La Croix-Rouge s’inquiète de la santé des jeunes

, par  Léa Vandeputte

Un rapport de la Croix-Rouge alerte sur la précarité croissante des jeunes Français. Faute de moyens, ils sont de plus en plus nombreux à renoncer à se soigner et vont parfois jusqu’à se priver de repas.

A l’occasion de la présentation, le 31 mai, de son rapport intitulé « Pacte pour la santé globale des jeunes », la Croix-Rouge a pointé les difficultés sociales et économiques des étudiants français. Le président de l’organisation caritative, Jean-Jacques Eledjam, a fait part de son désarroi dans uncommuniqué : « Comment accepter en 2017 que près de 55 % des jeunes aient dû renoncer à des soins, faute de ressources financières suffisantes pour 48 % d’entre eux ? Comment accepter que plus de 13 000 étudiants parisiens se privent de quatre à six repas par semaine faute de pouvoir se les payer ? »

85 euros mensuels de reste à vivre

Dans les 700 points de distribution solidaire tenus par la Croix-Rouge, où les produits alimentaires s’achètent à tarif réduit, la part des moins de 25 ans est passée de 11,9 % en 2015 à 13,05 % en 2016. Une fois le loyer et les factures réglés, les jeunes n’ont que peu d’argent pour se nourrir ou se vêtir. Ainsi, pour les bénéficiaires des aides de l’association, le reste à vivre moyen, qui équivaut à ce dont un foyer dispose après avoir payé ses charges fixes, ne dépasse pas 85 euros.

Ce manque de moyens a aussi un retentissement sur la santé des jeunes. L’unité de Rennes de la Croix-Rouge a réalisé une étude sur le non-recours aux soins en 2016 auprès de 31 personnes âgées de moins de 30 ans. La majorité des répondants (55 %) déclare avoir déjà renoncé à des soins, principalement pour raison financière (48 %), à cause du délai d’attente (35 %) ou par peur du soin (13 %). L’enquête indique également que 68 % des jeunes interrogés ne connaissent pas le dispositif d’aide à la complémentaire santé (ACS), qui permet pourtant de bénéficier d’une aide financière pour payer un contrat de complémentaire santé.

Des freins à l’insertion

Pour rompre l’isolement et créer du lien social en milieu rural et péri-urbain, l’association a mis en place le dispositif « Croix-Rouge sur roues ». Les moins de 30 ans (enfants inclus) représentent 15 % des bénéficiaires de cette aide. Seuls 16 % d’entre eux ont obtenu le baccalauréat, 42 % détiennent un équivalent du CAP ou du BEP et 42 % n’ont aucun diplôme. Ces jeunes sont pour la plupart au chômage (60 %), 24 % sont salariés (à temps partiel principalement), 8 % sont intérimaires et 8 % sont hommes ou femmes au foyer. Enfin, un tiers d’entre eux seulement possèdent une voiture, 8 % utilisent régulièrement le covoiturage avec un voisin ou un membre de la famille et 59 % réalisent l’ensemble des trajets personnels et professionnels à pied ou à vélo. « Alors que le chômage des jeunes est en hausse constante, comment accepter qu’un jeune sur trois vivant en milieu rural n’ait pas pu se rendre à un entretien d’embauche faute de moyen de transport ? », s’indigne Jean-Jacques Eledjam.

Douze pour cent des participants aux chantiers d’insertion organisés par la Croix-Rouge, ont moins de 26 ans. « Pour leur très grande majorité, ces jeunes ont connu des difficultés liées soit à la famille avec des ruptures dans le parcours scolaire, soit à une situation d’illettrisme ou à des problématiques d’addiction », indique le rapport. Plus dramatique encore, la part des 18-30 ans rencontrée dans la rue par les 210 équipes mobiles réparties sur l’ensemble du territoire français est passée de 20 % en 2014 à 27 % en 2015. La part des mineurs, accompagnés ou non, a explosé en un an, passant de 4 % en 2014 à 9 % en 2015.

Appel à la nouvelle ministre de la Santé

Face à ces constats, l’organisation caritative émet des recommandations et demande « l’accès aux minimas sociaux à partir de 16 ans, le déploiement des maisons des adolescents et des espaces santé jeunes sur l’ensemble du territoire, la hausse des financements destinés aux actions éducatives de promotion de la santé et l’intégration d’un volet santé dans le cadre du service civique ». Pour améliorer au plus vite la situation des jeunes, Jean-Jacques Eledjam « invite les pouvoirs publics et notamment Agnès Buzyn, nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé, à se saisir des propositions développées dans le pacte pour la santé globale des jeunes ».

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