L’actualité du passé : la mutuelle face à la guerre

, par  Mutuelle Mucs

En août 1914, avec l’entrée en guerre, l’Union du commerce, ancêtre de la Mucs, est confrontée à une situation totalement hors normes. Pour elle aussi, c’est la fin de la Belle Epoque. Mais sa mission de protection sociale doit perdurer.

Ce dimanche 25 avril 1915, l’assemblée générale de l’Union du commerce se tient dans le palais des Fêtes de la ville de Paris. Depuis août 1914, tout a évidemment changé, et, cette année, on a abandonné la tenue de l’assemblée et de sa partie festive au palais de Chaillot. Comme 75 % des adhérents sont mobilisés et donc absents, l’ordre du jour se limite à l’examen des comptes de l’exercice 1914.

Le drame de la perte d’adhérents

De fait, l’ambiance est plus que morose. Si la mutuelle comptait 29 000 adhérents au 1er janvier 1914, il est impossible de connaître l’effectif réel à la fin du mois de décembre : on sait seulement que 21 500 personnes sont enregistrées comme ne payant pas leur cotisation, tandis que 6 000 continuent de payer la leur. Pire encore, le nombre des sociétaires morts pour la patrie est déjà de 148.
On est décidément bien loin du temps de paix et des congratulations de l’assemblée de juin 1914 au Trocadéro. Les dirigeants de l’Union s’honoraient alors d’avoir respecté « l’un des devoirs de toute société mutualiste » : celui d’enregistrer un excédent budgétaire pour pérenniser les services aux adhérents. Surtout, début 1914, le Conseil d’Etat avait enfin émis un avis favorable à la mise en œuvre de la gratuité de la couverture santé des seniors, réforme adoptée par l’assemblée de l’Union depuis le printemps 1909. Désormais, les sociétaires ayant atteint 50 ans et ayant cotisé depuis au moins vingt-cinq années peuvent en bénéficier.

La nostalgie des débats passionnés

Rétrospectivement, la teneur des débats d’avant-guerre paraît d’un autre âge. Ainsi, quand les instances de la mutuelle ont procédé à l’inscription des sociétaires concernés par ce nouveau dispositif – le rachat par certains des années manquantes de cotisations –, cela a soulevé des polémiques passionnées. Suite à un premier rejet des comptes, le débat s’était ­difficilement conclu par un compromis technique de bon aloi.
Après le mois d’août 1914, le pilotage de la mutuelle est évidemment confronté à des enjeux d’une tout autre dimension. Des mesures exceptionnelles sont adoptées : exonération de cotisations pour les mobilisés et facilités de paiement pour les autres adhérents. Très vite, la conjoncture économique des maisons de commerce s’est en effet dégradée. Celles-ci réduisent, souvent de 50 %, les salaires versés à leurs employés, voire les mettent au chômage. Après cinq mois de conflit, le constat est sans appel : environ « un quart seulement des sociétaires paient leurs cotisations, alors que l’on doit encore soigner la moitié des malades du temps de paix ». Parallèlement, pour venir en aide aux adhérents en difficulté, l’Union met en place un fonds de secours de guerre.
Moyennant quoi, la clôture des comptes de 1914 fait apparaître un déficit de 17 %. L’équipe des administrateurs est évidemment préoccupée par le risque d’un déséquilibre financier majeur, si le conflit s’éternise. Elle écarte donc les demandes de versement à des organismes caritatifs, comme le Secours national, en rappelant la position analogue adoptée par la mutuelle durant la guerre de 1870. Il est vrai qu’avec 5,4 millions de francs, les réserves de l’Union permettent a priori de faire face à la situation, même si 4 millions relèvent de ses caisses de retraite. Pour mémoire, en année « normale », en 1913, le total des dépenses de santé atteignaient 700 000 francs.

Le réflexe de « l’union sacrée »

Contrairement à ceux de 1913, les comptes de 1914 sont en définitive approuvés dès le premier vote et à l’unanimité. « L’union sacrée » est passée par là.
Pour étayer cette unanimité, la citation de l’un des regrettés fondateurs de la mutuelle, Antoine Joseph Genevay, conclut avec emphase ces débats d’avril 1915 : « En agissant ainsi, vous obéissez à la grande loi de l’huma­nité : l’homme est le seul être de la création qui construit […] pour des temps qu’il ne verra pas… »

Crédit photo : Gallica BNF.

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