« Mon traitement me fait grossir », comment réagir ?

, par  Isabelle Coston

De nombreux médicaments sont soupçonnés de faire grossir, mais leur rôle dans l’apparition des kilos superflus est souvent exagéré. Quels sont les traitements mis en cause et quelle est leur véritable responsabilité dans la prise de poids ?

Corticoïdes, neuroleptiques, antidépresseurs, antidiabétiques, antimigraineux ou encore traitements hormonaux sont accusés de faire prendre du poids. Et, par peur de grossir, certains patients stoppent ou modifient de leur propre initiative leur traitement. Cette mauvaise observance peut les mettre en danger. Lorsque l’on doit prendre un médicament durant plusieurs semaines et que l’on redoute une prise de poids, mieux vaut faire part de ses appréhensions à son médecin, qui pourra mettre en place un suivi.

Premiers responsables, les psychotropes

Certaines classes de médicaments sont connues pour faire grossir. Les psychotropes, dont font partie les neuroleptiques ou les antidépresseurs, « diminuent la dépense énergétique en agissant sur le métabolisme, explique le professeur Françoise Borson-Chazot, chef du service d’endocrinologie au CHU de Lyon. Un effet qu’il faut toutefois relativiser, car les réactions à ces médicaments varient selon les individus ». Les personnes souffrant de dépression peuvent en outre avoir davantage d’appétence pour le sucre et manger plus vite. La prise de poids est alors surtout due à une modification de la prise alimentaire, plutôt qu’au médicament en lui-même.
Le comportement influe également sur la prise de poids. « Si vous avez déjà observé une personne sous neuroleptiques, par exemple, vous aurez certainement noté que ses mouvements sont plus lents. Il y a une économie des gestes, une baisse de l’activité physique », souligne le professeur Françoise Borson-Chazot. Le lithium, utilisé pour traiter les troubles de l’humeur, peut aussi induire une prise de poids si la personne ne pratique pas d’activité physique.

Les effets indésirables de la cortisone

Autres médicaments susceptibles de faire grimper la balance : les corticoïdes, utilisés pour un grand nombre de maladies inflammatoires et de maladies auto-immunes, associés à d’autres traitements pour des maladies infectieuses ou encore administrés pour tolérer une chimiothérapie. « Lorsque l’on prescrit de la cortisone pour un déficit hormonal, c’est à des doses physiologiques, précise le professeur Borson-Chazot. Elle ne peut donc avoir aucune incidence sur une éventuelle prise de poids. En revanche, les doses […] prescrites pour soigner de l’asthme ou de l’arthrite peuvent avoir des conséquences, car elles sont beaucoup plus fortes. »
La cortisone entraînant une rétention hydrosodée, elle peut créer un œdème et faire « gonfler » le patient. Elle modifie aussi la répartition des graisses dans le corps, qui s’accumulent alors dans la partie abdominale. Avec cette hormone, c’est le haut du corps qui grossit, d’où le phénomène d’un gros ventre et de jambes maigres. Pour pallier ces effets secondaires, il est conseillé de limiter le sel, sauf s’il s’agit d’un traitement substitutif. Il faut aussi éviter les sucreries, car les corticoïdes interviennent sur le métabolisme du sucre : « La cortisone, qui active les systèmes enzymatiques, peut provoquer une insulinorésistance. Il y a donc un risque à faire apparaître un diabète chez une personne prédisposée », alerte Françoise Borson-Chazot.

Et les traitements hormonaux ?

Les pilules contraceptives ont longtemps été accusées de favoriser la prise de poids. Cela n’est plus vrai, car elles sont désormais très peu dosées en œstrogènes ou en progestérone. Elles peuvent toutefois ouvrir l’appétit. C’est le cas également de l’Androcur, autre médicament à action antihormonale (anti-androgène), qui est, lui, prescrit aux femmes présentant une pilosité excessive ou un excès de sébum.
A l’approche de la ménopause, certaines se plaignent d’une prise de poids liée à leur traitement hormonal substitutif, or les médicaments qui servent à « lutter contre les bouffées de chaleur ne font pas vraiment grossir, affirme le professeur Borson-Chazot. Il y a beaucoup d’idées reçues à ce sujet ».
Quant aux hormones thyroïdiennes, administrées en cas d’hypothyroïdie, elles favorisent au contraire l’amaigrissement…

Relativiser et anticiper

« Les femmes sont désavantagées par rapport aux hommes », souligne l’endocrinologue Françoise Borson-Chazot, évoquant une « injustice » : « Elles ont davantage tendance à prendre du poids, leur dépense énergétique est plus faible et leur masse grasse plus importante. Or, la masse maigre engendre une plus grande dépense énergétique. » L’âge, qui entraîne un ralentissement du métabolisme, mais aussi le dosage et la durée du traitement sont d’autres facteurs à prendre en compte. « Les patients rattachent fréquemment la prise de poids à une seule cause, mais en réalité celle-ci est multifactorielle, précise-t-elle. Le facteur psychique est important : souvent, ce sont des personnes qui ont déjà un problème de poids et qui pensent que leur traitement va tout résoudre… Certains médicaments font probablement grossir, mais toujours moins que ce que l’on croit. »
Il faut adopter une alimentation structurée, équilibrée, manger lentement et, surtout, avoir une activité physique. Le médicament en lui-même n’est pas le seul responsable d’une prise de poids. Des modifications comportementales, parfois inconscientes, peuvent aussi être en cause. « Maigrir est difficile. Lorsqu’ils n’y parviennent pas, les patients ont tendance à incriminer leur traitement et à parfois le “bricoler”. Un déséquilibre du traitement peut produire l’effet inverse », tient à mettre en garde le professeur.

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