Grossesse : des bons d’achat pour arrêter de fumer

, par  Vincent Portois

Une expérience de rémunération des femmes enceintes pour qu’elles arrêtent de fumer a débuté le 7 avril. Pour la première fois, seize maternités en France distribuent des bons d’achat contre toute cigarette non fumée.

Fumer tue toujours autant, malgré les différentes actions menées par le ministère de la Santé : débat sur le paquet neutre, plan tabac extrait du grand projet de loi santé présenté par le Parlement en avril… Du côté des femmes, selon le Baromètre santé 2014 de l’INPES, 24 % fument quotidiennement et, parmi elles, 59,5 % souhaitent arrêter. Mais, quand elles sont enceintes, 17,8 % fument toujours au troisième trimestre et près de 30 % déclarent de ne pas avoir été sensibilisées aux dangers du tabac pendant la grossesse, selon une enquête de la Haute Autorité de santé publiée en 2004. Et pour beaucoup, ce n’est pas l’apposition, d’ici à quelques mois, du pictogramme « Zéro tabac pendant la grossesse » sur les paquets de cigarettes qui va les inciter à arrêter... Les experts, les addictologues ou encore les instituts de lutte contre le cancer ont donc décidé d’aller plus loin pour enrayer les dommages causés par le tabac durant la grossesse, l’augmentation du risque de fausse-couche et le ralentissement de la croissance du fœtus, sans parler de l’incidence sur la santé future de l’enfant, pathologies pulmonaires en tête.

20 euros par consultation

Depuis plus d’un mois, seize maternités participent, auprès de 400 femmes enceintes, à une étude baptisée FISCP et lancée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), avec le soutien financier de l’Institut national du cancer (Inca). Chaque visite prénatale, assortie d’un passage chez les professionnels de santé spécialisés dans l’aide au sevrage tabagique, permet aux patientes de recevoir un bon d’achat de 20 euros minimum en cas d’arrêt du tabac, soit en moyenne 300 euros au total. Ces bons sont valables dans les grandes surfaces et les enseignes spécialisées dans l’enfance ou la maison. Pour en bénéficier, il faut être majeure, enceinte d’au moins quatre mois et demi, fumer au moins cinq cigarettes manufacturées ou trois cigarettes roulées par jour… et ne pas utiliser, pour compenser la cigarette, d’autres produits de tabac (pipe, cigare...) ou de cigarette électronique.

Des experts convaincus

Pour le professeur Michel Reynaud, du département de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, cité par 20 minutes, « avec les bons d’achat, le sujet saisit une autre récompense possible qui vise à faire contrepoids à ce besoin massif du produit. Dans les dépendances graves, cette stratégie est efficace. Il faut encourager les sujets dépendants plutôt que de les punir ou de leur faire honte ».
Une expérimentation similaire a déjà été menée en 2015 par les universités écossaises de Glasgow et de Stirling, en Ecosse, avec une réussite certaine : 23 % des femmes sont parvenues à arrêter de fumer, contre 9 % habituellement.
Les résultats de l’étude française seront connus dans deux ans environ. La France perdra-t-elle enfin son record européen de femmes continuant à fumer tout au long de leur grossesse ?

Sources
- « Incitation financière à arrêter de fumer pendant la grossesse : rejoindre l’étude FISCP », Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

- « Payer les femmes enceintes pour ne plus fumer ? C’est efficace, selon les experts », 20 minutes, 10 mai 2016.

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