Médecine du travail : jusqu’où dans la prévention ?

, par  Vanessa Pageot-Françoise

Pénibilité des tâches, exposition à des substances chimiques, harcèlement moral ou sexuel… : l’objectif du médecin du travail est de détecter ces risques professionnels avant qu’ils ne nuisent à la santé du salarié.

« Un manutentionnaire, dans une chaîne de supermarchés, se plaignait d’un mal de dos récurrent, se remémore le docteur Martine Keryer, médecin du travail. Après examen médical, je lui ai préconisé une restriction d’aptitude : plus de port de charges lourdes. Je lui proposais alors un reclassement, à un poste de caissier par exemple, l’employeur ayant l’obligation de tout mettre en œuvre pour ce reclassement. » Voilà un cas concret du rôle préventif de la médecine du travail. Mais qu’en est-il quand un employé refuse un arrêt de travail ? « C’est vrai que nous observons de plus en plus de pré-burn out, mais nous ne pouvons pas obliger le salarié à s’arrêter, car c’est avec le consentement éclairé du patient que nous posons un arrêt de travail, explique le docteur Keryer. Quand il refuse, je lui dis de venir me revoir dans un mois, et là, en général, il accepte de s’arrêter, reconnaissant son épuisement. »
Reclassement ou arrêt de travail, Martine Keryer garde toujours en ligne de mire le maintien de l’emploi. « Nous ne sommes pas là pour pointer tout ce qui ne va pas sans proposer de solutions, souligne-t-elle. Au contraire, notre responsabilité est de relever toutes les compétences du salarié qui peuvent être réemployées dans telle ou telle fonction. »

Un praticien qui reste indépendant

Eviter au salarié des accidents de travail, le protéger contre les nuisances (sonores, par exemple) et l’utilisation des produits dangereux, améliorer ses conditions de vie, de travail et d’hygiène au sein de l’entreprise sont les missions principales de la médecine du travail. Celle-ci s’attache aussi à faire de la prévention sur la consommation d’alcool et de drogue sur le lieu de travail, ainsi que sur le harcèlement moral ou sexuel.
Toutes les entreprises, publiques comme privées, quelle que soit leur taille, ont l’obligation de faire appel à un service de santé du travail. Selon l’effectif de la société, ce service est extérieur, interne à la société ou partagé entre plusieurs entreprises. Dans tous les cas, « le médecin du travail reste indépendant, tient à préciser le docteur Keryer. Il ne faut pas faire d’amalgame : l’employeur, ce qu’il paye, c’est le service de santé du travail, et non le médecin ! ».

Surveillance renforcée pour les travailleurs de nuit

Peu de salariés le savent : ils peuvent demander un rendez-vous directement avec le médecin du travail sans passer par leur employeur. « Le salarié peut nous solliciter avec une lettre explicative de son médecin traitant », ajoute le docteur Keryer. En dehors de ces rendez-vous exceptionnels, la visite médicale professionnelle a lieu, majoritairement, tous les deux ans, une fois avec le praticien, la seconde avec une infirmière. Certains ont droit à un « suivi rapproché » : ceux qui travaillent de nuit ont une visite médicale tous les six mois ; ceux qui sont exposés au plomb, au bruit, aux vibrations ou à des agents chimiques bénéficient, eux, d’un rendez-vous annuel.
Dernière mission du praticien : la visite du lieu de travail, qu’elle soit de sa propre initiative, à la demande de l’employeur, du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ou des délégués du personnel. « Le travail d’un médecin, c’est deux tiers de consultations et un tiers de visites en entreprise résume le docteur Keryer. Cela nous permet de nous rendre compte des conditions de travail. Je me souviens, par exemple, d’une visite dans une entreprise de chimie : c’était vraiment le sauna ! »

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