Antibiotiques : mieux organiser la résistance

, par  Vincent Portois

L’OMS ne peut pas être plus explicite dans son dernier rapport, daté du 20 septembre : il est nécessaire de développer de nouveaux antibiotiques, car nous vivons une période d’« urgence sanitaire mondiale ». Un document alarmiste, certes, mais qui pointe un besoin criant de financement et de prévention.

Sur les 51 antibiotiques « en cours de développement clinique », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en a répertorié seulement 8 pouvant être considérés comme « des innovations dotées d’une valeur ajoutée pour compléter l’arsenal thérapeutique mondial ». Les progrès médicaux risquent d’en subir le contrecoup pendant des décennies entières, et l’antibiorésistance, de s’accroître de plus belle. En effet, « la plupart des médicaments en développement clinique sont des modifications de classes actuelles d’antibiotiques et ne sont que des solutions à court terme ». Les mots sont forts dans le rapport anxiogène, mais nécessaire, que vient de publier l’OMS. Le directeur général de celle-ci, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, explique que la résistance aux antibiotiques est une « urgence sanitaire mondiale qui va mettre en péril les progrès de la médecine moderne ».

L’exemple de la tuberculose

Dans leur analyse, les rapporteurs identifient des classes de maladies communes parmi les plus traitées, comme la pneumonie ou les infections urinaires, contre lesquelles il faut développer de nouveaux médicaments. Au sein de cette douzaine de pathologies, un exemple est plus détaillé : celui de la tuberculose pharmacorésistante, responsable chaque année de plus de 250 000 décès. « Nous allons revenir à ce temps où les gens craignaient les infections les plus courantes et risquaient leur vie pour des interventions chirurgicales mineures. » Le docteur Mario Raviglione, directeur du Programme mondial OMS de lutte contre la tuberculose, souhaite que la courbe de financement s’inverse, car, en « plus de soixante-dix ans, seuls deux nouveaux antibiotiques destinés au traitement de la tuberculose pharmacorésistante ont été mis sur le marché. Si nous voulons mettre fin à la tuberculose, ajoute-t-il, il faut instamment débloquer plus de 800 millions de dollars par an pour financer la recherche sur les nouveaux médicaments antituberculeux ».

Augmenter les investissements et la prévention

L’OMS est déterminée à obtenir des mesures contre le sous-financement de nouveaux traitements antibiotiques : « Il faut accroître sans tarder les investissements dans la recherche-développement pour les infections résistantes aux antibiotiques, notamment la tuberculose. » Outre le renflouement des budgets recherche – comme les 56 millions d’euros investis, le 4 septembre dernier, par la fondation britannique Wellcome Trust et plusieurs pays –, les entreprises pharmaceutiques et les chercheurs, chapeautés par l’OMS, préconisent un renforcement de la prévention des infections, car, « à eux seuls, les nouveaux traitements ne suffiront pas à faire face à la menace que représente la résistance aux antimicrobiens ». Cette prévention doit se concrétiser par des aides afin de mieux utiliser les antibiotiques et d’orienter sur « l’usage responsable [de ces médicaments] dans les secteurs de la santé humaine et animale et dans celui de l’agriculture ».

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