L’incontinence par urgenturie : ça se soigne

, par  Isabelle Coston

L’urgenturie, anciennement appelée impériosité urinaire, se définit par un besoin urgent et irrépressible d’uriner. Deux à trois millions de personnes sont concernées en France. Lorsque les fuites sont inévitables, on parle d’incontinence par urgenturie. Un trouble pour le moins handicapant, mais qui peut être traité avec efficacité.

L’incontinence par urgenturie, caractérisée par une exacerbation de la sensibilité de la vessie, est le plus souvent associée à une pollakiurie, c’est-à-dire une augmentation de la fréquence mictionnelle. Normalement, on compte six ou sept mictions par vingt-quatre heures, nuit incluse. Une personne souffrant d’urgenturie peut uriner jusqu’à 25 ou 30 fois et être contrainte de porter des protections. « L’incontinence par urgenturie est certainement la forme la plus handicapante, affirme Emmanuel Chartier-Kastler, professeur d’urologie à l’hôpital universitaire de la Pitié-Salpêtrière (Paris), chargé du programme d’urologie fonctionnnelle. Elle peut entraîner une désocialisation de la personne qui en est atteinte et qui, par peur de ne pas trouver de toilettes à proximité, préfère rester chez elle. »
« On a peu de statistiques, mais on peut considérer que 15 à 20 % de la population est concernée par l’urgenturie, et les deux tiers sont des femmes, indique le docteur Adrien Vidart, urologue à l’hôpital Foch (Hauts-de-Seine) et membre du comité d’urologie de la femme de l’Association française d’urologie (AFU). Tous les âges sont touchés, mais les femmes en période post-ménopausique le sont plus particulièrement. » Ce que confirme le professeur Chartier-Kastler : « C’est un symptôme normal du vieillissement de la vessie. Pour des raisons physiologiques, l’homme résiste en général mieux aux besoins pressants. Mais je vous laisse imaginer les difficultés rencontrées par les personnes qui souffrent d’une autre maladie pouvant gêner la marche, comme parkinson, et qui n’ont pas la vélocité nécessaire pour atteindre les toilettes à temps. Ceux-là sont doublement handicapés. »

Le « syndrome du paillasson » ou « de la clé dans la serrure »

On contrôle pendant un certain temps son besoin d’uriner, et il suffit que l’on arrive devant sa porte pour que cette envie s’exacerbe encore. A peine la clé introduite dans la serrure, voilà que les sphincters demandent à lâcher… Ces exemples illustrent le rôle du facteur psychogène dans l’incontinence par urgenturie. « Il faut apprendre à différer le besoin », recommande le professeur Chartier-Kastler. Et le docteur Vidart d’ajouter : « La peur de la fuite pousse certaines femmes à uriner très fréquemment, un mécanisme psychologique s’installe, c’est un cercle vicieux. »
Cette forme d’incontinence urinaire peut être permanente ou intermittente. Très fréquemment, elle va de pair avec une incontinence d’effort, provoquée, comme son nom l’indique, par un effort (toux, activité physique…). On parle alors d’incontinence mixte. Le généraliste ou le gynécologue, en première ligne dans le dépistage, adresseront le patient à l’urologue, spécialiste de l’appareil urinaire, qui établira un diagnostic précis et prescrira le traitement le mieux adapté.

Identifier la cause

L’urgenturie peut survenir pour différentes raisons. « Le plus souvent, c’est un symptôme d’infection urinaire, explique le professeur Chartier-Kastler. Cela peut aussi révéler la présence d’un calcul ou d’un polype de la vessie. Un examen d’urine et une échographie permettront d’éliminer les causes bénignes. Plus rare : une apparition progressive et installée de l’urgenturie peut signaler une anomalie neurologique, par exemple parkinson chez les 70-75 ans, sclérose en plaques… Parfois, elle est consécutive à une opération chirurgicale ; dans ce cas, elle est temporaire. » Si aucune cause n’est trouvée, on parle d’incontinence urinaire par urgenturie idiopathique. Le diagnostic s’établit grâce un interrogatoire, à des examens simples et à un catalogue mictionnel (lire l’encadré). Chez l’homme, l’hyperplasie bénigne de la prostate est un déclencheur fréquent d’incontinence urinaire par urgenturie.

Des traitements variés

« Traiter le plus tôt possible est très important, insiste le professeur Chartier-Kastler. On obtient une bien meilleure réponse de l’organisme. Si l’on traîne, des anomalies peuvent s’installer dans le muscle de la vessie, de manière irréversible. »
La rééducation du périnée par un kinésithérapeute spécialisé, en complément de la prise d’anticholinergiques par voie orale, est préconisée chez les femmes. Ces médicaments, également efficaces pour soigner l’hyperactivité vésicale chez les hommes, sont pourtant abandonnés à moyen terme par la moitié des patients en raison d’effets secondaires. « Ils sont cause de sécheresses oculaire et buccale, de constipation », observe le docteur Adrien Vidart. Les spécialistes tablent sur l’arrivée d’un nouveau traitement, déjà prescrit avec succès ailleurs en Europe, mais qui attend une autorisation de la Haute Autorité de santé (HAS) pour être utilisé en France.
Autre méthode qui a fait ses preuves : la neurostimulation du nerf tibial postérieur, qui consiste à poser une électrode sur la cheville pour envoyer des messages en direction du cortex cérébral et rééquilibrer ainsi le réflexe neurologique vésical. Eprouvée depuis plus de vingt ans par les urologues, la neuromodulation sacrée, appelée « pacemaker de la vessie », est également une solution efficace. Ce traitement présente l’avantage d’être réversible et adaptable. Les injections de toxine botulique, à renouveler tous les six à neuf mois, donnent elles aussi de bons résultats. En dernier recours, mais rarement et seulement chez des patients qui n’ont pas de maladie neurologique avérée, l’agrandissement chirurgical de la vessie peut être envisagé.

Source

« Urgences urinaires : ne courez plus, des solutions existent », 7-12 avril 2014, semaine nationale de la continence, dossier de presse de l’Association française d’urologie.

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