La Terre se dessèche

, par  Ciem

La pénurie d’eau touche aujourd’hui tous les continents. Environ quatre milliards de personnes, soit près des deux tiers de la population mondiale, manquent d’eau potable pendant au moins un mois par an selon l’ONU. En France aussi, les ressources en eau ne sont pas inépuisables face à des épisodes de sécheresse de plus en plus répétitifs.

Une planète bleue, certes, mais d’eau salée. Seul 1 % du volume total d’eau sur Terre est potable pour l’homme. Si l’eau potable est une évidence pour nous, c’est un combat quotidien pour 1,4 milliard de personnes qui sont confrontées à une pénurie d’eau avec moins de 1 000 mètres cubes (m3) d’eau par an. En comparaison, un Français dispose de 3 265 m3 d’eau par an*, les Norvégiens et les Canadiens de plus de 80 000 m³ par an et par habitant. Ces chiffres englobent l’eau utilisée pour produire la nourriture quotidienne, l’eau potable et les besoins en assainissement.

La surpopulation n’est pas la seule responsable de cet épuisement de la ressource en eau. En effet, à l’échelle mondiale, les prélèvements d’eau ont augmenté 1,7 fois plus rapidement que la population au cours du siècle dernier. Le régime alimentaire et le mode de vie ont fortement influencé nos besoins constants en eau.

L’agriculture intensive au banc des accusés

D’ici à 2050, la demande en eau devrait augmenter de 55 % sous la pression démographique avec 9,5 milliards de personnes sur Terre. Actuellement, c’est le secteur agricole le plus gourmand en ressource hydrique, soit 70 % des prélèvements d’eau dans le monde. Il faut, par exemple, 13 500 litres (L) d’eau pour produire 1 kilo (kg) de bœuf en élevage industriel, 1 650 L pour 1 kg de blé et 3 700 L pour 1 kg de riz. L’Inde est souvent citée comme contre-exemple dans la gestion durable d’une ressource en eau potable. Voici celle de ses nappes phréatiques : en 1960, le pays était équipé de moins de 1 million de puits ; en 2000, il en comptait 19 millions. Autres coupables : le secteur industriel qui consomme 22 % des ressources en eau au niveau mondial. La production d’acier est pointée du doigt en utilisant 300 à 600 L d’eau pour 1 kg d’acier, le secteur textile qui cumulent la culture du coton, les traitements chimiques, le lavage et les teintures l’est également.

Des défis à relever au niveau mondial

Face à ces problématiques d’envergure mondiale, de nombreuses organisations tentent de trouver des solutions. L’Organisation des Nations unies (ONU) en a fait l’une de ses priorités en 2000 lors du Sommet du millénaire à New York, un engagement renouvelé en 2015, dont l’un des objectifs est de « garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ». Un objectif qui permettrait de sauver 842 000 vies chaque année.

Autre défi à relever : les réfugiés climatiques qui vont chercher des ressources en eau potable ailleurs. Selon la Banque mondiale, dans un rapport de mars 2018**, les réfugiés climatiques seront 143 millions de personnes d’ici à 2050 si rien ne change.

Un stress hydrique en France ?

Si l’accès à l’eau potable est évident dans l’Hexagone, elle ne l’est pas à l’outre-mer. En Guyane, 4,5 % des habitants n’ont pas accès à des services élémentaires d’eau potable, ils sont 16,3 % à Mayotte, soit respectivement 35 000 et 41 000 personnes. Le gouvernement français le reconnaît et a mis en place, en 2018, le plan Eau-DOM « pour un meilleur service d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement des eaux usées dans les outre-mer ».

Côté métropole, les collectivités territoriales doivent, elles, investir sérieusement dans leurs réseaux de distributions d’eau dont les canalisations sont vieillissantes et mal entretenues. 30 % du volume d’eau en moyenne est perdu en France à cause des fuites sur le réseau de distribution, un chiffre qui peut monter jusqu’à 50 % ! Les gestes éco-citoyens (voir l’infographie) ne seront pas suffisants sans une implication réelle et urgente des pouvoirs publics sur cette question. Car les ressources en eau ne sont pas inépuisables. Si la France ne connaît pas de pénurie d’eau, elle est en face à des tensions de stress hydrique comme l’été dernier, dans le Haut-Rhin, où des camions-citernes ont alimenté plusieurs communes. « Nous avons eu des épisodes de sécheresse en 2017, 2018 et plusieurs cette année, observe Julie Cordier, référente en eau potable de l’agence de l’eau Rhin-Meuse. Nous n’avons pas eu le temps de refaire les stocks d’eau. La situation devient très fragile pour plusieurs collectivités avec la nécessité de faire venir de l’eau de l’extérieur. » S’il existe une grande diversité de ressources en eau (glaciers des montagnes, fleuves, lacs et eaux souterraines), le changement climatique a changé la donne. La région Rhône-Alpes en est un bon exemple. « La baisse des précipitations estivales cumulée à un fort recul des glaciers des Alpes conduit à une baisse des ressources en eau qui va s’accentuer dans les prochaines décennies », constate Thomas Pelte, référent sur la question du changement climatique de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. L’eau du robinet qui coule abondamment, tout le temps, n’est pas et le sera encore moins, un acquis.

Votre eau est-elle en bonne santé ?

En France, l’eau du robinet est très contrôlée. Elle fait l’objet d’un suivi sanitaire permanent par les agences régionales de santé (ARS). Sauf cas particuliers rares, l’eau des robinets est potable. Vous pouvez consulter les résultats des derniers contrôles sanitaires de l’eau de votre commune directement en mairie. Sinon, allez sur le site du ministère de la Santé : Solidarites-sante.gouv.fr. Annuellement, votre facture d’eau vous informe aussi de sa qualité. Vous y trouverez les taux de plomb, de résidus de pesticides et de micro-organismes (bactéries, virus et parasites).

Comment réduire sa consommation d’eau ?

Chaque Français consomme en moyenne 150 litres d’eau par jour, trois fois plus qu’il y a trente ans. Les principales sources de consommation d’eau en France sont l’agriculture (48 %), les usages domestiques (24 %), la production d’énergie (22 %) et l’industrie (6 %).

  • Pour économiser l’eau au quotidien, huit gestes faciles à mettre en place :
    • 1- Je répare les fuites. Une fuite de chasse d’eau = 25 litres par heure.
    • 2- J’installe un mousseur au robinet. Il diminue le débit d’environ 50 %.
    • 3- Je prends une douche courte = 60 L, contre 150 L pour une douche longue, autant qu’un bain.
    • 4- J’investis dans l’électroménager. Un lave-linge ancien consomme 80 L, contre 40 L pour un récent.
    • 5 - J’installe une chasse d’eau à double débit.
    • 6- Je lave ma voiture à haute pression = 60 L, contre 100 à 300 L pour le rouleau et 500 L chez soi.
    • 7- Je récupère les eaux de pluie pour arroser les fleurs et le potager.
    • 8- Je choisis du papier recyclé non blanchi = 90 % d’économies en eau par rapport à du papier blanchi.

* Chiffre du Centre d’information de l’eau.

** Rapport de la Banque mondiale intitulé Groundswell - Préparer la migration climatique interne.

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