L’actualité du passé : vers la gratuité de la couverture santé des seniors

, par  Mutuelle Mucs

En 1911, l’ancêtre de la Mucs, l’Union du commerce, est fière de sa palette de services sociaux. Ses innovations se heurtent toutefois à la banalisation de nouvelles lois aux minima sociaux moins avantageux. Pour les retraités, le seuil de la solidarité oscille déjà... de 65 ans pour la loi à 50 ans pour la mutuelle. Celle-ci revendique donc sa liberté budgétaire.

Ce dimanche 30 avril 1911, l’assemblée générale de l’Union du commerce réunie au palais du Trocadéro revêt un caractère festif. Chaque séquence de discours est suivie d’un entracte musical du meilleur effet. L’ambiance est euphorique tant le rapport d’activité démontre la maturité acquise par la société mutualiste. Ce n’est pas la progression annuelle des adhérents de 2 % portant l’effectif à 27 800 adhérents ou le niveau d’excédent de 5 % des recettes qui suscitent cette satisfaction partagée. C’est d’abord le fait que la palette de services rendus par la mutuelle ne cesse de s’élargir.
La croissance des soins couverts n’étonne plus personne. Tout au plus, depuis 1902, les allocations d’accouchement et les journées d’hospitalisation des femmes sociétaires font l’objet d’une vigilance budgétaire particulière.

Une palette de services élargie

Outre la récente prise en charge de leurs épouses, les adhérents se réjouissent de la qualité de nombreux autres services. Alors même que leurs enfants sont désormais couverts par la mutuelle, le service d’orphelinat est en place depuis dix ans, cofinancé notamment par les recettes d’un concert de début d’année rassemblant largement le millier de participants. L’éducation qui est assurée aux 120 orphelins leur permet de rejoindre le poste d’employé sélectionné par la mutuelle lorsqu’ils atteignent l’âge de travailler. Parallèlement, 1 800 emplois vacants dans le négoce parisien ont été signalés aux adhérents, l’an passé. Et de nombreux cours leur sont proposés, en particulier en comptabilité, en anglais et même en espéranto.
La mutuelle entame en 1911 une politique active de prévention. Désormais, une publication mensuelle de « conseils d’hygiène familiale » est transmise aux adhérents. Le premier numéro porte sur « les conditions pour conserver un logement salubre ». Une prochaine publication traitera de l’alcoolisme, « dont les ravages sont comparables à une guerre sans merci ».

Des retraites spécifiques dès 50 ans

Autre satisfaction, le fonctionnement des deux caisses de retraite de la mutuelle, créées depuis plus de deux décennies. L’une, obligatoire, verse une pension à l’adhérent retraité dès 50 ans ; l’autre est complémentaire et facultative. Une fois encore l’Union du commerce est pionnière en ce domaine. Aussi, c’est sans complexe que ses adhérents viennent d’accepter par référendum que la mutuelle gère la complémentarité de leur régime spécifique avec le nouveau régime légal de retraites obligatoires. Une nuance de taille : hors de l’Union du commerce, la pension de la retraite légale n’est versée, elle, qu’à partir de 65 ans. Les administrateurs de l’Union sont pourtant fiers d’avoir partiellement conseillé les ministres du Travail et de la Prévoyance sociale qui sont les initiateurs de cette nouvelle loi de 1910 sur les retraites ouvrières obligatoires, René Viviani et Joseph Paul-Boncour. Ce dernier est d’ailleurs le président d’honneur de la présente assemblée. Au-delà des formules de courtoisie, il est la cible d’une grogne certaine, car son ministère bloque depuis plus de deux ans la nouvelle innovation de la mutuelle en matière de prévoyance.

La gratuité de la couverture santé après 50 ans en suspens

L’Union a en effet adopté en 1909 le principe de gratuité de la mutuelle santé pour les adhérents ayant dépassé l’âge de 50 ans et ayant cotisé pendant au moins vingt-cinq années. Il s’agit d’éviter l’interruption de couverture santé pour nombre de retraités en situation de pauvreté et ne pouvant plus acquitter leur cotisation santé. Pour financer cette réforme, l’ensemble des adhérents va payer une cotisation supplémentaire fort raisonnable. Des possibilités de rachat de cotisations sont ouvertes pour les adhérents récents. Or l’Administration, arguant de ses pouvoirs de tutelle définis par la loi sur les mutuelles de 1898, attend pour se prononcer l’avis du Conseil d’Etat. Celui-ci prend son temps. Pourtant, la mutuelle n’a cessé de manifester sa bonne volonté vis-à-vis du ministère, et elle vient d’appliquer à contrecœur ses directives en modifiant ses statuts pour adopter le plafonnement à 360 francs des pensions annuelles versées aux retraités. Un plafond uniforme fixé par le législateur pour les retraites obligatoires.
L’expression de ce mécontentement reste cependant feutrée, car l’Etat maintient un niveau attractif de rémunération des réserves des caisses de retraite de l’Union, placées à la Caisse des dépôts au taux de 4,5 %. En revanche, les revendications adressées à l’administration parisienne abandonnent le ton diplomatique. C’est que, sans préavis en janvier, l’Assistance publique (AP) a décidé de relever de plus de 40 % le tarif des 9 500 journées d’hospitalisation payées annuellement par l’Union pour ses adhérents. Une initiative d’autant moins compréhensible que l’hospitalisation individuelle reste gratuite. La mutuelle menace donc l’AP de cesser tout paiement pour le compte de ses adhérents. Ainsi se poursuit l’activité des précurseurs de la Mucs, entre liberté d’innovation et banalisation réglementaire.

SUR LE MÊME SUJET

DOSSIERS

Cuisiner, c’est bon pour la santé

Choisir des produits sains et se préparer à manger plutôt que recourir à des plats industriels est un moyen simple de préserver sa santé, d’autant qu’il n’est pas nécessaire d’être un véritable cordon-bleu pour se faire du bien. Cuisiner est aussi un formidable moyen de partager : faire découvrir aux (...)

Vivre avec la maladie de Parkinson

Avec plus de 200 000 personnes touchées en France, la maladie de Parkinson­ est l’affection neurodégénérative la plus fréquente après l’alzheimer. Elle évolue lentement, se manifeste parfois par des tremblements, mais surtout par des difficultés à effectuer des gestes et constitue ainsi une cause de (...)

En finir avec le mal de tête

Même s’ils peuvent être très gênants, les maux de tête sont la plupart du temps sans gravité, mais quand ils se répètent, c’est toute la qualité de vie qui est altérée. Heureusement, qu’il s’agisse de céphalée de tension ou de migraine, des solutions efficaces existent, à condition de bien identifier la (...)

Santé au travail Prévenir les risques professionnels

La récente intensification du travail induit de nouvelles formes d’organisation qui ne sont pas sans risques sur la santé physique et mentale des salariés. Ces contraintes se traduisent essentiellement par une augmentation des troubles musculo- squelettiques (TMS) et des pathologies psychiques au (...)

ARTICLES RÉCENTS