La chirurgie ambulatoire, une voie d’avenir

, par  Isabelle Coston

La chirurgie ambulatoire permet au malade de rentrer chez lui le soir même de son opération. Une pratique qui progresse en France. La plupart des patients restent cependant attachés au séjour à l’hôpital, qu’ils jugent plus sécurisant. Et pourtant…

En France, près d’une opération sur deux (49,9 %) est aujourd’hui réalisée en ambulatoire, selon les derniers chiffres de 2014 de l’Association française de chirurgie ambulatoire (Afca). L’objectif de 50 % fixé par le précédent gouvernement pour 2016 est donc quasiment atteint, et les 62,2 % prévus pour 2020 le seront certainement aussi. La France part pourtant avec un grand retard par rapport à ses voisins d’Europe du Nord (trente ans vis-à-vis des Anglais notamment), et ne parlons pas des Etats-Unis, où ce mode opératoire est pratiqué depuis les années 60 et concerne désormais plus de 80 % des interventions.

Une pratique qui tend à se généraliser

Aujourd’hui, l’Hexagone amorce une véritable révolution quant aux pratiques chirurgicales en ambulatoire : « Nous abordons une phase transitoire. Il faut gagner la confiance des patients », explique le professeur Corinne Vons, présidente de l’Afca, membre du comité exécutif de l’International Association for Ambulatory Surgery (IAAS) et chirurgien digestif. Des « simples » traitements de la cataracte aux extractions de dents, on est passé en dix ans à des interventions de plus en plus complexes, comme l’ablation de la vésicule biliaire, voire du côlon ou d’un fragment de poumon. Le Plan cancer 2014-2019, du gouvernement Hollande, prévoit même que 50 % de la chirurgie du cancer du sein pourra être réalisée en ambulatoire, comme pratiquement toutes les opérations, grâce à de nouvelles techniques d’anesthésie et d’intervention. « Avec l’évolution des pratiques et des traitements, on pourrait presque tout envisager », indique le professeur Vons, qui milite pour le développement de la chirurgie ambulatoire en France et pense que « tout sera un jour possible », y compris les opérations réalisées actuellement en urgence. « Le tout est de bien évaluer et gérer les risques postopératoires et d’avoir une parfaite organisation du planning des opérations, précise-t-elle. Le mieux : une unité de chirurgie ambulatoire conçue pour une “marche en avant”, où le patient ne revient jamais sur ses pas, où il n’a pas de chambre attribuée qui reste inutilisée quand il n’y est pas. »

Quels bénéfices pour le patient ?

Pour le professeur Vons, les mentalités doivent changer : « Les gens sont frileux. Ils pensent, à tort, qu’ils seront mieux traités à l’hôpital, plus en sécurité. Or, ils gagnent en confort à rentrer chez eux. Il y a beaucoup plus d’avantages à rester chez soi après une opération. » Ainsi, les enfants et plus encore les personnes âgées ont besoin de garder leurs repères. S’il demeure à l’hôpital, le patient risque davantage de se retrouver avec une perfusion pour la nuit et restera dépendant des infirmières. Aujourd’hui, celui qui vient d’être opéré peut sortir le soir même s’il remplit tous les critères des tests de surveillance médicale autorisant sa sortie*, parmi lesquels l’absence de douleur. Chez certains patients en orthopédie par exemple, un cathéter et une pompe sont implantés pour administrer directement les médicaments antidouleur.
Autre bénéfice pour les malades : le taux d’infections nosocomiales est diminué significativement. Il a été démontré que, de 0,98 % en conventionnel, il est passé à 0,48 % en ambulatoire. Par ailleurs, « une étude danoise menée sur près de 60 000 interventions en 2012 a montré que, trente jours après l’opération, 1,21 % des malades seulement sont revenus à l’hôpital, dont 0,5 % pour des complications hémorragiques (non graves), 0,44 % pour des infections et 0,09 % pour des accidents thromboemboliques », détaille le professeur Vons, qui ajoute : « La chirurgie ambulatoire est une chirurgie d’excellence. Elle n’est réalisable que si les patients n’ont ni douleurs ni nausées. En chirurgie ambulatoire, toutes les imperfections de la prise en charge sont visibles. On n’a pas droit à l’erreur. »

Eduquer à la culture de l’ambulatoire

Le chirurgien informe le patient sur toutes les étapes de sa prise en charge. Ce dernier doit savoir quelles sont les suites habituelles de l’opération et quels signes doivent l’alerter. « Il n’est plus infantilisé, mais devient acteur, explique le professeur Vons. En Angleterre et au Danemark, il n’y a plus d’appels la veille (les recommandations préconisent un appel la veille de l’opération pour rappeler au malade les consignes, comme la préparation cutanée ou la prise de médicaments, NDLR). La présence d’un accompagnant a même été supprimée. Les patients sont éduqués progressivement, et mieux ils le sont, plus on peut lever certaines barrières de sécurité. »

* Pour sortir de l’hôpital après une intervention en ambulatoire, il faut avoir un résultat de 9/10 au score de Chung, qui évalue l’aptitude du patient selon des critères spécifiques (nausées, douleur, autonomie…).

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