Les orthoptistes autorisés à prescrire des lunettes et des lentilles ?

, par  Léa Vandeputte

L’Assemblée nationale a voté l’élargissement des activités des orthoptistes. Ces derniers pourraient prescrire des verres correcteurs et des lentilles sans l’avis des ophtalmologistes.

Dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2022, l’Assemblée nationale a adopté le 22 octobre, en première lecture, l’article 40 qui prévoit le développement des compétences orthoptistes. Ils pourraient notamment réaliser un bilan visuel et prescrire directement des verres correcteurs et des lentilles de contact oculaire.

Des évolutions au fil des ans

Les contours de la profession ont beaucoup évolué ces dernières années. Depuis janvier 2017, les orthoptistes, s’ils exerçaient dans un cabinet avec un ophtalmologiste, pouvaient réaliser le bilan visuel d’un patient et préparer l’examen médical. L’ophtalmologiste ne se chargeait plus alors que de la prescription. Puis, en avril 2020, ils ont obtenu le droit de prescrire des ordonnances pour renouveler des lunettes ou des lentilles, mais sous certaines conditions : que le médecin n’ait pas mentionné son opposition et que la prescription initiale soit datée de moins d’un an pour les patients âgés de moins de 16 ans, et de moins de trois ans pour ceux de 16 ans et plus. Cette fois-ci, avec l’article 40, les orthoptistes pourraient établir une prescription « sans être placés sous la responsabilité d’un médecin ». Cette nouvelle étape est considérée comme une victoire par le Syndicat national autonome des orthoptistes (Snao), qui rappelle dans un communiqué que « l’accès au médecin ophtalmologue n’est pas interdit si l’article 40 est voté et que les patients auront un choix supplémentaire pour entrer dans la filière visuelle et qu’il vaut mieux qu’ils voient un professionnel de santé qui pourra les orienter plutôt qu’ils renoncent totalement. »

Faciliter l’accès aux soins

Avec cette mesure, le gouvernement veut en effet permettre aux Français d’accéder plus facilement à des soins visuels. Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) de 2018 indiquait que le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste était de 80 jours. Chiffre qui a depuis été revu à la baisse (55 jours) dans une enquête réalisée par le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) datée de juin 2019. L’accès direct aux orthoptistes est présenté par les défenseurs de l’article comme un gain de temps.

Les ophtalmologistes en grève

De leur côté, les ophtalmologistes sont contre cette mesure. Pour protester, ils se sont mis en grève du 22 au 31 octobre à l’appel du Snof et de l’Association nationale des jeunes ophtalmologistes (ANJO). Thierry Bour, président du Snof, estime que « cet article 40 du PLFSS représente un véritable danger pour le parcours de soins en ophtalmologie. Alors que la France est la première en Europe pour le dépistage du glaucome et que les délais de rendez-vous tendent largement à s’améliorer, les pouvoirs publics opèrent ici un changement radical du système de santé en se basant sur une étude caduque de 2018 de la Drees. »
La question n’est, de toute manière, pas encore tranchée. Le PLFSS 2022 et l’article 40 seront examinés le 8 novembre par le Sénat avant de retourner à l’Assemblée nationale pour la deuxième lecture.

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