L’actualité du passé : boom des soins et déficit en toute sérénité

, par  Mutuelle Mucs

En 1900, après cinquante-trois ans d’existence, l’Union du commerce est confrontée au premier déficit de son activité santé. Avec les encouragements des gouvernants d’alors, elle assume pleinement les conséquences de ce qui fait sa fierté : la forte croissance des soins demandés par ses membres.

Ce dimanche d’avril 1900, l’assemblée générale de l’Union du commerce pourrait paraître habituelle. La salle des fêtes du palais du Trocadéro est archipleine, et les sociétaires s’apprêtent à apprécier en clôture un mémorable concert offert par le gouverneur militaire de Paris. Sauf qu’à quelques pas l’Exposition universelle bat son plein et vient d’être inaugurée, dix jours plus tôt. L’Union du commerce y participe, au sein de l’espace des sociétés de secours mutuel du pavillon consacré à l’économie sociale. Elle espère décrocher un nouveau titre, au moins équivalent à la médaille d’or qu’elle a remportée lors de l’Exposition universelle de 1889.
Comme chaque année, l’un des principaux membres du gouvernement assure la présidence de la réunion. Il s’agit cette fois d’Alexandre Millerand, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes. Dans son discours, très IIIe République, il exalte l’exemple de solidarité sociale donné par la société mutualiste à l’unisson du message de progrès porté par la France au travers de l’Exposition universelle. Il admire également son sens de la transparence des comptes, dont il aimerait que les représentants de l’Etat puissent s’inspirer.

Premier déficit du régime santé

La grande affaire de cette assemblée générale, c’est que, pour la première fois, les dépenses de santé de la mutuelle ont dépassé l’année précédente le montant des cotisations de ses membres. En cinquante-trois ans d’existence, l’Union n’avait connu qu’un seul déficit, en 1880, mais il était lié à des dépenses exceptionnelles, tandis que le déficit de 1899 est clairement ­provoqué par l’augmentation récurrente des dépenses de santé et, en particulier, des dépenses pharmaceutiques. Celles-ci représentent le double des dépenses de consultation des médecins.
Cette situation a été au centre des assemblées dites délibérantes, qui ont précédé l’assemblée plénière. Pour éclairer les débats, une réunion de l’ensemble des médecins de la mutuelle s’est tenue sous la présidence d’un ancien médecin de l’Union, également doyen de la faculté de médecine de Paris. Son diagnostic : il faut maintenir l’ensemble des soins couverts, car ils ne sont nullement excessifs. Dès lors, il appartient aux instances de la mutuelle de trouver de nouvelles ressources pour garantir son équilibre financier.

L’appel au financement des patrons

C’est précisément l’orientation que va adopter l’assemblée. Les quatre années précédentes avaient été caractérisées par une croissance régulière des dépenses de santé, mais aussi des dons provenant de patrons de grands magasins ou de sociétés de l’industrie textile.
Au premier rang de ceux-ci, la famille Chauchard, des anciens ­propriétaires des Grands Magasins du Louvre, remportait la palme, avec un total de 270 000 francs de dons versés tout au long des deux ­dernières décennies. Ces recettes exceptionnelles ont, de fait, permis de financer les frais généraux de la mutuelle, alors que les cotisations venaient juste de dépasser les 100 % du montant des cotisations.
Aussi est-il décidé de couvrir à l’avenir les frais généraux par les versements des employeurs des salariés adhérents de la mutuelle, les frais de santé devant, eux, se financer par les cotisations. Une campagne va être menée auprès des patrons pour les convaincre d’abonder les cotisations de leurs employés. Avec 3 francs de don du patron pour 1 franc de cotisation de l’employé, l’exemple de caisses de retraite d’autres professions est souvent invoqué.

Recentrage sur l’activité santé

L’Union du commerce n’en est pas là. Elle saisit toutefois l’occasion de ce débat pour mieux cloisonner son activité santé et celle de la retraite obligatoire de ses membres. La règle de reversement annuel des excédents du secteur santé vers le fonds de retraite passe de 50 % à 10 %. En outre, des mesures d’économie sont engagées pour plafonner les frais de fonctionnement.
Du coup, l’attention de l’assemblée se porte moins sur les dépenses sociales, non liées à la santé. Et pourtant, durant l’année écoulée, la mutuelle reste exemplaire, avec les 1 900 emplois vacants qui ont été signalés à ses membres, dans un effort de promotion professionnelle des employés du commerce. Ses cours d’anglais, de comptabilité et de sténographie sont suivis avec une satisfaction équivalente à celle des 1 650 lecteurs de sa bibliothèque.
Ce sont plutôt les 52 000 consultations et 19 000 visites à domicile de médecins pour 19 000 adhérents qui sont sérieusement auscultées. A fortiori, les dépenses de médicaments auprès des pharmaciens agréés par la mutuelle retiennent toute l’attention des gestionnaires de l’Union du commerce.
Ainsi se poursuivait la saga des prédécesseurs de la Mucs… toute ressemblance avec notre actuel système de santé étant évidemment fortuite.

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