L’actualité du passé : l’Union du commerce, précurseur de la couverture sociale

, par  Mutuelle Mucs

En cette période de gouvernements affichant une approche pragmatique du progrès, L’Union du commerce, l’ancêtre de la Mucs, est perçue comme un exemple de progrès social, et chacune de ses assemblées annuelles est présidée par un ministre. En 1888, c’est même le chef du gouvernement qui préside son assemblée générale.

Ce dimanche 15 avril 1888, l’assem­blée générale de L’Union du commerce se réunit, comme les années précédentes, dans la grande salle parisienne du Trocadéro. Ses participants ne sont pas peu fiers d’accueillir comme président d’honneur de leur assemblée le chef du gouvernement, président du Conseil et ministre de l’Intérieur, Charles Floquet. Celui‑ci saura apaiser l’impatience de ses interlocuteurs, qui attendent depuis quelques années la reconnaissance de l’utilité publique de leur société mutualiste.

La retraite et l’allocation journalière, deux avancées majeures

Il faut dire que l’ambiance est bonne, car les résultats de 1887 sont satisfaisants. Certes, avec 11 314 sociétaires, l’effectif de la mutuelle n’a progressé que de 1 % en un an, mais la situation financière est saine, avec un résultat bénéficiaire de 46 732 francs représentant 16 % du chiffre d’affaires. La moitié est affectée à une augmentation du capital, et l’autre, placée sur le compte ouvert à la Caisse des dépôts à titre de réserve de la toute nouvelle caisse de retraite de l’Union. L’assemblée générale ­précédente, en avril 1887, a en effet validé, après moults débats, la création d’une caisse de retraite obligatoire, alimentée par 50 % des excédents annuels et par une cotisation additionnelle de 1 franc par mois. Parallèlement, une caisse de retraite facultative a été constituée, avec une cotisation volontaire de 1 à 4 francs par mois. Une extension majeure du rôle de l’Union, qui n’a été acceptée qu’après la limitation à 40 ans de l’âge d’adhésion à celle-ci. Depuis ­janvier, les cotisations correspondantes sont reçues avec régularité. Les premières pensions de retraite seront versées dans dix ans.
Autre acquis décisif, décidé en 1884 et dont la mise en œuvre paraît satisfaisante : l’allocation journalière accordée aux sociétaires qui sont atteints d’une maladie entraînant une incapacité de travail d’au moins huit jours et qui se font soigner à domicile. Elle est de 1,50 franc par jour, pour une durée maximum de soixante jours.

Le jumelage santé et instruction

Ces deux grandes innovations n’ont nullement réduit le fonctionnement des autres services, bien au contraire. En 1887, la société mutualiste s’honore des 32 352 consultations, dont 8 229 à domicile. Elles sont réalisées par quarante-six médecins de l’union à Paris et dans le département de la Seine. Pour garantir leur efficacité, tous sont internes à la faculté de médecine de Paris – le Comité médical de l’Union a systématiquement écarté de nombreuses candidatures d’externes, pourtant recommandées par des sociétaires. Leurs prescriptions sont suivies par la centaine de pharmacies agréées par l’Union, dont sept pharmacies homéopathiques.
Par ailleurs, 1 500 places disponibles ont été indiquées aux sociétaires venus consulter le Livre des emplois vacants. L’instruction des sociétaires reste aussi une priorité : des cours et des conférences du soir sont organisés au siège de l’Union, au 17, boulevard Sébastopol, avec des professeurs de l’Union française de la jeunesse, tandis que la bibliothèque connaît une fréquentation annuelle de 1 325 lecteurs et bénéficie de nombreux dons de livres.
Question dons, l’Union continue à recevoir des sommes significatives pour renforcer la Caisse des pensions de secours. Ainsi, les frères Chauchard, propriétaires des Grands Magasins du Louvre, ont à nouveau versé 15 000 francs, après les 20 000 francs donnés en 1885.
Ce bilan quasi euphorique n’occulte pas la restitution des grands débats qui ont agité l’assemblée générale délibérante. Instaurée depuis 1884, celle-ci se tient séparément, en préparation de l’Assemblée générale principale, et canalise la discussion des grandes décisions.

Nouveau report pour l’admission des femmes

Précisément, l’une de ces décisions, mise en suspens depuis plusieurs années, concerne l’admission des femmes dans l’union. Une majorité continue à juger cette réforme trop risquée, en estimant que l’expérience d’autres sociétés mutualistes démontre le coût supérieur des dépenses de santé des femmes par rapport à celles des hommes.
Pour convaincre, les partisans de cette admission ont été conduits à proposer des restrictions d’une logique discutable : doublement de la cotisation des femmes par rapport à celle des hommes, restriction de l’admission aux seules femmes employées du commerce et non aux épouses et aux filles des employés, etc. Toujours est-il que le projet de réforme, jugé bancal, est une nouvelle fois reporté… à 1889.
Et justement, Charles Floquet le rappelle, 1889 sera l’année de l’Exposition universelle célébrant le centenaire de la Révolution française. L’Union du commerce est plus qu’invitée à y participer au sein de la section économie sociale. Un signe de plus de la reconnaissance de son rôle d’innovateur social.

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