Un manifeste pour promouvoir l’automédication

, par  Vincent Portois

Publié récemment par l’industrie pharmaceutique, le « Manifeste pour le développement du selfcare » veut donner la priorité à l’automédication, comme première étape du parcours de soins pour les pathologies bénignes. Plus automatique et mieux encadrée, cette pratique permettrait, selon les auteurs, d’économiser 1,5 milliard d’euros par an, en consultations médicales et en remboursement de médicaments.

Le nouveau président de l’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa), Dominique Giulini, est persuadé que certaines « idées reçues », mises en exergue dans son « Manifeste pour le développement du selfcare »* (par exemple, « Si un médicament n’est pas remboursé… c’est forcément qu’il n’est pas efficace ! »), peuvent être combattues grâce à une « éducation à la santé » plus poussée et à la bonne volonté de chacun. Une grande étude miroir patients-médecins, publiée à l’initiative de l’Afipa et d’Ipsos en 2015, montre en effet que 79 % des Français sont conscients de la nécessité de réformer le système de santé et que 91 % se sentent capables de gérer seuls des problèmes simples de santé. Pour ne pas creuser davantage le déficit de l’Assurance maladie, qui devrait atteindre 14 milliards d’euros en 2020, une mobilisation est nécessaire selon l’Afipa : « Nous pensons que la maîtrise des dépenses de santé passera par une meilleure efficience de leur allocation et donc par un remaniement structurel du système actuel. […] Le selfcare est le meilleur moyen de maintenir – sinon de remettre – au centre de notre stratégie de santé, le tryptique liberté des acteurs, égalité des chances de rester en bonne santé et solidarité du système de financement des soins. »

Une campagne de sensibilisation

Pour renforcer son message, l’association a mis en place l’opération « Ma santé, mon choix », courant juin 2016, afin de promouvoir l’automédication, d’informer et de rassurer la population. Une campagne de grande envergure médiatise l’opération, avec des experts (médecins, pharmaciens, responsables de l’Afipa) qui interviennent notamment dans des chroniques vidéos, à la radio et dans les pharmacies. « Il s’agit pour notre association d’une opération grand public inédite, permettant d’instaurer une communication positive et pédagogique qui permettra à chaque Français de pratiquer l’automédication de manière autonome et responsable », souligne l’Afipa. Certaines personnes citées par l’association dans son manifeste parlent même de « priorité », comme Frédéric Bizard, économiste de la santé à Sciences-Po : « Nous devons changer aujourd’hui notre stratégie de santé, car celle-ci est en inadéquation avec les défis actuels et futurs de notre système : compte tenu du vieillissement de la population, il ne sera plus possible de financer pour tous, avec la même qualité de soins et des produits innovants, l’ensemble des pathologies chroniques qui naissent de cette longévité. »

* Le terme anglais « selfcare » désigne « ce que les individus peuvent faire eux-mêmes afin d’établir et de maintenir leur bonne santé » (source Afipa, OMS).

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