Hépatite C : l’espoir des nouveaux traitements gâché par leur coût astronomique

, par  Delphine Delarue

Alors que de nouvelles molécules très prometteuses dans le traitement de l’hépatite C arrivent sur le marché, les initiatives se multiplient pour tenter de faire fléchir l’industrie pharmaceutique sur le coût particulièrement élevé de ces médicaments.

La Haute Autorité de santé (HAS) l’affirme : « L’arrivée d’une nouvelle génération d’antiviraux à action directe (AAD) annonce une révolution dans les traitements des personnes porteuses d’infection chronique par le virus de l’hépatite C. » Mieux tolérées et plus efficaces, ces spécialités – parmi lesquelles le Solvadi (sofosbuvir), qui vient d’arriver sur le marché français – induisent aussi moins d’effets secondaires que le traitement actuel de référence, une association médicamenteuse à base d’injections d’interféron. Selon la HAS, avec les AAD, les données disponibles permettent aujourd’hui « d’espérer la guérison virologique de 90 % des malades après une cure de douze ou de vingt-quatre semaines ». De quoi susciter l’espoir de nombreux patients. En France, le virus toucherait quelque 400 000 personnes, dont plusieurs dizaines de milliers qui ignoreraient leur état. L’hépatite C se caractérise en effet par une évolution particulièrement lente, s’échelonnant du stade « F0 », sans symptôme, au stade « F4 », qui correspond à la cirrhose.

50 000 euros pour un traitement de trois mois

Hélas, le soulagement qu’auraient pu induire ces nouvelles thérapeutiques est stoppé net par un élément incontournable : leur coût astronomique fixé à environ 19 000 euros la boîte, soit 50 000 euros pour un traitement complet de trois mois. Si pour certains, et notamment le fabricant du Solvadi – l’Américain Gilead –, ce tarif s’explique par l’investissement de la recherche et par le rachat de Pharmasset, l’ancien propriétaire de la molécule, il s’agit tout de même, pour Frédéric Van Roekeghem, directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), d’« un véritable hold-up ». De son côté, le collège de la HAS, à l’image du ministère de la Santé, redoute « l’impact budgétaire majeur de ces produits et les risques de renoncement à la prise en charge par la solidarité nationale d’autres traitements ». Face à de tels prix et au nombre potentiel de malades à prendre en charge, la Haute Autorité a par ailleurs émis des recommandations début juillet sur la place de ces nouveaux traitements, avec le souci de fournir des indications précises en fonction du degré d’urgence. Selon elle, il faudrait traiter d’emblée les malades ayant atteint les stades sévères de la maladie (F3 et F4) et il n’y aurait pas d’intérêt individuel pour les formes asymptomatiques. Cependant, si une majorité de patients étaient traités, l’avantage « serait collectif », puisqu’il aurait alors pour objectif « de limiter la propagation du virus ». Et la Haute Autorité de rappeler, dans la foulée, « le principe d’égal accès de chacun à des soins et à des traitements de qualité, avec une vigilance particulière pour les populations vulnérables ».

Négociations en cours

Actuellement, le Solvadi bénéficie en France d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Son prix est donc librement fixé par son fabricant, mais il fait encore l’objet de négociations avec le Comité économique des produits de santé. Plusieurs initiatives ont été prises récemment pour tenter de faire fléchir l’industrie pharmaceutique sur les tarifs prohibitifs de ces nouveaux produits. Jeudi dernier, Marisol Touraine a annoncé s’être entendue avec quatorze autres ministres de la Santé européens pour atteindre cet objectif et, lundi, Le Parisien révélait que cinq députés français indignés – parmi lesquels Gérard Bapt, rapporteur du projet de loi de financement de la Sécurité sociale – venaient d’écrire au président de Gilead France pour réclamer des explications. Selon Gérard Bapt, si le tarif reste le même et que le traitement est prescrit aux 60 000 malades français les plus graves, le budget nécessaire grimperait à 3 millions d’euros. Une somme toujours inacceptable, d’autant que le coût de fabrication ne reviendrait qu’à « 200 euros », selon le député.
Ces démarches seront-elles entendues ? Seul l’avenir le dira. Le tarif définitif devrait être fixé d’ici à trois mois. Michel Joly, président de Gilead France, a déjà indiqué, sur le site Pourquoidocteur.fr, que le prix du Solvadi allait « baisser ». Reste à savoir dans quelle mesure.

Sources
- « Le prix élevé des labos », Daniel Rosenweg, Le Parisien, 12 juillet 2014.
- « Hépatite C : un traitement au coût prohibitif », Agence fédérale d’informations mutualistes (Afim), n° 4623, 9 juillet 2014.
- « Hépatite C : le nouveau hold-up des labos », Pascale Santi, Le Monde, « Science et techno », 8 juillet 2014.
- « Exclusif, Hépatite C : le prix du nouveau médicament va baisser », Pourquoidocteur.fr, Sandrine Chauvard, 8 juillet 2014.
- « Prise en charge de l’hépatite C par les médicaments antiviraux à action directe (AAD) », Haute Autorité de santé (HAS), juin 2014.

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