Fruits et légumes : la chasse aux pesticides est ouverte

, par  Delphine Delarue

Comme vient de le rappeler Greenpeace dans une synthèse d’études scientifiques publiée récemment, les pesticides, particulièrement présents dans les fruits et les légumes, ont une influence sur la santé des êtres humains. Risques accrus de troubles de développement chez l’enfant, conséquences sur la fertilité masculine, cancers… : la liste est longue. Sachant que ces denrées sont indispensables à l’équilibre alimentaire, comment faire pour continuer à les consommer sans se mettre en danger ?

« Personne n’échappe à l’exposition aux pesticides. » C’est la triste conclusion d’un rapport présenté en mai par Greenpeace. Dans ce document, l’ONG analyse les résultats de 160 études publiées entre 2007 et 2014 dans des revues scientifiques de référence et alerte une nouvelle fois sur les dangers de ces substances toxiques pour la santé humaine. Les produits phytosanitaires, en particulier les organophosphorés, seraient très présents dans les fruits et les légumes issus de l’agriculture conventionnelle. « De nombreuses études […] suggèrent que les légumes, notamment à feuilles vertes, et les fruits, tels que les pommes et les raisins, sont généralement les aliments qui contiennent les niveaux de résidus de pesticides les plus élevés », indiquent les auteurs du rapport. Bien que la plupart des Etats aient mis en place des limites maximales de résidus (LMR) pour chaque produit, « certaines preuves conséquentes indiquent que ces substances sont régulièrement présentes sous formes de mélanges de nombreux résidus, et, dans de nombreux cas, à des niveaux supérieurs aux LMR définies dans certains pays ».

Effet cocktail

Et quand bien même, lorsque les seuils tolérés ne sont pas dépassés, c’est plutôt l’accumulation de différents produits sur un même aliment qui pose problème. « Les effets toxiques de ces cocktails sont particulièrement mal compris, souligne Greenpeace, même s’il est reconnu que certaines substances peuvent agir en synergie et créer ensemble un effet plus important que celui de chaque composant pris individuellement. »
Consommer des fruits et des légumes issus de l’agriculture conventionnelle est donc loin d’être sans conséquences sur la santé, en particulier chez les jeunes enfants, très vulnérables aux effets des produits toxiques, et chez les femmes enceintes, certains pesticides étant connus pour passer la barrière du placenta. Concrètement, l’exposition induit des « risques accrus de troubles du développement et du comportement, de détérioration des fonctions neurologiques, de déficience immunitaire, voire de certains cancers », explique le rapport. Parmi les produits incriminés, on trouve notamment le chlorpyrifos ou le malathion, deux organophosphorés actuellement autorisés en Europe, mais interdits aux Etats-Unis pour les particuliers. Autre conséquence : la baisse de la fertilité masculine. Celle-ci a été constatée par l’Institut de veille sanitaire (INVS), à l’occasion d’une étude publiée en 2014, dans les régions viticoles où l’on utilise des produits phytosanitaires contenant des perturbateurs endocriniens.

Seule solution : l’agriculture bio

Sachant que les fruits et légumes sont indispensables à l’équilibre alimentaire, comment limiter ces risques ? Pour Greenpeace, les choses sont claires : « L’agriculture biologique est la seule solution moderne efficace pour l’agriculture de demain, car elle exclut l’utilisation de produits chimiques toxiques et garantit aux populations une alimentation saine et sûre. » La littérature nous montre en effet que l’urine des enfants nourris avec des aliments bio présente des niveaux de résidus de pesticides considérablement plus bas que celle des enfants consommateurs de produits conventionnels. Autre option : laver minutieusement les fruits et légumes à l’eau froide (ne pas les faire tremper) ou, encore mieux, les éplucher, puisque c’est dans la peau que se concentre l’essentiel des résidus. Malheureusement, c’est aussi là que l’on retrouve les antioxydants, les fibres et les vitamines qui font tout l’intérêt de ces aliments. Dans l’idéal, vous l’aurez compris, il vaut donc mieux manger bio, de saison et de proximité.

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