Les « serious games » : des jeux vidéo thérapeutiques

, par  Benoît Saint-Sever

Ludiques, les « serious games » stimulent les sens, favorisent le mouvement ou encore encouragent la mémorisation. Pour soigner et rééduquer, mais aussi informer et prévenir, ces jeux ont de multiples vertus.

Amusants et utiles, les serious games (ou « jeux sérieux », en anglais) investissent de plus en plus le domaine de la santé. Ils permettent de pratiquer une activité physique et cognitive ou de sensibiliser le joueur à une thématique. Que ce soit sur console, sur ordinateur, sur Smartphone ou sur tablette, ils sont attrayants de par leur forme, les interactions qu’ils proposent, leurs règles et leurs objectifs ludiques.

Apprendre tout en s’amusant

« Dans un serious game, on applique des stratégies de “gamification” pour accrocher le joueur et lui donner envie de progresser dans le jeu », explique Alexandra Struk, chef de projet du serious game Tsara. Cette technique consiste à transposer les mécaniques du jeu dans un domaine non ludique, pour résoudre, par exemple, des problèmes de la vie réelle. Développé par le Centre régional d’étude, d’actions et d’informations (CREAI), Tsara est un jeu pédagogique qui a pour objectif d’aider à comprendre l’autisme et à mieux le prendre en charge. « Tsara permet de suivre le quotidien d’Adam, un jeune autiste, et d’incarner les personnes qui l’accompagnent, qu’elles soient parents, enseignants ou amis, raconte la chef de projet. Au début de chaque séquence, le joueur visionne un dessin animé qui présente une situation problématique. Par exemple, Adam va chez le dentiste, mais il est effrayé par le bruit de la fraise et s’enfuit. Le joueur doit ensuite choisir, parmi plusieurs possibilités, l’attitude la plus adaptée. Chaque réponse rapporte plus ou moins de points, puis le joueur a accès aux recommandations officielles et à des informations complémentaires pour approfondir le sujet. »
La conception d’un tel jeu demande du temps : un an, dans le cas de Tsara, dont plus de six mois pour élaborer les scénarios. Le CREAI s’est appuyé sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) et de l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM), notamment. Une fois validé par un comité d’experts, le jeu a été testé par un panel d’utilisateurs représentant des enseignants et des parents. Puis, une version bêta a été accessible, avant le lancement officiel. Avec des graphismes proches des dessins animés, le jeu vidéo a permis d’aborder de façon attrayante un sujet difficile. « L’utilisation de l’humour et le fait que le personnage principal soit attachant participent de notre stratégie de fidélisation, ajoute Alexandra Struk. Le joueur a envie d’aider Adam, de l’accompagner et même de créer une relation avec lui. Cela nous permet de fédérer des communautés de joueurs autour de Tsara. »

Stimuler le corps et l’esprit

Les « jeux sérieux » ont de multiples avantages. En plus d’être des outils pédagogiques, ils peuvent permettre de surveiller l’évolution de la maladie et de stimuler les patients. Ainsi, le CHU de Nice expérimente Az@game, un jeu de bataille navale destiné aux personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Pour remporter la victoire, les patients doivent remettre des chiffres dans l’ordre ou se souvenir des images vues un peu plus tôt dans la partie. L’efficacité de ce type de jeu dans la stimulation des capacités cognitives a d’ailleurs été confirmé en 2013 par deux études. La première, menée par des chercheurs de l’université de l’Iowa et publiée dans la revue Plos One, a montré une amélioration de 70 % de la capacité de concentration, des progrès sur la vitesse de réaction, un élargissement du champ visuel et une plus grande facilité à passer d’une tâche à une autre. La seconde étude, publiée dans la revue Nature par l’université de Californie, a quant à elle mis en avant une amélioration de l’attention, de la mémoire à court terme et de la capacité à réaliser plusieurs tâches en même temps.
Les serious games peuvent également favoriser l’activité physique. Développé par le groupe Genious et l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), le jeu Voracy Fish, par exemple, permet aux victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) de rééduquer leurs membres supérieurs. Installés devant le capteur d’une console de jeu, ils doivent bouger le bras pour déplacer un poisson carnivore et l’aider à chasser ses proies.
Enfin, ce type de jeu est de plus en plus utilisé pour former les professionnels, à l’image de Ehpad’Panic, développé par le groupe Genious en partenariat avec l’Institut national de recherche dédié au numérique (INRIA) et le CHU de Nice. Le joueur y incarne un infirmier ou un aide-soignant qui va devoir accompagner deux patients turbulents au cours d’une journée. Le soignant devra gérer des situations de crise tout en préservant le bien-être du malade. Ce jeu de simulation permet d’apprendre à réagir face à des situations concrètes et de bénéficier de conseils adaptés

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