Grève des infirmiers : un mal-être profond et généralisé

, par  Vincent Portois

Cette semaine, des actions locales ont été programmées par le mouvement infirmier, suite à une vague récente de suicides au sein de la profession. Les brassards noirs sont de rigueur sur des « blouses blanches » porteuses de multiples revendications pour retrouver de meilleures conditions de travail.

« On n’en peut plus, à commencer par le manque de moyens dû aux restrictions budgétaires ! On a toujours plus de patients, mais moins de temps à passer auprès d’eux, car on doit les faire sortir au plus vite… Faire du chiffre avec la santé me paraît difficile ! Il y a aussi eu les suicides d’infirmiers cet été : c’était trop ! Sans oublier le gel de nos salaires pendant quelque temps, pas de montée d’échelon, de nouvelles organisations… le burn out est ancré dans notre quotidien… » Le témoignage de cette Val-d’Oisienne, infirmière dans un service de psychiatrie pour enfants et adolescents, résume à lui seul le désarroi du secteur. Il rejoint les propos de Clémentine Fensch, dans sa « Lettre ouverte au directeur de l’APHP, Martin Hirsch », évoquant son malaise et sa perte de foi dans le service public. Datée d’un an, cette vidéo est pourtant toujours d’actualité, les revendications restant les mêmes. Sans doute se sont-elles même renforcées après la vague de suicides de ces dernières semaines : pas moins de cinq infirmiers se sont donné la mort en France, parfois sur leur lieu de travail. Un récent rapport valide aussi le mal-être profond des infirmiers, celui de l’Observatoire national des violences en santé (ONVS) sur les violences en milieu hospitalier, déclarées en 2014. On constate que le personnel est le plus touché par les violences (85 % des cas) : les infirmières à 46 % et les médecins à 9 %.

Un secteur respecté en quête de reconnaissance

Les établissements hospitaliers connaissent un épuisement généralisé, alors que, dans le même temps, les Français soulignent à nouveau leur attachement à « l’un des socles de notre République ». Selon un sondage de la Fédération hospitalière de France (FHF) et Odoxa, huit Français sur dix ont une bonne image de l’hôpital. Mais les « blouses blanches » n’ont pas l’impression que cette preuve de confiance soit parvenue jusqu’au ministère de la Santé. Il y a peu, la Coordination nationale infirmière (CNI) n’était pas satisfaite par les récentes déclarations médiatiques de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, concernant la dégradation des conditions de travail. Depuis les derniers suicides, que cette dernière a jugés « extrêmement préoccupants », le secteur attend avec toujours plus d’impatience le plan pour les professionnels de santé, notamment contre les risques psycho-sociaux à l’hôpital, prévu à l’automne.
Après avoir écrit une lettre ouverte au Président de la République à la rentrée, la CNI a appelé au rassemblement pour que leur malaise ne soit pas à nouveau passé sous silence, tout en essayant d’obtenir des éclaircissements sur les suicides de cet été. Les infirmières souhaitent « l’attribution de fonds permettant aux établissements de soins d’avoir les moyens de garantir une adéquation des effectifs à la charge de travail quotidienne, au remplacement de l’absentéisme ainsi qu’à la gestion des postes aménagés, la définition de ratios soignants au lit du patient par spécialité, le renforcement des services de santé au travail, l’accompagnement des établissements pour en garantir les effectifs, l’évolution et la reconnaissance des compétences infirmières, puis la mise en place de cellules d’écoute et le développement de la prévention des risques psycho-sociaux avec accompagnement financier des établissements pour en garantir l’effectivité ».

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