L’actualité du passé : au nom de la maîtrise des dépenses

, par  Mutuelle Mucs

En 1896, comme les années précédentes, les finances de la société mutuelle de L’Union du commerce sont clairement excédentaires. Pourtant, les débats sur la maîtrise de ses dépenses sont plus passionnés que jamais et annonceraient presque ceux du prochain rebond de l’affaire Dreyfus.

En ce dimanche 12 avril 1896, au palais du Trocadéro, l’assemblée générale de L’Union du commerce peut paraître routinière. Mais ce qui fait événement, c’est la présidence ­d’honneur confiée au ministre de l’Intérieur, Ferdinand Sarien, et la venue du président de la République, Félix Faure, qui remet les médailles de l’Union à une quinzaine d’administrateurs et de ­délégués.
L’Union se place au tout premier rang des sociétés mutualistes de l’époque, encore auréolée par l’obtention d’une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889 et par l’impact médiatique de sa récente participation à l’Exposition internationale de Chicago.
De fait, la mutuelle compte 16 000 membres issus du commerce textile et de grands magasins comme Les Grands Magasins du Louvre ou La Belle Jardinière, soit une progression de plus de 40 % sur les dix dernières années. La situation financière est florissante, malgré l’élargissement constant de ses prestations et alors que le réseau des médecins et des pharmaciens s’est agrandi en banlieue parisienne.

Un nouveau siège près des Bains-Douches

Le siège social a dû être transféré dans des locaux plus spacieux, du boulevard Sébastopol à une adresse toute proche, au 7, rue du Bourg-l’Abbé. L’immeuble accueille également Les Bains-Douches Guerbois. Cet établissement est, depuis plusieurs années, l’une des soixante-dix maisons de bains sélectionnées par la mutuelle. Outre les sociétaires de l’Union, elle est fréquentée par les forts des halles, qui y consomment tôt le matin douche et café calva, aussi bien que par des clients du meilleur monde comme Marcel Proust. Dommage que les cartes mutualistes ne soient plus reconnues aujourd’hui par Les Bains-Douches, devenus l’une des adresses ­parisiennes les plus branchées.
Question santé, l’épidémie d’infuenza qui avait tué cinquante-trois membres en 1892 est déjà un mauvais souvenir. La mutuelle se porte bien et, malgré le développement du nouveau dispositif d’allocations journalières ­versées aux patients se soignant à domicile, l’excédent des recettes sur les dépenses est confortable.

La richesse sociale, un motif de fierté

Avec les réserves constituées pour le service de retraite, qui va verser ses premières pensions en 1897, le total des fonds propres de l’Union dépasse le montant de cinq années de cotisations. Prévoyants et non pas capitalistes, les responsables de l’Union sont fiers de cette richesse sociale, mais détestent utiliser le terme comptable de capital social.
Précisément, les cours de comptabilité de l’Union sont particulièrement prisés par les membres, de même que les cours d’allemand et de sténographie. Un effort de promotion professionnelle des employés de commerce qui se conjugue avec la communication ­systématique des emplois vacants du secteur (1 680 en 1895).
JPEGQuestion sténographie, c’est une discipline avec laquelle l’Union ne plaisante pas, et l’ensemble des procès-verbaux des assemblées sont retranscrits par un sténographe de la Chambre des députés. Il faut dire que les débats précédant l’assemblée générale annuelle sont agités. En mars 1896, deux assemblées générales délibérantes sont nécessaires, deux dimanches de suite, pour départager les 493 votants, cela afin d’adopter les ­décisions ensuite communiquées sans débat en assemblée plénière d’avril.

L’admission des femmes à nouveau rejetée

Une séance entière de débats a été ­consacrée à la question de ­l’admission ou non des femmes comme membres de la mutuelle. Les arguments des partisans et des opposants restaient quasi inchangés en dix années de délibérations, lesquelles s’étaient toutes soldées par un rejet. En 1895, toutefois, le principe de l’admission avait été adopté, tout en le subordonnant à des mesures d’accompagnement qui restaient à définir : égalité de cotisations avec les hommes ou cotisations plus chères du fait des dépenses de santé des femmes ; indemnité d’accouchement accordée ou refusée ; droits de vote et d’éligibilité des sociétaires femmes accordés ou refusés ; droit aux funérailles accepté ou refusé aux femmes, etc. Cette multiplicité de mesures n’ayant pu être tranchée par une majorité claire, l’admission des femmes est une nouvelle fois rejetée en 1896, au nom de la maîtrise des dépenses, mais sans en remettre en cause le principe pour l’avenir.
Ainsi cheminait la création par étapes de la protection sociale de l’ancêtre de la Mucs.

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