Générations Cobayes : la jeunesse engagée contre les maladies environnementales

, par  Delphine Delarue

Depuis huit ans, les militants du Mouvement Générations Cobayes sensibilisent les 18-35 ans sur les liens entre santé et environnement. Sans jamais dramatiser et avec beaucoup d’humour, ils encouragent les jeunes citoyens à devenir des acteurs éclairés de leur consommation. Objectif : en finir avec l’épidémie de maladies chroniques dont les causes environnementales sont aujourd’hui admises par de nombreux scientifiques.

Mobiliser les 18-35 ans sur les liens désormais reconnus qui existent entre l’état de santé d’une population et son environnement, et interpeller les pouvoirs publics sur ces questions, le tout avec humour et originalité : telle est l’ambition du Mouvement Générations Cobayes depuis ses origines. Pour les jeunes militants de ce collectif, soutenus dès le départ par les grands noms de la santé environnementale, tout commence en 2008, au collège ostéopathique européen de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), lorsqu’un étudiant décède brutalement d’une leucémie. Choqués, ses camarades veulent comprendre comment, à 20 ans, on peut mourir du cancer en quelques mois. Ils décident d’organiser des conférences et invitent des scientifiques, des médecins, des chercheurs en santé environnementale et même un moine zen. « Nous avons alors découvert non seulement qu’il y avait une explosion du nombre de cancers au sein de la population, avec une incidence qui a doublé au cours des vingt-cinq dernières années, mais aussi que cette hécatombe pouvait s’expliquer par des causes environnementales, explique Martin Rieussec-Fournier, cofondateur du mouvement. Parmi ces causes, on peut par exemple citer l’alimentation industrielle, l’agriculture intensive, les pollutions chimiques ou l’industrie nucléaire. » Et ce n’est pas tout : de nombreuses études s’accordent aujourd’hui pour dire que l’épidémie actuelle de maladies chroniques (diabète, obésité, pathologies cardiovasculaires, mais aussi troubles de la fertilité et du comportement) pourrait également être due, au moins en partie, à ces facteurs environnementaux.

40 000 sympathisants

Face à ces constats, Martin et ses compagnons passent à l’action. Rejoints par plusieurs associations (Fac verte, Regards croisés, Vive la Terre), ils lancent l’Appel de la jeunesse afin de clamer haut et fort qu’il est « impossible de vivre en bonne santé sur une planète malade ». La seconde étape intervient en 2012, avec la transformation de l’Appel qui devient le Mouvement Générations Cobayes. En quelques années, la structure passe de quelques centaines de sympathisants à près de 40 000. Parmi ses soutiens : le Réseau environnement santé (RES), à l’origine de l’interdiction du bisphénol A dans les biberons, le Comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique (Criigen) ou encore l’association Générations futures, très active dans la lutte contre les pesticides. A tout cela s’ajoute l’engagement de 800 bénévoles, qui relaient les messages du collectif et participent à ses actions. Des actions essentiellement de terrain, destinées à « diffuser les bonnes pratiques, explique Martin. Il n’y a pas de fatalité à tout cela. Toutes les solutions sont là pour vivre en bonne santé et nous avons la capacité d’agir à notre niveau ».

« Do it yourself »

Dans cette optique, Générations Cobayes organise par exemple des ateliers « Do it yourself » où les intervenants expliquent comment fabriquer ses propres produits cosmétiques, d’entretien ou d’hygiène. L’an passé, le collectif à monté un « Tour de France de l’éco-orgasme » autour du thème de la sexualité, au cours duquel des militants sont allés à la rencontre des jeunes pour leur expliquer « comment se faire du bien sans se faire du mal », c’est-à-dire en utilisant par exemple des sex-toys sans phtalates ou des lubrifiants sans perturbateurs endocriniens. En parallèle, le mouvement organise des conférences, assure des actions de sensibilisation dans les lycées et les universités et s’engage dans une démarche de plaidoyer avec la publication régulière d’ouvrages auxquels participent de célèbres scientifiques.
Avec toutes ces actions, Générations Cobayes compte bien encourager les jeunes citoyens à redevenir acteurs de leur santé et à ne plus laisser les industriels et les politiques décider pour eux. « C’est une question démocratique, conclut Martin Rieussec-Fournier. Notre état de santé, celui de la population, reflète l’état de notre démocratie. On ne veut plus subir, être des cobayes. L’avenir n’est pas forcément aussi sombre qu’on nous le dit. Nous avons les moyens d’agir. »

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