Infarctus du myocarde : les femmes aussi

, par  Aliisa Waltari

Contrairement à une idée reçue, les maladies cardiovasculaires ne sont pas réservées aux hommes. L’infarctus du myocarde concerne également les femmes, en particulier après la ménopause, et, chez elles, il est généralement plus grave et plus mortel. Un phénomène lié en partie à un retard de prise en charge et à un manque d’information de la population.

L’infarctus est encore trop souvent considéré comme une pathologie typiquement masculine. Pourtant, « chez la femme, la première cause de mortalité est bien la maladie cardiovasculaire, souligne le docteur Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest. Il faut savoir qu’une femme a quatre fois plus de risques de mourir d’un problème cardiaque que du cancer du sein ». Et, bien qu’avant la ménopause les femmes semblent être protégées par leurs hormones, la donne est en train de changer depuis une dizaine d’années. « Elles sont de plus en plus nombreuses à faire des infarctus plus jeunes, avant 55 ans, précise le professeur Gilard. Ce phénomène s’expliquerait notamment par l’augmentation récente du tabagisme féminin, sachant que le risque s’accroît pour les fumeuses qui prennent la pilule. » Ce n’est pas tout : l’accident cardiaque est généralement plus grave et plus mortel chez la femme. Si 43 % des hommes succombent à une crise cardiaque, celle-ci est fatale pour 55 % des femmes, rappelle la Fondation Recherche cardiovasculaire-Institut de France.

Ecart moyen de quarante-cinq minutes entre les deux sexes

Plusieurs explications à cela, et tout d’abord un défaut dans la prise en charge, plus lente chez la femme : « Les registres montrent qu’il existe un écart moyen d’environ quarante-cinq minutes entre les deux sexes. Or on sait qu’en matière d’infarctus, le temps, c’est du muscle. Plus on attend, plus la mortalité et les séquelles augmentent, même si la cardiologie a fait beaucoup de progrès ces dernières années. » D’après une étude de l’observatoire Cassandre, mis en place par la Société française de cardiologie (SFC), si les femmes connaissent les signes de l’infarctus – une douleur dans la poitrine irradiant parfois dans les mâchoires et les bras (surtout le gauche) –, elles appellent moins souvent le Samu quand elles les ressentent. « Elles ne s’imaginent pas du tout faire un accident cardiaque, observe le professeur Gilard. Cela ne leur vient pas à l’esprit parce qu’elles n’y ont pas été vraiment sensibilisées. En revanche, elles conçoivent très bien la possibilité d’infarctus pour leur mari. D’ailleurs, quand c’est lui qui en présente les symptômes, elles appellent. »
Cette moindre perception de l’infarctus peut aussi s’expliquer par le fait que, chez certaines femmes, les symptômes sont plus souvent atypiques que chez les hommes. Elles ressentent davantage une irradiation dorsale, des nausées, des palpitations, des douleurs abdominales ou encore une grande fatigue. Bref, un cortège de signes trompeurs, qui peuvent induire en erreur à la fois la patiente et le médecin. Les femmes ont ainsi 20 % de chances en moins de se voir proposer un test d’effort, et 40 % en moins une angiographie (un examen permettant d’apprécier l’état des vaisseaux sanguins).

La recherche en question

On le voit, il reste bien du chemin à faire en matière d’information. Mais le problème se situe également au niveau de la recherche. Les essais cliniques concernant les maladies cardiovasculaires portent encore essentiellement sur les hommes et il n’existe pas de traitement spécifique pour les femmes (hormis en cas d’hypertension artérielle). Et cela alors que « les lésions qui entraînent l’infarctus semblent un peu différentes chez ces dernières, ajoute le professeur Gilard. On a davantage de dissections coronaires spontanées, par exemple ».
Quoi qu’il en soit, les facteurs de risque (âge, obésité, diabète, tabagisme, sédentarité, hérédité et hypertension) demeurent les mêmes que chez les hommes, tout comme les mesures de prévention : ne pas fumer, manger sainement, limiter sa consommation d’alcool et pratiquer une activité physique régulière.

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