Lunettes françaises : les plus chères d’Europe

, par  Enrique Moreira

UFC-Que choisir a visé droit dans l’œil des opticiens. La dernière enquête de l’association de consommateurs pointe le prix exorbitant des lunettes et les marges réalisées par les enseignes, tant sur les verres correcteurs que sur les montures. Alors que le gouvernement devrait bientôt se prononcer sur une possible régulation du secteur, cette étude va dans le sens des mutuelles et de leurs réseaux qui proposent des prix plus attractifs.

Nos lunettes nous coûteraient-elles les yeux de la tête ? En tout cas, après le dentaire, l’optique est le deuxième budget de soins auquel renoncent les Français pour des raisons financières. Et pour cause : une paire de lunettes correctrices coûte, en moyenne, 470 euros en France. Ce qui en fait les plus chères d’Europe. Le budget « lunettes » des Français est d’environ 75 euros par an, contre 51 euros pour nos voisins européens.

Des marges importantes

Ces chiffres, c’est l’association de consommateurs UFC-Que choisir qui les révèle dans une grande enquête, publiée le 23 avril 2013 et intitulée « Distribution de l’optique : examen à la loupe d’un marché juteux ». Une étude qui paraît au plus mauvais moment pour les groupements d’opticiens et les assureurs privés, alors que le gouvernement doit annoncer, avant l’été, une réflexion sur la régulation du secteur.
D’autant que l’association de consommateurs attire également l’attention sur les marges importantes que se feraient les opticiens. UFC-Que choisir affirme en effet que les enseignes, qui tiennent le marché, dégagent « une marge brute de 275 euros » par paire de lunettes, « soit un taux de marge de 233 % atteignant même 317 % » en moyenne sur les verres ophtalmologiques.

Des réseaux conventionnés avantageux

Or, ce coût exorbitant revient très souvent à la charge du patient. Les dépenses reposent à 94 % sur les consommateurs. Pour 44 % d’entre eux, l’argent provient directement de leur poche, et pour 50 % au travers de leur mutuelle. Conséquence : 2,3 millions de Français renoncent à se soigner. La régulation publique des soins d’optique par l’intervention du gouvernement apparaît, à la lueur de l’enquête UFC-Que choisir, inévitable.
Ce qui n’est pas pour déplaire aux mutuelles complémentaires qui réclament l’adoption de la proposition de loi sur les réseaux d’opticiens conventionnés. C’est-à-dire des professionnels qui se regroupent et acceptent de baisser leurs tarifs pour les adhérents mutualistes. « Aujourd’hui, les mutuelles financent en grande partie les lunettes [...] et, grâce aux réseaux mutualistes, nos prix sont inférieurs de 30 à 40 % à ceux du marché », a affirmé le président de la Mutualité française, Etienne Caniard, à l’hebdomadaire Politis, daté du 5 mai 2013.
Du côté du ministère de la Santé, aucune décision n’a encore été prise, ni aucun engagement. La ministre Marisol Tourraine continue, pour sa part, d’assurer qu’il y aura des discussions sur ce sujet.

Sources
- « Les opticiens voient trop grand », par Thierry Brun, Politis, 5 mai 2013.
- « Distribution de l’optique : examen à la loupe d’un marché juteux », étude réalisée par l’association de consommateurs UFC-Que choisir, 23 avril 2013.

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