Hôpital : l’intimité, c’est un droit

, par  Vanessa Pageot-Françoise

Les patients se résignent souvent à mettre leur pudeur de côté une fois la porte de l’hôpital franchie. Pourtant, le droit à l’intimité est l’un des fondements de la loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades.

Vous êtes-vous déjà retrouvé face à un professionnel de santé, lui concentré sur le soin et vous gêné par votre nudité ? « Aujourd’hui, les médecins sont tellement focalisés sur la technique qu’ils oublient que, derrière le corps à soigner, il y a une personne, avec une parole et des droits », constate Claire Compagnon, représentante des usagers depuis plus de quinze ans à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris*. A l’occasion d’un rapport transmis à la Haute Autorité de santé (HAS)**, elle a recueilli le témoignage de nombreux patients, comme celui de cette dame qui devait se raser le pubis avant une opération : « Alors qu’elle s’était isolée dans la salle de bains, une infirmière est entrée sans frapper, pour observer si elle s’y prenait convenablement. » « A la suite de mon accouchement, confie Amandine, j’ai vu défiler à la maternité des sages-femmes, des gynécologues et des internes pour constater mon “périnée complet”. Je n’osais rien dire, mais c’était très gênant, et ils en discutaient comme si c’était un objet ! » La question de l’intimité est encore taboue, sans compter que les patients connaissent peu leurs droits : « Beaucoup n’osent pas en parler, ni avec nous ni d’ailleurs avec le personnel de l’hôpital », ajoute Claire Compagnon.
Inversement, d’autres malades sont embarrassés d’être les témoins involontaires de conversations privées entre soignants. Car la pudeur touche à la fois à sa propre intimité et à celle des autres. Il est vrai que la relation même entre soignant et soigné induit un rapport particulier au corps. Au-delà de la nécessité médicale, la pudeur de l’autre doit être respectée. Aides-soignants, infirmiers, paramédicaux ou médecins y sont désormais sensibilisés, la « bientraitance » étant au cœur de la politique publique sanitaire en France depuis une dizaine d’années.

Une blouse peu couvrante

En 2012, un médecin de famille qui s’était retrouvé de l’autre côté du miroir, en tant que malade, a poussé un « coup de gueule » contre la blouse d’hôpital, standardisée quel que soit le gabarit de la personne, béante à l’arrière et laissant ainsi entrevoir une partie de son anatomie. Reposant sur la charte de la personne hospitalisée, qui défend la préservation de l’intimité du patient « lors des soins, des toilettes, des consultations et des visites médicales », sa pétition a fait grand bruit. Depuis, la plupart des établissements de santé ont opté pour des blouses aux fermetures plus sûres et déclinées selon différentes tailles. Si ce « pyjama d’hôpital » est pratique pour les soins, la pose d’une perfusion ou d’un pansement, Claire Compagnon ne comprend pas sa systématisation : « Cela ne renvoie pas une image valorisante de la personne. Pour une opération, même en ambulatoire, on vous affuble de cette tenue plusieurs heures auparavant. » De même, elle s’insurge contre le port de couches parfois imposé à des personnes certes âgées, mais loin d’être incontinentes. « La dignité passe aussi par le respect de l’autonomie », insiste-t-elle.

La chambre, lieu privé

Peu de Français le savent : l’intimité commence au seuil de la chambre d’hôpital, celle-ci étant reconnue comme un lieu privé. Le malade est ainsi en droit de refuser les visites de sa propre famille, d’amis ou de photographes (surtout présents dans les maternités). Quant au personnel soignant, il est tenu de frapper pour s’annoncer, voire de laisser un peu de temps avant d’entrer afin que la personne puisse se préparer. « C’est vrai, il y a une amélioration des pratiques de la part du personnel soignant. Mais combien de fois encore les médecins arrivent dans une chambre tout en continuant leur conversation, comme si le patient était invisible ? », souligne Claire Compagnon.
Enfin, si la chambre est considérée comme un lieu privé, cela ne dispense pas de respecter le règlement intérieur de l’établissement : interdiction de fumer, de consommer des boissons alcoolisées… ou de dévoiler ses talents de naturiste, pour ceux que la pudeur aurait oubliée.

* Claire Compagnon est également inspectrice des Affaires sociales.
** « La maltraitance ordinaire dans les établis­sements de santé », Claire Compagnon et Véronique Ghadi, HAS, 2009.

 

Santé Info Droits : tél. 0 810 004 333 (appel non surtaxé)

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