L’actualité du passé : s’installer dans l’après-guerre

En 1925, l’ancêtre de la Mucs, l’Union du commerce, n’a pas encore totalement surmonté la perte de près de la moitié de ses adhérents durant la guerre. Cela ne l’empêche pas de réaliser un investissement d’avenir pour se prémunir de l’inflation, alors galopante : l’achat de l’immeuble du 12, quai de la Mégisserie, à Paris.

Décidément, depuis la fin de la guerre, la ­chronique de l’Union du commerce ne ressemble en rien aux années d’avant 1914. L’assemblée générale (AG) de mai  1925 a beau respecter la tradition et être suivie par un concert festif dans la salle des fêtes du palais du Trocadéro, l’atmosphère reste morose. La perte de près de la moitié des adhérents n’a pas été compensée : en ce début 1925, l’effectif plafonne à 15 400, contre 28 000 en 1914.
Pour retrouver une dynamique de croissance, l’une des solutions, retenue lors de l’AG, consiste à élargir le territoire couvert par la mutuelle. D’abord limité à Paris, celui-ci s’est étendu à de nombreuses communes de Seine-et-Oise*, mais en se limitant à la petite banlieue pour conserver une étroite maîtrise du réseau des médecins et des pharmaciens sélectionnés par la mutuelle. Avec l’envolée des loyers depuis plusieurs années, ils sont cependant nombreux, parmi les employés des magasins parisiens adhérents de l’Union, à avoir déménagé vers des banlieues plus éloignées. En conséquence, le périmètre est porté à 60 kilomètres autour de Paris. Et cela non sans appel à la prudence de plusieurs administrateurs, car on craint que les médecins inspecteurs ne puissent assurer leur mission du fait de déplacements excessifs.

Un équilibre gestionnaire retrouvé

Alors que depuis plusieurs années, et en dépit de deux augmentations de la cotisation, le déficit était devenu chronique, avec une forte progression des dépenses de santé, l’heure est à la vigilance budgétaire. On vient juste de rétablir l’équilibre des comptes de la mutuelle, avec un léger excédent de l’exercice 1924. Un troisième relèvement de la cotisation en quatre ans a été décidé pour accroître les honoraires des médecins, inchangés depuis une première augmentation en 1919. Certes isolées, plusieurs voix se sont même élevées en assemblée générale pour demander l’abandon d’une des réformes clés adoptées avant la guerre, à savoir l’exonération de cotisations pour les adhérents retraités. Ces requêtes n’ont pas été suivies, mais, en pleine inflation, le pilotage des finances de la mutuelle s’avère serré et les sollicitations pour engager de nouvelles dépenses sont accueillies avec réticence. Les actions de prévention pour faire baisser la mortalité infantile, à l’époque encore très élevée, sont par exemple reportées à des temps meilleurs, cela malgré l’argumentaire du ministre de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance, déjà venu deux fois à l’AG de l’Union plaider «  cette grande cause nationale pour repeupler la France  ».

L’achat d’un immeuble pour se prémunir de l’inflation

La morosité ambiante s’explique aussi par la mort soudaine, en mars, de Fernand Dubois, le président de l’Union qui a conduit ces années de redressement. Un gestionnaire rigoureux, mais qui, dans ces années difficiles, entendait ne rien abandonner de l’éventail de la protection assurée par la mutuelle. Pendant ces années-là, par exemple, l’orphelinat a compté pas moins de 500 enfants pris en charge. Aussi l’assemblée des adhérents de l’époque a-t-elle à cœur d’approuver une décision d’investissement, préparée par ce regretté président avec l’exécutif de la société mutualiste. Elle approuve l’achat d’un immeuble au 12, quai de la Mégisserie, pour 1 200 000  francs. La mutuelle va y installer l’ensemble de ses services sur deux étages, tandis qu’elle pourra louer les autres niveaux afin d’assurer des revenus complémentaires pour étayer ses finances. Elle quitte donc les locaux du 7, rue du Bourg-l’Abbé, qu’elle occupait depuis plusieurs décennies et dont les loyers avaient toutes les chances de flamber avec la crise immobilière. Le déménagement du siège a lieu en avril  1926, ce dont se félicitent les adhérents, du fait du positionnement central dans la capitale, proche des magasins où nombre d’entre eux travaillent.

* Ancien département regroupant l’Essonne, le Val-d’Oise et les Yvelines.

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