un dispositif qui permet aux infirmiers d’assurer, en lien avec des médecins, le suivi de patients diabétiques, en sevrage tabagique ou souffrant de maladies cardiovasculaires. Une orientation intéressante, à laquelle restent cependant opposés certains syndicats de médecins, mais qui séduit de plus en plus de patients, lassés des files d’attente interminables (lire également l’encadré).

Ophtalmologistes : 77 jours d’attente en moyenne pour un rendez-vous S’il est une spécialité révélatrice de l’impact des déserts médicaux en France, c’est bien celle de l’ophtalmologie : selon une étude réalisée par Yssup Research pour Point Vision, le temps d’attente moyen pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste est de 77 jours, soit plus de deux mois. C’est dans la Loire que l’on attend le plus longtemps sa consultation, avec une moyenne de 205,3 jours. Dans ce département, 15 % des ophtalmologistes ne peuvent plus accepter de nouveaux patients. Une tendance que l’on observe également en Meurthe-et-Moselle, en Moselle, en Isère, en Ile-et-Vilaine et dans l’Essonne. En matière de temps d’attente les plus longs, après la Loire suivent le Finistère, l’Isère et la Seine-Maritime, avec de plus de 152 jours avant une consultation. Et c’est à Paris, dans les Hauts-de-Seine, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône que les délais pour décrocher un rendez-vous sont les plus « raisonnables » : de 24 à 40 jours en moyenne, tout de même.

 

Sources
- « Lutter contre les déserts médicaux et les inégalités d’accès aux soins : bilan 2013 et perspectives 2014 », dossier de presse, ministère de la Santé, 10 février 2014.
- « Pacte territoire santé : un bilan encourageant mais édulcoré », communiqué de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), 10 février 2014.

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