L’actualité du passé : la mutuelle entre deuil et déficit

L’Union du commerce, l’ancêtre de la Mucs, aborde l’après-guerre avec amertume. Elle déplore la perte de plusieurs centaines de sociétaires dans les tranchées. En 1919, confrontée pour la première fois à un déficit récurrent attisé par une inflation à deux chiffres, elle doit augmenter ses cotisations de 50 %.

L’atmosphère festive des assemblées d’avant-guerre n’est vraiment plus à l’ordre du jour en cette année 1919. Les fastes de l’assemblée de 1914 au Trocadéro et la présence de ministres en vue sont bien oubliés. Les débats des délégués de l’Union du commerce sont tendus et nécessitent deux réunions, en avril puis en novembre. Il s’agit d’arrêter les mesures de gestion qu’impose le choc des années de guerre et des premiers semestres de l’après-guerre. On dénombre 460 sociétaires tués, et ce chiffre est loin d’être définitif. Fin 1913, l’effectif des sociétaires payant leurs cotisations s’élevait à plus de 26 000. Or, fin 1918, il dépassait tout juste les 10 000, alors que les plus jeunes sociétaires n’avaient pas encore été démobilisés.

Saignée des effectifs et inflation

Le déficit accumulé depuis l’exercice de 1914, et en estimant celui annoncé pour 1919, s’établit à 300 000 francs, proche du niveau des recettes annuelles collectées au titre de la santé. Le « capital social de la société mutualiste » d’un million de francs est empiété d’autant. Heureusement, le total des fonds propres de l’Union continue de dépasser les 4 millions avec les réserves de ses caisses de retraite. Les responsables du comité exécutif relèvent qu’au-delà de la saignée des effectifs, la cause du déséquilibre du régime mutualiste est liée à la hausse des prix des dépenses de santé. Or, avant 1914, on n’avait jamais connu de hausse des prix, ce que l’on nommera plus tard l’inflation. Et les administrateurs de l’Union s’honoraient d’avoir maintenu la cotisation mensuelle du sociétaire à 2 francs, inchangée depuis la fondation en 1847. Mais depuis plusieurs mois, les médecins de la mutuelle réclament une hausse de leurs honoraires de 50 %, en invoquant les tarifs pratiqués par la grande majorité de leur profession. Autre exemple, les prix de nombreux médicaments ont bondi jusqu’à 300 % par rapport à 1914. Aussi, la proposition soumise à l’assemblée réunie en ce mois d’avril 1919 prévoit d’augmenter le plus vite possible les cotisations de 50 %.

Grogne autour de la hausse des cotisations

Pour la plupart des personnes présentes, c’est un coup de tonnerre. Les débats sont houleux. Une majorité se prononce d’abord pour nommer une commission de contrôle des comptes, car – détail malencontreux – une erreur d’impression s’est glissée dans les documents comptables remis à l’assemblée. Le personnel de la mutuelle, qui s’est vu reconnaître le droit de devenir sociétaire, réclame en séance le rétablissement du niveau de ses salaires, réduit de 20 % dès 1915 pour contribuer au retour à l’équilibre. Une vive polémique se crée quant à la désignation du chef de bureau, recruté en 1916 pour pallier le décès du titulaire sur le front, etc.
Moyennant quoi, l’approbation des comptes 1918 et les principales décisions de gestion sont reportées à une assemblée extraordinaire qui intervient en novembre. Cette seconde réunion constate un creusement du déficit, sur une pente annuelle de près de 30 %. La prise en charge des dépenses de santé des mutilés de guerre et celles des ayants droit des sociétaires tués sur le front contribuent au dépassement des prévisions du printemps. Dès lors, l’augmentation de la cotisation de 50 % est acceptée à la quasi-unanimité. Dans la foulée, l’assemblée rejette les revendications qui en auraient exonéré certaines catégories, à commencer par celle des sociétaires retraités.
La mutuelle s’engage ainsi dans une nouvelle épreuve, certes moins tragique que la perte de centaines de sociétaires, mais tout aussi imprévue : celle d’une forte hausse des prix.

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