Les régimes « tendance » en question

Mis en avant par des stars qui vantent leurs bienfaits sur la santé et leur attribuent leur ligne irréprochable, certains régimes font beaucoup parler d’eux, d’autant qu’ils modifient radicalement la façon même de s’alimenter.

Détox, paléo, viking, sans gluten, alcalin… : différents modes alimentaires sont en vogue depuis quelques années. Ils séduisent ceux qui cherchent, en changeant leur façon de se nourrir, à se sentir mieux dans leur corps et dans leur tête. Mais trouver des aliments « alternatifs » à ceux que l’on consomme habituellement peut se révéler contraignant et onéreux. Ces efforts en valent-ils vraiment la peine ?

Jeûner pour « se purifier »

Véritable thérapie pour les uns, hérésie pour les autres, le jeûne fait de plus en plus d’adeptes. Des chercheurs américains le préconisent pour lutter contre certains troubles psychologiques, contre les maladies cardiovasculaires et même contre le cancer. Une théorie rejetée par l’ensemble du corps médical en France, qui explique que ces pseudo-vertus n’ont été prouvées par aucune étude.
Certains disent jeûner ou « semi-jeûner » pour « nettoyer » leur corps en profondeur. « Une ineptie », selon le professeur Monique Romon, présidente de la Société française de nutrition, professeur à la faculté de médecine de Lille et chef de service de nutrition du CHU de Lille, qui considère que, « si le cœur, les poumons, les reins fonctionnent normalement, il n’y a pas lieu de jeûner pour faciliter l’élimination des toxines ».
Les régimes « détox » s’inspirent du jeûne, mais sont moins draconiens. Ils ont pour principal objectif une perte de poids, même s’ils ont été mis au point par des médecins britanniques pour prévenir maladies cardiovasculaires, diabète et cancer. Ils proposent des programmes diététiques qui alternent jours de diète et jours de prise alimentaire plus consistante, à l’instar du « 5:2 » (deux journées consécutives strictes de « détox », puis cinq journées d’un régime de type méditerranéen) ou du « 4:3 » (trois jours de semi-jeûne, suivis de quatre jours « normaux » pour stabiliser le poids). Ces régimes se révèlent très difficiles à suivre et sont déséquilibrés.

La mode du « sans »

L’engouement pour le « sans gluten » ou encore le « sans lactose » pose question. Quel intérêt présentent ces régimes d’exclusion pour ceux qui ne sont pas intolérants ? En France, une personne sur cent est intolérante au gluten, mais 80 % des intolérants ne seraient pas diagnostiqués. Cette intolérance, également appelée maladie cœliaque, peut provoquer divers symptômes, tels que fatigue, diarrhées, douleurs abdominales, vertiges… Le degré d’intolérance au lactose (l’impossibilité à digérer le sucre naturellement présent dans le lait), qui se manifeste aussi par des ballonnements, des diarrhées, etc., varie selon les individus. Contrairement au gluten, absorber une petite quantité de lactose quotidiennement permettrait d’augmenter la capacité à le digérer. Dans tous les cas, supprimer le gluten ou le lactose n’améliorera pas le confort digestif si l’on ne présente pas d’intolérance. Ce sont surtout les marques qui profitent des bénéfices des produits sans gluten ou sans lactose depuis qu’elles se sont emparées de cette tendance, car ces aliments sont bien plus chers. Plutôt que de se contraindre à traquer les traces de gluten ou de lactose sur les étiquettes, « il serait plus judicieux, si l’on a une hésitation, de consulter son médecin pour rechercher la confirmation d’une éventuelle intolérance par un test de dépistage sanguin », conseille le professeur Romon.

Faire baisser le taux d’acidité

L’acidité serait un autre ennemi à combattre pour retrouver du tonus. Des vedettes de cinéma américaines, comme Jennifer Aniston ou Gwyneth Paltrow, font la promotion du régime alcalin pour son action bénéfique sur la santé et le poids. Afin de rétablir l’équilibre acido-basique de l’organisme, il faudrait supprimer les aliments « acidifiants », tels que la viande, les produits industriels, les sucreries, l’alcool, le café, etc., qui contiennent des sels minéraux acidifiants (chlore, soufre et phosphore), au profit d’aliments sources de minéraux alcalinisants (magnésium, calcium, sodium et potassium), comme les fruits et légumes. De l’avis du médecin nutritionniste, « ce régime qui prône la variété et la modération n’est en soi pas mauvais, mais la justification par la prétendue acidité est absurde, car notre organisme, s’il est sain, régule parfaitement le pH (potentiel hydrogène, NDLR) ».

Manger « à la manière de »

Manger comme nos ancêtres préhistoriques ou vikings est une autre tendance lourde en matière d’alimentation. Pour le régime paléo, ou Seignalet, du nom de son inventeur, il s’agit de retrouver un mode d’alimentation proche de celui des premiers hommes, qui ne connaissaient bien évidemment pas encore les produits transformés, les huiles, les sodas et les sucreries. Partant du principe que notre génome n’a pas changé depuis la Préhistoire, nous devrions toujours nous nourrir comme les chasseurs-cueilleurs. « Si notre génome est identique, explique le professeur Romon, notre environnement n’a plus rien à voir avec celui des hommes du Paléolithique. Comment trouver les végétaux dont ils se nourrissaient ? Sans compter que nous n’avons plus du tout la même activité physique. » Le régime viking, lui, prône des repas de type scandinave, sans céréales raffinées ni autres aliments transformés, au profit des graines entières telles que le seigle, l’avoine ou l’orge. Comme pour le régime paléo, supprimer pâtes, sucres et aliments à base de farine aura un effet sur la perte de poids. Quant à l’intérêt nutritionnel, il reste à démontrer.

Les trois fonctions de l’alimentation

Aucun de ces « régimes » ne trouve grâce aux yeux du médecin nutritionniste : « Qu’ils soient paléo, viking, alcalin, sans gluten ou autre, tous ces régimes sont inutiles. Les modifications des habitudes alimentaires qu’ils entraînent ont pour seule conséquence un impact financier, car ils peuvent coûter cher. » L’autre inconvénient de ces régimes « farfelus », c’est qu’« ils vous font adopter une démarche sectaire qui vous coupe de la vie avec les autres », déplore-t-elle. L’alimentation a trois fonctions fondamentales, rappelle Monique Romon : la survie, le plaisir et la sociabilité. Elle doit aussi être variée : « Il faut manger de tout, un peu, en symbiose avec son environnement et en adaptant ses menus à son activité physique ». Manger avec bon sens, simplement.

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